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GARE A LA BETE
SORTIE FIN FEVRIER

Philip-José Farmer


Gare à

la Bête





UN EXORCISME : RITUEL DEUX


roman traduit de l'américain

par Michel Pétris








Le jardin des Livres

Paris




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« Gare à la Bête »

Titre original : Blown

© 2001 Ralph Vicinanza Ltd.

© 2004 Ed. Ivrea pour la traduction française

© 2005 Jardin des Livres pour l'interview et le dossier


243 bis, Boulevard Pereire - Paris 75827 Cedex 17

tel : 01 44 09 08 78 Service Presse : Marie Guillard


www.lejardindeslivres.fr

( plus de 1000 pages à lire )


ISBN 2-914569-24-6 EAN 9782-914569-248







Toute reproduction, même partielle par quelque procédé que ce soit, est interdite sans autorisation préalable. Une copie par Xérographie, photographie, support magnétique, électronique ou autre constitue une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1995, sur la protection des droits d'auteur.



Interview de

Philip José Farmer


28 décembre 2004





Jardin des Livres : Comment percevez-vous « Comme une Bête » et « Gare à la Bête » presque 30 ans après les avoir écrits ?


Philip José Farmer : Vous savez, aujourd'hui vous trouvez Comme une Bête et Gare à la Bête au rayon librairie de n'importe quelle supérette. Mais il y a 30 ans, à Los Angeles, ces deux livres étaient vendus sous le comptoir. Oui, sous le comptoir, à Los Angeles, Etat de Californie, dans les années 70. Cela dit, je ne perçois pas Comme une Bête et Gare à la Bête différemment par rapport au moment où je les ai écrits. Mais de tout évidence, le public, lui, les voit autrement.


: Dans ces deux livres, tous les personnages sont alimentés par énergie sexuelle. La sexualité a-t-elle aussi alimenté votre créativité ? Ou est-ce un amplificateur de votre imaginaire ?

PJF : Je crois sincèrement que la sexualité amplifie la créativité. Elle enflamme votre imagination et ensuite, les idées vous viennent toutes seules...


: Avez-vous trouvé l'idée des Tocs et des Ogs dans le « Dictionnaire des Anges » de Gustav Davidson ? Il dit que Og était un ange déchu qui a été sauvé du Déluge en se réfugiant sur l'arche de Noé.


PJF : Hmm, je ne me souviens pas trop où je suis allé chercher les Tocs et les Ogs... Probablement dans mon imagination. Mais pas dans le dictionnaire de Davidson.


: En écrivant « Comme une Bête », pensiez- vous déjà à sa suite ?


PJF : Vous savez, chaque fois que j'écris un livre, je songe en même temps à sa suite probable. Et lorsque j'écrivais Comme une Bête, j'avais déjà prévu Gare à la Bête. Je prévois toujours des suites.


: Monsieur Farmer, dans presque tous vos livres, vous abordez le thème de la résurrection, la transformation du corps physique en un corps spirituel après la mort. On pense en particulier au « Monde du Fleuve ». Dans « Gare à la Bête », c'est même une sorte de ''résuérection''. Pourquoi ce thème vous inspire-t-il autant ?


PJF : Parce que le principe de la résurrection me fascine. Pas parce que c'est une idée qui semble rassurante, mais parce qu'elle nous donne de l'espoir en quelque chose d'autre, après.


: Question que beaucoup de vos lecteurs ont voulu vous poser : est-ce que vous croyez à un « Au-delà » ?


PJF : Vous savez, en ce qui concerne « l'Au-delà », on le saura lorsqu'on y sera, n'est-ce pas ? Mais j'aime l'idée qu'il puisse exister. C'est comme la résurrection... Elle donne de l'espoir en quelque chose qui doit arriver.


: Alors justement, puisque vous aimeriez croire à la résurrection des corps, quelle est votre opinion sur l'existence de Dieu ?


PJF : Dieu ? Et bien je crois que Dieu c'est justement ça... Un grand point d'interrogation.



~ 1 ~




La pluie semblait ne jamais devoir cesser.

Ce six au soir, dans une ville évoquant la planète Vénus vue par un auteur de science-fiction des années trente, Harald Childe suivait Vivienne Mabcrough.

Quelques instants plus tôt, il s'était arrêté à un feu rouge derrière une grosse Rolls-Royce noire, à l'intersection de Santa Monica Boulevard et de Canon Drive, à Beverly Hills.

Grâce à l'essuie-glace qui balayait la lunette arrière du véhicule, il avait pu apercevoir Vivienne Mabcrough. Assis à l'arrière avec un homme, elle avait tourné la tête au moment où le feu passait au vert, révélant un profil à jamais gravé dans la mémoire de Childe. Certes c'était le plus parfait qu'il lui ait été donné de voir. Et vu pour la dernière fois dans de telles circonstances que, malgré tous ses efforts, il lui était bien impossible de l'oublier.

Durant quelques secondes, tandis que les avertisseurs s'égosillaient derrière lui, il eut envie de la laisser filer. En la suivant, il parviendrait tout juste à se signaler à son attention - ainsi qu'à celle des êtres de son espèce. Et ça, c'était un risque qu'aucun homme sensé, et bien peu d'insensés, n'oserait affronter de gaieté de coeur.

Néanmoins, il lança sa Pontiac 1972 dans le sillage de la Rolls, coupant au passage la trajectoire d'une Jaguar qui avait surgi sur sa gauche pour le doubler. Le klaxon de la Jaguar éructa et la bouche de son conducteur dessina des malédictions derrière l'écran moite de verre et de plastique. Une trombe d'eau gicla sur le pare-brise de Childe - mais les essuie-glace remplirent aussitôt leur fonction. Il vit la Rolls bifurquer vers l'ouest en direction de Little Santa Monica, passant à l'orange. Il marqua l'arrêt au rouge et, ne voyant aucune voiture de police à l'horizon - pour autant qu'il put en juger à travers les paquets d'eau qui tombaient - brûla le signal pour s'engager à gauche. Il vit les feux arrière de la Rolls tourner à droite et suivit. Elle était garée devant le Moonlark Restaurant. Vivienne et son chevalier servant en sortaient. Ils n'avaient qu'un pas à faire pour gagner l'abri d'une marquise - un chasseur les y aida.

Puis la Rolls repartit et Childe décida de la suivre. Le chauffeur était un larbin à casquette, il y avait donc de grandes chances pour qu'il ramène la voiture au domicile de Vivienne. Evidemment, la Rolls pouvait aussi appartenir à son partenaire d'un soir, mais peu importait, Childe voulait aussi savoir où celui-là habitait.

Bien que n'étant plus détective privé, Childe avait conservé son matériel d'enregistrement à bord de son véhicule. Il dicta le signalement de la voiture et son numéro d'immatriculation en remontant à sa suite Santa Monica, puis Sunset Boulevard. La grosse voiture s'engagea dans Lexington Avenue et, deux rues plus loin, prit une allée circulaire pour s'arrêter devant une immense maison à colonnades. Le chauffeur descendit de voiture et longea la maison pour gagner la porte de derrière. Childe parcourut encore quelques dizaines de mètres, puis rebroussa chemin à pied. A travers la pluie et la lumière crépusculaire, il était impossible de distinguer la moindre adresse. Il lui fallut remonter l'allée, en espérant que personne ne le repérerait. Il y avait de la lumière dans la maison, mais aucun signe de vie apparent.

Il retourna à sa Pontiac, y pénétra par la portière de droite : il ne tenait pas à mouiller ses belles chaussures et ses chevilles dans l'eau sale d'un gris brunâtre qui noyait toute la chaussée et commençait à envahir les plates-bandes latérales.

Une fois dans la voiture, il enregistra l'adresse. Mais au lieu de redémarrer immédiatement, il se cala derrière son volant pour tenter de mettre de l'ordre dans ses idées.

Depuis cette mémorable nuit dans la demeure du baron Igescu, ils lui avaient foutu la paix  le chat qui dort ?

Ils tuaient, ils torturaient, ils séquestraient les gens - tout cela il ne le savait que trop par sa propre expérience.

Mais rien de ce qu'il savait ne pouvait être prouvé. Qu'il aille raconter exactement ce qui s'était passé, et on l'enverrait illico à l'asile. Et, honnêtement, il ne pourrait pas blâmer les responsables de cette décision.

Parfois les souvenirs les plus vivement ancrés dans sa mémoire le trahissaient. Même le plus terrible d'entre eux : celui du jour où il avait tiré la chasse d'eau sur les restes de Dolores del Osorojo ! Tout ça lui paraissait relever du surnaturel.

L'esprit humain accepte certes de concevoir certaines catégories et formes inhabituelles de l'expérience. Mais ce qu'il avait vécu avec Igescu, Vivienne Mabcrough, Herbe-qui-Plie, Fred Pao et les autres dans l'immense vieille demeure du nord de Beverly Hills dépassait l'entendement.

Il était donc tout naturel que son esprit s'efforce maintenant d'enterrer ces formes et catégories, de les enfouir et de les refouler dans le poussiéreux crépuscule souterrain de l'inconscient.

Mieux valait encore rentrer chez soi, à Topanga Canyon, et oublier tout cela - ou du moins essayer.

Childe poussa un grognement. Il était accroché et ne pouvait pas se désavouer comme ça. Depuis cette fameuse nuit, il n'avait cessé de s'interroger sur la véritable identité d'Igescu et de ses semblables. Etaient-ce vraiment des vampires, des loups-garous, - hommes-loups, hommes-renards - et autres créatures généralement considérées comme mythiques ? Même l'explication apparemment « scientifique » qu'avait fournie Igescu en reprenant les théories de Le Garrault, le vieil érudit belge, paraissait maintenant extravagante, mais elle avait le mérite d'aller chercher plus loin que la simple superstition. Il grogna à nouveau, lâcha un juron.

Il continuerait.

S'il n'avait pas aperçu Vivienne, peut-être aurait-il fini par faire taire en lui cette hantise. Mais la soudaine rencontre de la jeune femme l'avait rendu aussi frétillant qu'un vieux limier à qui une bouffée de vent des montagnes apporte l'odeur du renard.

Il démarra et ne s'arrêta qu'une fois parvenu à une station-service de Santa Monica. Il y avait là une cabine téléphonique à partir de laquelle il appela le commissariat de police de Los Angeles. Son ami le sergent Furr finit par répondre. Childe lui demanda de chercher le nom du propriétaire de la Rolls et Furr lui promit de le rappeler incessamment.

Trois minutes plus tard, la sonnerie retentit.

- Hal ? J'ai trouvé ton affaire. La Rolls appartient à une certaine dame Vivienne - V-I-V-I-E-N-N-E - Mabcrough. Je ne sais comment tu prononces ça. M-A-B-C-R-O-U-G-H. Mabcrow ? Mabcruff ? J'en sais rien. De toute façon...

L'adresse correspondait à celle de la maison devant laquelle la Rolls s'était garée.

Childe remercia Furr et raccrocha. Vivienne était persuadée d'en avoir fini avec lui : elle avait, avec les autres, essayé de le tuer, elle avait causé la mort de son associé en lui tranchant la queue d'un coup de dents - et elle savait qu'il le savait - et elle n'avait même pas pris la peine de changer de nom. Manifestement, elle pensait lui avoir suffisamment fichu la trouille pour lui ôter à jamais l'envie de se frotter à nouveau à elle ou à ceux de son espèce.

Progressant péniblement à travers les rafales de pluie, il réintégra sa voiture et, conduisant lentement et précautionneusement, il reprit la direction de la demeure où vivait Vivienne Mabcrough. La nuit tombait et les rues du centre de Beverly Hills devenaient de véritables petites rivières qui envahissaient les trottoirs. Bien qu'on fût un jeudi soir, il y avait très peu de piétons dehors et sur la chaussée ce n'était pas l'habituel pare-chocs contre pare-chocs.

On ne voyait pas une demi-douzaine de bagnoles dans un rayon de trois blocs.

Sur Santa Monica Boulevard, la circulation était plus dense car c'était le chemin qu'empruntaient ceux qui allaient vers Westwood ou West Los Angeles dans un sens, vers Los Angeles ou Beverly Hills dans l'autre.

Les phares faisaient l'effet d'yeux de monstres diluviens pressés d'embarquer sur l'Arche. Une voiture avait calé en essayant de tourner à gauche pour prendre Beverly Drive, et derrière les monstres cornaient et hululaient à qui mieux mieux. Childe s'engagea dans le carrefour : il lui fallut deux changements de feux pour réussir sa manoeuvre car les conducteurs qui venaient de droite et de gauche s'obstinaient à forcer le passage à tout prix, sans attendre que la voie fut dégagée.

Une fois sorti de là, il remonta Beverly Drive à une trentaine de km/h, mais ralentit après quelques rues pour observer un prudent 20 km/h. La nappe liquide était si profonde qu'il avait peur de noyer le moteur, et les tambours de freins commençaient à prendre l'eau. Il s'appliqua à exercer des pressions intermittentes sur la pédale, sans se faire trop d'illusions sur le résultat. Quatre voitures le dépassèrent ou le croisèrent à vive allure, projetant des gerbes d'eau contre la carrosserie. A chaque fois il réprima son envie de passer la tête à la portière pour envoyer au diable ces malotrus inconscients : il ne tenait pas à se faire asperger par la voiture suivante.

Il se gara à un demi-bloc de la maison Mabcrough. Des heures s'écoulèrent. Le temps lui parut terriblement long au début, mais bientôt les réflexes du privé, habitué aux longues heures de planque, reprirent le dessus. Il pissa à deux ou trois reprises dans un truc qui rappelait assez ceux utilisés par les pilotes de jets. Il mâchonna quelques biscuits et une lanière de boeuf séché, but du café enfermé dans un thermos. Minuit vint  sa patience commençait à s'user sur la meule du temps. Il sentit que ses nerfs allaient lâcher, faillit succomber à la tentation de tout plaquer.

C'est alors que le chauffeur parut derrière la maison, gagna la Rolls, se mit au volant et démarra. Childe eut le temps d'apercevoir la silhouette sombre de l'homme se découper sur le fond des lumières allumées dans la maison. Il portait un imperméable de toile huilée et un morceau de plastique transparent et brillant par dessus la casquette. Quand la voiture passa devant lui, Childe se coucha sur la banquette. Il lui laissa prendre un peu d'avance, puis démarra à son tour, tous feux éteints dans les premiers mètres. Il pleuvait toujours et le niveau de l'eau avait encore monté dans les rues.

Le chauffeur se gara devant le club pour reprendre Vivienne et son cavalier, puis rebroussa chemin en direction de la maison. C'était ce qu'avait espéré Childe : il ne se sentait pas très chaud pour lui filer le train toute la nuit. La Rolls s'arrêta devant la grande véranda pour débarquer ses passagers qui s'engouffrèrent dans la maison. Le chauffeur poursuivit sa route, sans doute pour gagner le garage sur le derrière. Childe était déjà descendu de voiture et contournait la maison.

Il vit des lumières s'allumer à l'étage au-dessus du garage. Le chauffeur devait habiter là.

Il s'approcha de l'entrée de côté, entourée d'un dense massif d'arbrisseaux. Derrière lui, un mur le dérobait à la vue des voisins et il était fort peu probable qu'on puisse l'apercevoir de la rue.

Au bout d'un certain nombre d'essais avec différentes clés, la serrure finit par céder. Il promena le faisceau de sa lampe à la ronde sans rien trouver qui ressemble à un dispositif d'alarme. Il s'engagea lentement dans la maison, prêt à détaler si un chien signalait sa présence. Mais il n'y eut pas d'autre bruit que le carillon d'une vieille horloge à l'étage.

Quelques instants plus tard, il se trouvait tapi derrière la porte entrebâillée de la chambre de Vivienne.



~ 2 ~




La pièce était très grande. La seule lumière venait d'un lampadaire dont le pied, haut de plus d'un mètre et taillé dans une sorte de pierre rouge qui ressemblait à du quartz, représentait deux nymphes - ou deux faunesses - nues, dos à dos. L'abat-jour semblait être en fin parchemin. A cette vue, Childe sentit un froid mortel l'envahir, comme si on lui avait enfoncé dans l'anus une énorme chandelle de glace qui lui serait remontée jusqu'au cerveau. Il se souvenait des peaux humaines qu'il avait découvertes dans un tiroir de la maison d'Igescu : des peaux prélevées sur des cadavres - ou peut-être sur des êtres encore vivants - puis recousues pour pouvoir être gonflées comme des baudruches.

Dans des tons bleus, rouges et pourpres, on voyait sur l'abat-jour des formes semi-humaines se tordant dans les flammes.

Les murs étaient revêtus d'une sorte d'épais capiton à triple motif qui se répétait à l'infini. Il y avait un satyre debout sur une pierre basse, une jambe légèrement levée. Le dos courbé, tête et bras levés, il soufflait dans une flûte de Pan. Une nymphe accroupie devant lui suçait un énorme dard violacé. Derrière elle, une créature mi-femme, mi-serpent : la partie inférieure était celle d'un gigantesque python portant des taches blanches et pourpres, et le haut, à partir du nombril, un corps de femme. Elle avait des seins lourds et fermes, avec des pointes dressées d'un rouge écarlate, un ravissant visage triangulaire encadré par une longue chevelure argentée. De ses doigts fuselés, elle écartait les fesses ovoïdes de la nymphe penchée vers l'avant et dardait une longue langue fourchue à l'entrée du vagin ou de l'anus.

Derrière la lampe se trouvait un immense lit à douze colonnes surmonté d'un baldaquin cramoisi d'où pendait une multitude de glands. Sur le lit, Vivienne et un homme, nus tous les deux.

Elle était couchée sur le dos, les jambes passées sur les épaules de l'homme. Il était sur le point d'enfoncer son sexe.

Childe regarda attentivement. Il s'attendait à quelque chose d'étrange de la part de l'homme, ou de la femme. Mais pour cette dernière, il savait à quoi s'attendre : alors qu'il rôdait à travers les passages secrets de la maison d'Igescu, il avait aperçu Vivienne dans sa chambre. Elle se croyait seule, et elle s'était fait l'amour à elle-même avec une ardeur paroxystique qu'il n'oublierait jamais.

- Rentre-la toi-même, mon chou, dit l'homme.

Il avait aux alentours de trente-cinq ans, un corps couvert de poils noirs qui commençait à s'empâter.

Soudain, il poussa un hurlement et jaillit du lit, d'un seul et brutal mouvement du bras, le corps tout entier raidi par une terreur sans borne. Il recula, tenta de se lever tout en se détachant de Vivienne, dont les jambes s'envolèrent comme deux oiseaux effrayés l'un par l'autre. L'homme tomba du lit et roula à terre. Il ne hurlait plus, mais tremblait en poussant des gémissements.

Vivienne se mit à quatre pattes et rampa vers le bord du lit pour le regarder. Une sorte de long serpent avec une tête sombre qui pendait entre ses jambes rentra dans la fente et disparut.

- Qu'est-ce qu'il y a, Bill ? demanda-t-elle du haut du lit. Tu as avalé ta queue ?

Il s'était maintenant remis sur son séant, palpant et regardant fixement son pénis. Il leva vers elle un regard chargé de surprise.

- Bon dieu ! Ce qui s'est passé ? Tu me demandes ce qui s'est passé ? J'ai cru... j'ai vraiment cru... tu as des dents dans le vagin ?

Il se remit sur pieds. Le gris de sa peau commençait à reprendre couleur. Il agita sa queue dans la direction de Vivienne.

- Regarde-moi ça ! Il y a des marques de dents, là !

Elle prit l'organe flasque, pareil à un ver géant mais malade, et se pencha pour l'examiner.

- Où vois-tu des marques de dents ? dit-elle. Il y a quelques petites entailles, mais rien de grave. Là ! Le petit garçon à sa maman se sent-il mieux, maintenant ?

Elle avait pris dans sa bouche le gros gland violacé, promenant sa langue sur la hampe.

Il recula en lançant :

- N'approche pas, femme !

- Tu deviens fou ? dit-elle.

Assise sur le bord du lit, elle pointait vers lui les cônes orgueilleux de ses seins splendides. Sa toison formait un large triangle d'épais poils d'un rouge cuivré, presque de la même nuance que la longue et lourde chevelure auburn qui encadrait son visage. Les jambes, très blanches, étaient extraordinairement longues.

Bill se tenait toujours à bonne distance. Il reprit :

- C'est sûr, quelque chose m'a mordu. Tu as des dents dans le vagin !

Elle se laissa retomber en arrière sur le lit, les jambes écartées, effleurant le sol du bout des orteils.

- Enfonce le doigt, chéri, pour te rendre compte à quel point tu es bête.

Il regarda fixement la toison rougeâtre et la fente entrouverte, puis lança d'un ton revêche :

- Je tiens aussi à mon doigt !

Vivienne se remit brutalement sur son séant, le visage déformé par la rage.

- Espèce de trou du cul ! Je te prenais pour un vrai homme, sain de corps et d'esprit ! Je ne savais pas que t'étais un malade ! Des dents dans mon vagin, vraiment ! Fous le camp d'ici avant que j'appelle les infirmiers de l'asile !

Bill eut un regard égaré.

- Je te jure, je ne vois vraiment pas comment l'expliquer ! Peut-être que je perds la boule ! Ou alors c'était simplement une impression passagère, cette sensation de brûlure ! Mais non, bon dieu, on aurait vraiment dit des petites dents ! Ou une pelote d'épingles !

Vivienne descendit du lit et étendit une main vers Bill.

- Allons, viens, mon chou. Assieds-toi sur le lit. Là !

Elle tapota le bord du lit.

Bill devait avoir compris qu'il se rendait ridicule. Et la vue des formes provocantes de Vivienne, de son visage d'une insolente beauté l'aida à surmonter ses craintes. Sa queue reprit du volume, sans pour autant se dresser. Il s'assit sur le bord du lit, tandis que Vivienne allait s'emparer d'un oreiller qu'elle jeta sur le sol pour y poser ses genoux.

- J'ai des dents dans la bouche, mon chou, mais je sais m'en servir, dit-elle.

Elle se saisit de l'organe à demi érigé et promena sa langue par petits coups sur le bout du gland. Bill eut un léger sursaut, puis s'installa plus confortablement pour la regarder prendre dans sa bouche la moitié de son membre. Puis elle commença à mouvoir lentement la tête d'avant en arrière, et l'organe disparut entièrement pour reparaître, rouge et luisant.

Tremblant, poussant de petits gémissements,Bill gardait son regard braqué sur le sexe qui entrait et sortait entre les lèvres rouges et gonflées. Manifestement, ce spectacle accroissait encore sa jouissance.

Harald Childe se demandait si cela valait la peine de rester. Il était là pour tenter de dénicher tout ce qui était de nature à accabler Vivienne et ses pairs. S'il voulait trouver des noms, des adresses, des documents, des enregistrements, des films, ou tout autre objet qui apporterait la preuve de leurs activités criminelles, c'était maintenant qu'il devait le faire. Occupée comme elle l'était, il était peu probable que Vivienne prête attention aux bruits provenant d'une autre partie de l'appartement.

Mais c'était l'homme qui le préoccupait. De toute évidence, il n'était pas au courant des particularités physiologiques de Vivienne et des conséquences fatales qui en résultaient pour les autres. Du moins Childe supposait-il qu'elles étaient fatales : il ne l'avait jamais vue tuer ou même blesser personne, mais il était certain qu'elle était bâtie sur le même modèle que ses sinistres partenaires.

Ce Bill était un innocent en ce sens que c'était une victime. Il n'avait sans doute jamais rien fait pour contrecarrer les agissements de ces monstres : ce n'était qu'un partenaire de rencontre - tout comme l'ex-associé de Childe.

Childe frissonna au souvenir du film que les tueurs avaient fait parvenir à la police : on y voyait son associé en train de se faire sucer, exactement comme Bill en ce moment. La femme avait enlevé son dentier, l'avait remplacé par un jeu de dents d'acier tranchantes comme des rasoirs et avait d'un claquement de mâchoires décapité la queue de son associé.

Depuis lors, les rêves de Childe étaient traversés par le souvenir de la fontaine vermeille qui avait jailli soudainement.

Il prit le parti d'intervenir. Ce faisant, il se privait de l'occasion d'inspecter la maison. Mais il devait agir pour que rien n'arrive à cet homme. Et agir vite. Mais pas tout de suite. Il fallait qu'il sache ce qui allait se passer. Il attendrait encore un peu avant de faire irruption dans la chambre.

Vivienne se leva brusquement, dévoilant le membre rouge et gonflé de Bill qui pendait à un angle de quarante-cinq degrés.

- Remonte sur le lit, mon chou, et allonge-toi, dit-elle.

Toutes les préventions qu'il avait pu conserver à son égard s'étaient évanouies en même temps que s'accroissait sa pression sanguine. Il se rejeta en arrière et s'allongea, la tête sur l'oreiller, tandis qu'elle grimpait sur le lit. Elle s'affaira encore quelques instants sur le gland avec la bouche, puis dit :

- Bill ?

Il demeurait à plat dos, les bras écartés, le visage tourné vers le ciel. Ses yeux étaient grands ouverts. Il ne répondit rien.

- Bill ? répéta-t-elle, un peu plus fort. N'obtenant toujours pas de réponse, elle se pencha sur lui et scruta son visage. Elle lui pinça la joue, puis la gratta du bout des ongles. Un peu de sang perla, mais il ne fit aucun mouvement.

Seul son membre se redressa, épais, luisant, rouge violacé.

Vivienne se retourna alors, et Childe vit le sourire qui se peignit sur son visage. Quelles que soient ses intentions, pour elle tout se déroulait comme prévu.

C'était le moment où jamais pour intervenir, mais il était trop fasciné pour faire un mouvement. Bill paraissait paralysé. Comment et pourquoi, Childe était incapable de le dire. Du moins au début. Puis il comprit que la chose qui avait mordu Bill au popaul avait des dents empoisonnées. Le venin l'avait congelé, à l'exception du sexe où l'on voyait encore battre le sang.

La femme l'enfourcha pour pouvoir faire pénétrer le sexe dans son vagin. Mais elle n'alla pas plus loin que le gland, et cessa de peser sur le corps immobile. Elle demeura dans cette position une trentaine de secondes, tremblant violemment, comme emportée par un orgasme.

Après quoi, elle se retira d'un coup, dévoilant le pénis toujours dressé. Mais des petites rigoles de sang coulaient de plusieurs endroits entre le gland et le corps du membre.

Vivienne fit demi-tour pour l'enfourcher à nouveau, en lui tournant le dos. Elle glissa une main sous ses fesses pour saisir la queue et l'enfoncer en elle. Mais cette fois, elle la fit lentement glisser dans son anus. Et quand le gland eut disparu, elle cessa de peser. Childe eut la rapide vision de ce qui allait suivre. Il avait la nausée, savait qu'il devait mettre un terme à ce viol monstrueux, mais était taraudé par le désir de voir ce que, pour autant qu'il sache, aucun homme vivant n'avait encore pu contempler. Aucun homme vivant.

Vivienne attendit encore un peu, puis les lèvres de sa fente se dilatèrent et s'ouvrirent. Le tapis dense d'abondants poils roux se partagea en deux et une petite tête apparut, toute gluante de sécrétions vaginales. On reconnaissait un visage masculin : des cheveux noirs, une fine moustache et une petite barbiche. Les yeux étaient deux grenats sous des sourcils pas plus épais qu'une patte de veuve-noire  lèvres, si minces qu'on les distinguait à peine  le nez, long et busqué.

La tête s'avança tandis que le corps continuait à émerger du vagin, tel un serpent. Elle se dressa et Childe entendit un sifflement - qui n'était que le produit de son imagination. Elle glissa sur les bourses fripées et se coula en dessous, apparemment à la recherche de l'anus. Puis elle disparut, tandis que le corps continuait à se délover en sortant de la fente. A présent, elle devait s'être profondément enfoncée dans les intestins de l'homme.

Childe sortit brusquement de sa torpeur. Il secoua la tête, comme quelqu'un qui sort d'un rêve. Il n'était pas très sûr de ne pas avoir vécu cette scène hallucinante dans un état de semi-hypnose.

Il franchit le seuil à l'instant où Vivienne se laissait retomber sur le pénis, l'enfonçant tout au fond de ses fesses. Elle avait les yeux fermés, une expression extatique sur le visage. Il parvint tout près d'elle pendant qu'elle se laissait aller et venir tout au long du membre en grognant des mots dans une langue étrangère. On entendait uniquement le son de sa voix, la pluie qui battait aux fenêtres et les grincements des ressorts du sommier, tandis qu'elle glissait sur la queue comme un singe sur un mât.

De plus près, Childe put voir que le corps pâle et visqueux de la chose était dans l'anus de l'homme. Apparemment, il était allé aussi profond qu'il pouvait ou qu'il voulait, car il ne bougeait plus. Childe sentit une nausée l'envahir à l'idée de la tête, grosse comme une balle de golf, qui ouvrait des yeux cruels et aveugles dans la nuit des entrailles, se délectant des friandises qu'elle y était allée chercher.


Il étendit la main et toucha le mamelon d'un rose sombre au bout du sein orgueilleux.

Elle réagit violemment. Ses yeux s'ouvrirent tout grands sur le violet somptueux de l'iris, et elle se leva d'un bond, abandonnant le membre palpitant, tirant le corps de la créature hors du corps de l'homme. Il y eut un bruit de ventouse et de la petite bouche de la créature jaillit un flot de jurons furieux proférés d'une voix aiguë. C'est du moins ce qu'il sembla à Childe, incapable d'identifier les vocables du langage employé. Les mots paraissaient avoir une consonance latine  vaguement dit du français, ou du catalan, ou quelque chose d'approchant.

A la vue de Childe, la créature se dressa sur son corps qui s'enroula en arrière de la tête comme celui d'un serpent à sonnettes, tandis que Vivienne se réfugiait à l'autre extrémité du lit, hors d'atteinte de Childe. Là, elle s'accroupit, pour permettre à la créature de réintégrer l'abri du vagin. Mais auparavant, celle-ci fixa sur Childe des yeux rouges brillant d'un éclat si meurtrier que l'ex-détective éprouva la sensation quasi physique d'une morsure. Puis (suite dans le livre )





~ 16 ~




Quand ses inexplicables pleurs se furent enfin taris, Childe releva la tête. Les gens ne parlaient pas, mais ils faisaient du bruit en se déplaçant. Certains d'entre eux, munis de grands plateaux d'argent, proposaient à l'assistance de petites coupes emplies d'un mystérieux breuvage que les gens avalaient d'un trait.

Pao surgit derrière Childe et lui présenta sur un plateau similaire une coupe contenant un liquide foncé et quelques sandwichs de pain noir.

- Buvez et mangez, dit-il.

- Et si je refuse ?

Pao eut l'air surpris, mais il se contenta de hausser les épaules en précisant :

- Nous ne pouvons vous y obliger. Mais je vous jure sur ma planète mère que cela ne peut aucunement vous nuire.

Childe reporta son attention sur la coupe. Elle n'était pas tout à fait aussi terne qu'à l'instant précédent. Quand il la regardait, elle scintillait. Quand il détournait le regard, sans toutefois la perdre complètement de vue, elle perdait à nouveau de son éclat.

- Quand comprendrai-je la signification de tout ceci ? dit-il.

- Peut-être pendant la cérémonie. Il vaut mieux que vous vous... souveniez.

- Que je me souvienne ?

Mais Pao s'en tint là dans ses explications.


Childe flaira le breuvage : ça sentait le vin, mais il y avait une sorte d'arrière-odeur ( Childe n'était pas très sûr du mot, mais il n'en trouvait pas de plus adéquat ) à travers laquelle perçait l'image d'un espace infini parsemé de vagues étoiles, auquel succédait la représentation d'un ciel nocturne traversé de nappes de feu blanc d'où émergeaient des étoiles géantes - bleues, jaunes, grenat, émeraude, pourpres.

Il y avait aussi un décor fugace de rochers rouges, avec des constructions de pierre blanche et rouge en forme de champignon et des arbres qui paraissaient avoir poussé à l'envers : leurs branches prenaient appui sur le sol tandis que leurs racines s'enfonçaient dans l'atmosphère.

A l'horizon, une étroite bande où couraient des stries écarlates, vert pâle et blanches, disposées un peu comme un anneau de Saturne, zébrait le ciel.

Il vida d'un trait la petite coupe et, se sentant pris d'une soudaine fringale, s'attaqua aux sandwiches. La viande avait un goût de boeuf au roquefort.

Quand tout le monde eut goûté à l'étrange breuvage, l'assistance se figea, comme dans l'attente d'un événement. Pao leva alors les bras et, d'une voix forte, annonça :

- L'Enfant doit avoir le Pouvoir !

Drôle de manière de s'exprimer, pensa Childe. Pourquoi l'Enfant ?

La foule reprit en choeur :

- L'Enfant doit avoir le Pouvoir !

Pao continua :

- Il n'y a qu'une manière pour l'Enfant d'obtenir le Pouvoir !

Les gens reprirent en écho :

- Il n'y a qu'une manière pour l'Enfant d'obtenir le Pouvoir !

- Et croître !

- Et croître !

- Et devenir un homme !

- Et devenir un homme !

- Et devenir notre Capitaine !

- Et devenir notre Capitaine !

- Et nous faire retrouver le chemin de notre terre perdue !

- Et nous faire retrouver le chemin de notre terre perdue !

- Et nous donner la victoire sur nos ennemis les Tocs !

- Et nous donner la victoire sur nos ennemis les Tocs !

- Dans le néant du zéro absolu, il sera notre Guide !

Suivirent d'autres phrases auxquelles Childe ne trouva aucun sens, à l'exception de la référence aux Tocs.


Le breuvage commençait à produire son effet : il sentait maintenant l'alcool lui monter à la tête et la nourriture qu'il avait absorbée l'emplissait de force.

Il regarda la coupe qui brillait maintenant d'un éclat intense, comme si elle avait été taillée dans un bloc de radium.


La litanie de Pao s'acheva.

Immédiatement, la foule s'anima. Des rires fusèrent, des voix s'élevèrent.

Tout le monde se débarrassait de ses vêtements. La robe de Panchita Pocyotl tomba et la Mexicaine ne portait plus que de longs bas retenus par de larges jarretières écarlates. A peu de distance, Childe aperçut Vivienne, en bas et porte-jarretelles. La créature-serpent ne se montrait pas. La toison auburn était extraordinairement tentante.

Pao, nu, son membre maigre pendant à mi-cuisses, dit :

- Veuillez vous déshabiller, Capitaine.

Childe se leva, pris d'un certain vertige. Il répéta :

- Capitaine ?

- Vous comprendrez bientôt... Je l'espère, dit Pao.

Childe se souvint avec un effroi rétrospectif de ce qui lui était arrivé avec la monstrueuse Madame Grasatchow, alors qu'il était prisonnier dans la maison d'Igescu.

Il demanda :

- Va-t-on encore profiter de moi ?

- Personne n'y songe, répondit Pao. Vivienne a commis une erreur grossière qui lui aurait coûté la vie si nous n'avions autant besoin d'elle. Mais elle a succombé à votre Pouvoir, et ceci peut raisonnablement excuser sa conduite. Néanmoins, elle ne sera pas autorisée à vous toucher ce soir.


Childe jeta un bref regard sur le splendide corps sans voiles de la jeune femme, et sentit aussitôt son sexe se dresser. Le breuvage qu'il avait ingéré semblait s'être concentré au niveau de son nombril, pour irradier de là dans tout son corps. Mais le feu se propageait surtout vers le bas, vers la racine de son sexe qui, sous la poussée impétueuse d'un épais métal liquide en fusion, se durcissait, se redressait, agitée de tremblements.

Il acquiesça et se dépouilla de ses vêtements. Pao les ramassa et les emporta hors de la pièce.

Ne sachant trop que faire de son corps, Childe s'assit. Mais les autres paraissaient au courant du scénario : des couples se formèrent et commencèrent à s'étreindre et se caresser, debout ou allongés sur le sol et les divans. Mais leurs préludes manquaient d'ardeur : on sentait qu'ils attendaient l'entrée en scène de quelqu'un, ou de quelque chose.

Pao revint. Il s'approcha de Childe, lui prit la main et dit :

- Votre grâce, Capitaine.

Il plaça son long membre maigre dans la main tendue de Childe, et le ver inerte prit vie : rouge et gonflé, il jaillit de la paume, comme catapulté. Pao fit un pas en arrière, s'inclina et baisa le creux de la main qui avait tenu son noeud.

- Je vous remercie, Capitaine.

Ce fut comme un signal : les couples qui s'étaient formés dans la salle se rangèrent en une double file conformément à un code de préséance qui semblait parfaitement rodé : aucune contestation ne naquit.

Les deux premiers à se présenter furent Panchita Pocyotl et un homme blond, grand, de type scandinave. Le couple prit place entre Childe et la coupe enfermée dans le cube.

L'homme dit :

- Votre grâce, Capitaine.

Il lui prit la main et referma les doigts sur son sexe en demi-érection. Instantanément, le membre se gonfla comme un dirigeable venant de faire le plein de gaz. Childe le sentait rigide et palpitant au creux de sa paume  de la petite fente. L'homme se retira et Panchita vint s'agenouiller devant Childe. Elle laissa courir ses lèvres sur la tige et le gland de sa bite  noirs lumineux dans ceux du Capitaine.

Puis le couple s'en fut.

Childe les suivit du regard. Ils allèrent droit à un sofa sur lequel ils s'étendirent. Panchita leva les jambes, les passa sur les épaules de l'homme qui s'enfonça dans l'épais buisson noir lustré et entama son mouvement de va-et-vient. Le mouvement de son cul rouge de Suédois se précipita et ils se trouvèrent bientôt tous deux secoués de spasmes, gémissant. Ayant joui, ils restèrent quelques instants en repos, puis l'homme la prit à nouveau, en levrette.

Excité par ce spectacle, Childe voulut pousser la deuxième femme qui vint lui embrasser le sexe à ne pas s'arrêter en si bon chemin. Mais elle se retira avec un simple « Merci, Capitaine » et s'en fut avec l'Indien trapu au pénis noueux qu'elle avait pris pour partenaire.

Les couples continuaient à défiler, les hommes plaçant leur membre dans sa main, les femmes embrassant ou léchant son pénis. Il y eut toutefois des variantes : quelques hommes s'agenouillèrent pour le sucer brièvement tandis que plusieurs femmes prenaient sa main pour la presser contre leur motte. Passé un premier mouvement de recul, Childe accepta la chose comme naturelle. Il la reçut comme un tribut qu'on lui payait, et très vite eut l'impression d'avoir fait ça toute sa vie. En même temps, les étranges visions de paysages inouïs se précipitaient, se déroulaient en une succession rythmée par les lèvres féminines coulissant sur son sexe et les membres masculins déposés dans sa paume.

Pendant ce temps, la (suite dans le livre)




Couverture : Patrice Servage

Illustration : Jean-Michel Nicollet

Achevé d'imprimer en janvier 2005

pour le compte des éditions

Le jardin des Livres

Boîte Postale 40704 Paris 75827 Cedex 17

Dépôt légal : janvier 2005



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