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LA MACHINE POUR PARLER AVEC L'AU-DELA

 - C'est une très vieille dame, très riche. Vous ne devinerez jamais à qui elle veut parler : Son mari ? Ses parents ? Jésus  ? Non ! Son chien  !




« MEDIUM est la plus grande découverte faite depuis la création du monde ».

Philip-José Farmer


La Machine

pour parler

avec l'Au-delà



UN EXORCISME, RITUEL TROIS


traduit de l'américain par Alain Garsault




Le jardin des Livres

Paris

Vous pouvez envoyer les premiers chapitres de ce livre ( word, star-office, pdf, html, txt, mac ) à vos amis et relations par e-mail :


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« La Machine à parler avec l'Au-delà »

Titre original : Traitor to the living publié en 1983

sous le titre L'homme qui trahit la vie


© 2005 Ralph Vicinanza Ltd.

© 2006 Le jardin des Livres®

pour la traduction française


Tableau de couverture : Glenn Brown

Centre G. Pompidou RMN - 2006


243 bis, Boulevard Pereire - Paris 75827 Cedex 17

tel : 01 44 09 08 78 Service Presse : Marie Guillard


www.lejardindeslivres.fr

( plus de 1400 pages à lire )



ISBN 2-914569-23-8 EAN 9782-914569-231



Toute reproduction, même partielle par quelque procédé que ce soit, est interdite sans autorisation préalable. Une copie par Xérographie, photographie, support magnétique, électronique ou autre constitue une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1995, sur la protection des droits d'auteur.

 - Le sénateur demandait d'étendre l'usage de MEDIUM à l'homme de la rue et lui permettre de dialoguer avec ses chers disparus. Jusqu'à présent, on avait réservé aux riches la plus grande découverte faite depuis la création du monde. C'était un scandale !




Western brandissait l'immortalité comme une carotte sous les nez des hommes politiques et des milliardaires. Il vendait, en toute légalité, une « assurance immortalité ».

~ 1 ~


Gordon Carfax gémit.

Il s'assit dans son lit et, de la main, chercha Frances.

L'aube teintait déjà les persiennes de gris.

Frances était partie avec la nuit.

Un coq avait chanté, il en aurait juré. Pourtant, on n'entendait que l'aboiement des chiens du voisinage. Il tenta de trouver une explication : la veille au soir, il avait lu trop longtemps et, comme pour Hamlet, un fantôme... Sa raison eut tôt fait de balayer cette hypothèse ridicule.

Brassé par un tourbillon mystérieux, les ténèbres s'étaient agglutinées en une forme humaine. Un ectoplasme s'était matérialisé devant ses yeux hagards.

Frances !

Les bras tendus dans sa direction, elle avait glissé vers lui à pas lents et silencieux. Belle, telle qu'elle était restée dans son souvenir. Et elle avait souri. Un sourire qui trahissait la colère mêlée à une souffrance indéfinissable.

- Frances, avait-il murmuré, Frances, si seulement j'avais...

C'est alors qu'au tréfonds de son cerveau, un coq avait chanté. L'hallucination auditive avait chassé l'hallucination visuelle. Frances lui avait paru se dissiper en petits nuages gris.

Carfax se rallongea en poussant un profond soupir. Sa respiration revenait peu à peu à peu à un rythme normal.

Il reprenait contact avec la réalité.

Mais les rêves n'appartiennent-ils pas à la réalité ?

Et les morts ne reviennent-ils qu'en rêve ?

Raymond Western affirmait le contraire. Non, il fallait rendre à César, en l'occurrence à Western, ce qui lui appartenait. Western ne prétendait pas que les morts revenaient parmi les vivants, il proclamait qu'on pouvait localiser l'esprit des défunts et entrer en communication avec eux. Pour appuyer ses dires, il possédait un monstre de métal qui bourdonnait dans sa demeure de Los Angeles. MEDIUM.

Carfax n'était pas le seul être humain à rêver aux morts. Toute l'humanité faisait comme lui. Rêves agréables, tourmentés ou horribles à l'image de la vie consciente.

Que MEDIUM permît de parler avec des... choses, des êtres, il était impossible d'en douter. Mais qui étaient ces êtres ? Un grand nombre d'hommes avaient accepté la théorie de Western et considéraient ces êtres comme des esprits.

Carfax, de son côté, avait émis une autre hypothèse. En songeant au tollé qu'il avait soulevé, il regrettait parfois de ne pas avoir gardé le silence. Le monde entier avait maintenant les yeux fixés sur lui. En outre, il risquait d'être impliqué dans une affaire de meurtre, ou plutôt dans ses retombées.

Il ferma les yeux dans l'espoir de retrouver le sommeil. S'il dormait, il souhaitait ne pas rêver   souhaitait faire un rêve agréable. Car, en dépit de l'amour qu'il avait cru éprouver pour Frances, son apparition nocturne l'avait terrorisé.

~ 2 ~








UN PROFESSEUR AFFIRME :

« ESPRIT  ? NON. MONSTRES DE

SCIENCE-FICTION  ? OUI. »







Carfax dut se forcer pour lire l'article qui suivait ce titre puis, dégoûté, il jeta le journal sur les autres feuilles jonchant le plancher.

Qu'attendre d'autre du National Questioner ?

Et pourtant, se dit-il en prenant le New York Times sur la pile posée à côté de son fauteuil, sur une table, l'article dit vrai, dans l'ensemble.

Le professeur occupait la une de tous les journaux. Même le Times lui consacrait sa première page. Avant l'affaire MEDIUM, son nom, au cas fort improbable où un quotidien l'aurait mentionné, aurait été relégué à la rubrique des chiens écrasés, dans le corps du numéro.

« On ne saurait nier que nous sommes en contact avec un autre monde, un autre univers pour être précis », déclare Gordan Carfax, professeur d'histoire à l'université Traybeil de Busiris, Illinois. « Mais, pour expliquer le phénomène, il me paraît inutile d'avoir recours au surnaturel. Le rasoir d'Occam permet... »

Le National Questioner avait expliqué ce qu'était « le rasoir d'Occam », car son rédacteur en chef avait supposé, à juste titre d'ailleurs, que ses lecteurs croiraient qu'il s'agissait d'un instrument propre à la coiffure.

Le New York Times, de son côté, n'avait pas pris cette peine, laissant son lecteur se reporter au dictionnaire s'il le jugeait nécessaire. Mais le journal avait lui aussi employé le mot « science-fiction » pour qualifier l'hypothèse de Carfax.

Malgré son exaspération, le professeur devait admettre que le rapprochement était inévitable et la tentation trop forte pour que les journalistes puissent y résister. Dès que l'on mentionnait la « cinquième dimension » - ramenée pour raison de clarté à la « quatrième » par le National Questioner - l'on évoquait dans l'esprit des lecteurs la science-fiction. Et si l'on continuait en parlant d'« univers polarisés », de « mondes parallèles au nôtre », d'« extraterrestres intelligents animés d'intentions hostiles envers notre planète », l'on pouvait parier à coup sûr que les journalistes emploieraient le terme « science-fiction ». L'on pouvait également parier que l'on offrait une arme redoutable à l'adversaire.

Cependant, le magazine Times lui-même avait réfréné sa tendance à sacrifier la vérité aux mots d'esprit et aux sarcasmes. En conclusion d'une série d'articles destinés à pourfendre l'invention de Western, le Times avait reconnu que ce dernier n'avait peut-être pas tort. Peu après la publication de cette étude, Carfax exposait publiquement sa théorie. Comme le magazine désirait présenter à ses lecteurs une explication de MEDIUM qui ne soit pas fondée sur le surnaturel, il avait soutenu Carfax pour mieux attaquer Western.

Au cours de sa conférence, Carfax avait reconnu sa dette envers la science-fiction. Mais, avait-il affirmé, sa théorie ne relevait pas plus de cette branche de la littérature que, disons, la télévision ou la conquête de l'espace. C'étaient des hommes qui avaient créé l'une et mené l'autre à bien, et non des livres et des revues. Et il avait recommandé aux scientifiques d'envisager toutes les hypothèses possibles pour expliquer la nature des êtres avec lesquels MEDIUM était entré en contact.

Parmi toutes ces hypothèses, il en était une, très simple, qui se présentait immédiatement à la raison : les prétendus esprits étaient en réalité les habitants non humains d'un monde situé dans le même espace que le nôtre mais placé perpendiculairement à lui. Pour quelque motif suspect, ces entités se faisaient passer pour des humains décédés. Mais ces entités connaissaient parfaitement les personnes qu'elles étaient censées incarner.

« Comment expliquer ce savoir ? » avait demandé Western par le truchement d'interviews accordés à la presse. « Ces entités disposaient certainement des moyens pour nous espionner », avait répliqué Carfax par le même truchement. Deux raisons pouvaient justifier leur silence antérieur : ou bien elles n'avaient pas réussi à établir un contact avec nous avant l'invention de MEDIUM, ou bien elles avaient préféré attendre que les humains fassent les premiers pas.

Le professeur reposa le Times et ouvrit le Busiris Journal Star, le quotidien local du matin. Un article résumait pour la énième fois sa conférence et l'« émeute » qui l'avait suivie. En fait d'émeute, six hommes s'étaient battus à coups de poing après qu'une femme eut assommé l'un des assistants avec un sac à main aussi vaste que pesant.

C'était la conférence qui avait déclenché le scandale. Carfax l'avait prononcée en clôture de la série de conférences annuelles données dans le cadre de la Fondation Roberta J. Blue. Le règlement de la Fondation stipulait que la dernière conférence devait être faite par un professeur de l'université Traybell et qu'elle devait porter sur un sujet étranger à ses propres recherches.

En d'autres circonstances, Carfax aurait refusé cette corvée qui, de plus, tombait un jeudi soir, quatre jours avant les examens de fin d'année. Mais cette fois, il s'était porté volontaire  cet honneur en usant de ses relations personnelles avec le doyen, un habitué des pokers du mercredi soir.

Persuadé qu'il était de détenir une explication simple et rationnelle des découvertes de Western, il avait tenu à en faire part au public. Il avait donc informé de la teneur de son intervention les représentants de la presse et de la télévision locales. Sa déclaration n'aurait eu qu'un faible écho, ainsi qu'il le prévoyait, si le directeur de la station de télévision n'avait averti le Chicago Tribune. Si bien qu'à son entrée dans la salle de conférences, au lieu de la cinquantaine d'étudiants et d'universitaires qui composait le public ordinaire de ces soirées, Carfax se trouva face à 500 personnes, plus 4 journalistes et une équipe de télévision venue spécialement de Chicago. Un reporter du Tribune ayant découvert que Gordon était le cousin germain de Western, la presse fit de cette nouvelle ses choux gras et monta ce détail en épingle en présentant l'affaire comme une querelle de famille.

Carfax eut beau répéter qu'il n'avait jamais rencontré son cousin, rien n'y fit.

La conférence même fut ponctuée à part égale par les acclamations et par les huées, au grand dam du conférencier. Quand il eut terminé, il entama la discussion. La première question, qui devait être aussi la dernière à cause de la tournure prise par les événements, fut posée par Mrs. Knowlton, une grande femme maigre, d'âge moyen, qui possédait une voix de stentor. C'était la soeur du directeur du Journal Star. Comme elle venait de perdre son mari, sa fille et sa petite-fille dans un accident de navigation, elle tenait désespérément à croire en leur survie. Cependant, loin de s'abandonner à l'émotion, elle formula des question pertinentes auxquelles le professeur s'efforça de répondre le mieux possible.

- Professeur Carfax, en parlant de la découverte de MEDIUM, vous utilisez toujours le mot « théorie ». Or il ne s'agit plus d'une théorie aujourd'hui mais d'un fait avéré. MEDIUM fonctionne exactement comme le dit Mr. Western. Quand ils ont ouvert une enquête à son sujet, certains des meilleurs esprits des États-Unis le considérait peut-être comme un charlatan. Maintenant, ils lui donnent entièrement raison. Alors, je vous le demande, monsieur le professeur : qui de vous deux est un charlatan ? Vous proposez aux scientifiques d'utiliser le rasoir d'Occam, eh bien moi, je vous suggère de l'employer vous-même.

- Coupe-toi la gorge avec, brailla un grand étudiant échevelé.

Comme il regardait dans sa direction, Carfax en conclut qu'il s'adressait à lui, et non à Mrs. Knowlton.

La voix de cette dernière domina le tohu-bohu :

- D'après vous monsieur le professeur, ceux qui croient en Western sont guidés par des motivations personnelles et irrationnelles. Mais vous-même, lorsque vous vous déchaînez contre nous alors que les faits penchent en notre faveur, ne vous laissez-vous pas aveugler par la passion ?

L'objection irrita Carfax : elle l'avait touché au vif. Loin d'être fondée sur des considérations objectives, sa propre théorie était née d'une intuition. Les intuitions amènent souvent à formuler des hypothèses qui engendrent à leur tour des théories que les faits viennent plus tard confirmer. Mais allez donc expliquer cela à une foule déchaînée !

Le professeur allait quand même ouvrir la bouche quand un homme bondit en hurlant :

- Carfax nous hait ! Il veut nous priver de la plus grande découverte faite depuis la création du monde !

Pour cette formule de Western devenue célèbre, Carfax tenait une réponse toute prête. Il n'eut pas le temps de la lancer. Une femme se jeta sur son interlocuteur et lui assena un grand coup de sac à main. L'homme s'écroula sur-le-champ. Un journaliste ramassa le sac et, avant de le rendre à sa propriétaire lorsqu'elle sortit de prison, il le pesa : il atteignait cinq kilos.

L'arrivée de la police mit un terme à la mêlée, mais elle n'arrêta pas le vent de folie né de cette conférence. Du jour au lendemain, Carfax devint célèbre. Rançon de la gloire, il reçut des appels téléphoniques et vidéophoniques des quatre coins du pays. Deux seulement retinrent son attention  Par le premier, Western lui-même lui proposait de se rendre en avion en Californie pour assister à une séance gratuite de MEDIUM. Le second fut donné par Patricia Carfax. La fille de Rufton, l'oncle de Western et de Gordon.

Bien que sa voix trahît une certaine hystérie, la jeune fille paraissait sincère et maîtresse d'elle-même  elle affirmait que Western avait assassiné son père pour lui voler les plans de MEDIUM


~ 3 ~








Assis dans une chaise longue sur sa véranda vitrée, Gordon Carfax contemplait son jardin tout en savourant son café, un mélange spécial de six plants en provenance d'Amérique du Sud qu'il confectionnait lui-même tous les quinze jours. Une bande de minuscules roitelets voletait autour de l'abri accroché au grand sycomore, le plumage d'un oiseau cardinal rutilait sur le bord d'une piscine blanche miniature.

Le professeur s'était plus d'une fois senti seul dans cette demeure aussi paisible que confortable. C'était une bâtisse de bois préfabriquée, typique de la moyenne bourgeoisie, construite dans la banlieue typique d'une ville de moyenne importance, et typique de l'État d'Illinois. Il l'avait achetée peu après avoir été engagé par l'université Traybell. Elle avait besoin de quelques réparations et d'un nouvel aménagement intérieur. Il avait terminé les unes et n'avait pas encore entamé l'autre lorsqu'il s'était marié avec la secrétaire de la doyenne de l'université. Frances avait quitté son poste avec joie et s'était consacrée à la décoration de la maison selon son goût, qui était exquis.

Sa tâche tirait à sa fin et elle envisageait déjà d'autres projets quand l'accident s'était produit...

C'était par une belle soirée d'été. Gordon ayant constaté qu'il ne lui restait plus de cigarettes, sa femme, au lieu de lui faire remarquer comme d'habitude qu'elle souhaitait le voir cesser de fumer, s'était proposée pour aller lui en acheter. Elle en profiterait pour se choisir un roman policier, avait-elle ajouté. Sur le moment, le projet avait irrité Gordon : la maison regorgeait de livres de toutes sortes, depuis les plus sévères classiques jusqu'aux policiers les plus légers. Frances ne les avait sûrement pas tous lus.

Il n'avait pu s'empêcher d'exprimer à voix haute son irritation. Frances lui avait rétorqué que ces livres-là ne lui plaisaient pas. Et elle l'avait invité à l'accompagner avec une phrase ironique : pour une fois qu'il sortirait le nez de ses bouquins !

Justement, lui avait-il répondu avec une parfaite mauvaise foi qui provenait peut-être d'un sentiment de culpabilité, justement, il était en train de préparer le cours qu'il devait donner le lendemain sur l'Angleterre au Moyen-Âge. Elle osait lui reprocher de ne pas lui parler ? Avait-elle déjà oublié que, la veille au soir, il l'avait emmenée au cinéma et qu'ensuite, il l'avait invitée à prendre un verre à la tête de l'Ours d'Or ?

Frances avait claqué la porte derrière elle avec une violence qui avait d'abord surpris son mari. Par là, il dut reconnaître que sa colère se comprenait : la veille, au cours de la fameuse sortie, ils n'avaient pas échangé un mot durant le film et, à la taverne, le hasard avait voulu qu'ils rencontrent le directeur du département d'anglais de l'université et sa femme.

Quelques minutes seulement après son départ, Frances était morte.

Alors que la vitesse à ce carrefour était limitée à 30 km/h, une grosse voiture, conduite par un homme d'âge mur, avait brûlé un stop à 50 km/h et embouti de plein fouet leur petite voiture allemande.

On avait enterré Frances. On avait placé en observation l'autre conducteur qui souffrait d'une légère blessure à la tête. Il s'appelait Lincks. Il était très riche. Il avait le bras long. La police lui avait dressé une contravention pour avoir brûlé un stop. Comme excuse, Lincks avait avancé que le feuillage touffu d'un arbre dissimulait le panneau de limitation de vitesse.

Excuse valable pour un étranger au pays : la ville ne taillait pas souvent les arbres et le stop n'était guère visible. Mais Lincks n'était pas un étranger  empruntait fréquemment cette route. L'accident avait eu un témoin, un gamin de 17 ans. Par malchance, ce soir-là, il était ivre  Enfin, deux fois déjà, il avait fait l'objet de poursuites pour vol de voiture. Et la seconde fois, il s'agissait d'une voiture appartenant à Lincks. Personne donc ne l'avait cru lorsqu'il avait affirmé que Lincks roulait trop vite.




*

* *



Deux semaines auparavant, Lincks s'était offert un tête-à-tête de trois heures avec MEDIUM. Interrogé à son retour par Mrs. Knowlton du Journal Star, il avait déclaré que Western et son invention avaient fait sur lui une impression tout à fait favorable. Il s'était effectivement entretenu avec sa chère épouse et n'attendait plus maintenant que le moment de la rejoindre dans l'« Inconnu ». La défunte ne lui avait guère donné de détails sur la vie dans l'autre monde. Lincks désirait avant tout savoir si elle était heureuse. Il souhaitait se retrouver au plus vite à ses côtés, dans le sein du Seigneur. En attendant, pour la réconforter, il lui avait longuement décrit ( à raison de 5.000 dollars par demi-heure ) la prospérité de son affaire de voitures d'occasion.

La conversation proprement dite n'avait duré que 30 minutes environ, mais la localisation de sa femme avait exigé deux heures et il avait fallu une demi-heure pour contrôler son identité, bien que Lincks ait été persuadé dès le début qu'il parlait à sa femme. Le gouvernement exigeait une demi-heure de contrôle d'identité pour chaque séance payante. Même les morts souffraient de l'ingérence de l'État dans les affaires privées, s'était plaint Lincks.

Malgré le frein mis ainsi au développement de la libre entreprise, MEDIUM révélait « l'erreur des athées et incroyants qui tiennent Western pour un charlatan, et confirme les vérités éternelles de la Bible ».

Lincks n'avait négligé qu'un détail : la plupart des chrétiens refusaient d'admettre, faute de preuves, que MEDIUM permettait de communiquer avec les morts.

A la lecture de l'interview, une crise de colère avait secoué Carfax. Bondissant sur le vidéophone, il avait appelé le bureau principal de Lincks, service A 1 de la Société Robert ( Bob ) Lincks, Voitures d'occasion, avec toutes facilités de paiement.

- Pourquoi n'êtes-vous pas rentré en communication avec ma femme pour lui demander pardon ?

L'autre s'était étranglé.

- Si elle avait conduit une bonne grosse bagnole américaine, au lieu de ce tas de ferraille germanique, elle serait encore en vie.

Et il avait raccroché.

Carfax s'était senti gêné sans comprendre la raison de sa gêne.

Les yeux fixés sur son jardin, il pensait de nouveau à Frances. Si ce soir-là, il avait accepté de l'accompagner elle serait encore vivante. Il aurait insisté pour finir son chapitre  peu plus tard et ce vieux salaud plein aux as aurait traversé le carrefour sans heurter personne.

Carfax s'interrogea : craignait-il de retrouver sa femme comme son rêve le laissait entendre ? Redoutait-il ses reproches ? Le refus de croire en la théorie de Western provenait-il d'un sentiment de culpabilité ?

Il se leva pour aller porter sa tasse à la cuisine dont la peinture n'avait que trois semaines. La pendule murale indiquait 9:05. Patricia devait le rappeler à 11 heures, heure de l'Illinois. D'une cabine publique, comme la première fois, mais d'une cabine équipée d'un vidéophone. Il désirait voir le visage de son interlocutrice et s'assurer qu'il s'agissait bien de sa cousine. Les dernières photos d'elle qui figuraient dans l'album de famille la montraient à 12 ans, mais Carfax supposait qu'elle n'avait pas beaucoup changé depuis.

C'est lui qui avait insisté pour qu'elle utilise un vidéophone. Il se méfiait de Western : ce dernier aurait pu inventer une combine pour le discréditer définitivement. Malgré le tapage fait autour de lui, Western gardait tout son mystère. Personne n'ignorait les faits saillants de sa biographie, mais les journalistes les plus perspicaces avaient eux aussi échoué à cerner sa personnalité.

Au vidéophone, il avait séduit Carfax. Ses yeux bleu foncé, son nez presque aquilin, tout son visage respirait la force et la franchise. En outre, il avait une belle voix profonde et chaleureuse. Le professeur n'était pas homme à se laisser abuser par les apparences et leur antagonisme l'inclinait à la réserve. Cependant, à la fin de la conversation, il s'était demandé s'il n'avait pas mal jugé son interlocuteur, et il s'était résolu à faire preuve d'une plus grande objectivité envers lui.

Le charme dissipé, il s'était de nouveau senti convaincu que la franchise apparente de Western dissimulait quelque chose.

Western, non content de l'inviter à une séance gratuite pour le jour et l'heure de son choix, lui avait en plus offert le voyage aller-retour en avion. Carfax avait promis de donner sa réponse avant le prochain samedi.

La générosité de son adversaire le laissait perplexe. Western marchait à la gloire en triomphant de tous les obstacles. Il comptait maintenant plus d'amis que d'ennemis. Pourquoi la théorie d'un obscur professeur d'histoire lui causait-elle tant d'embarras ? En quoi Carfax le gênait-il ? Western était-il au courant de l'appel de Patricia ? Voulait-il par avance déconsidérer celle-ci ?

Quoi qu'il en soit, le professeur n'avait jamais eu l'intention de refuser l'offre de son cousin. MEDIUM l'intriguait trop. Comme il n'aurait jamais les moyens de se payer une séance de trois heures, il entendait bien profiter de l'occasion. Mais il préférerait attendre le second appel de Patricia avant d'annoncer sa décision car il ne voulait pas trahir sa curiosité. Pour être complètement honnête, il devait aussi reconnaître qu'il tardait parce que la seule idée d'un tête-à-tête avec MEDIUM le terrorisait.

Il en était là de ses réflexions quand il entendit une voiture s'arrêter devant sa maison. Une portière claqua 

Gordon se leva en faisant une grimace. Depuis la fameuse conférence, il était assailli par les importuns. Il avait eu beau changer son numéro de vidéophone pour un numéro en liste rouge, et accrocher une pancarte à sa porte : NE PAS DÉRANGER. ECRIVEZ SI VOUS LE DÉSIREZ, la plupart des gens continuaient de l'accabler.

En ouvrant le judas, il se rappela que l'un de ses amis, un détective privé qui avait travaillé avec lui autrefois, avait reçu un jet d'acide nitrique en collant l'oeil à un trou de serrure. Il se rassura aussitôt en pensant que ses lunettes constitueraient un écran protecteur.

Je deviens de plus en plus paranoïaque, se dit-il en hochant la tête. Le sourire aux lèvres, il appliqua son oeil au judas. La visiteuse avait environ trente ans. Des cheveux roux foncé, un joli visage malgré un nez un peu long et les parenthèses qui encadraient la bouche. Une robe blanche toute froissée dissimulait un corps aux courbes harmonieuses. Elle frise naturellement, se dit le professeur. Et il comprit soudain pourquoi il était sûr de ce détail : il avait déjà vu cette jeune femme, mais pas en chair et en os.

Il ouvrit la porte et aperçut deux valises aux pieds de la visiteuse.

- Vous deviez m'appeler d'abord, dit-il. Mais ça ne fait rien. Entrez.

~ 4 ~











Patricia Carfax ressemblait à sa mère, en plus jeune. Elle avait les cheveux plus clairs, le nez plus long, les yeux d'un bleu plus profond et des jambes encore plus élancées. En outre, sa mère n'avait jamais arboré cette expression accablée.

Carfax se pencha pour prendre les valises.

- Quand nous serons entrés, dit la visiteuse à voix très basse, il serait plus prudent de mettre la radio. Il y a peut-être des micros chez vous.

- Oh ? fit Carfax sur un ton interrogateur. Il prit les valises et suivit la jeune femme dans la maison  les bagages, il plaça cinq disques de Beethoven sur la chaîne. Tandis qu'éclataient les accents martiaux de la Symphonie héroïque, il indiqua la véranda de la main. Beethoven fournissait un arrière fond sublime pour leur tête-à-tête et un brouillage efficace contre les espions éventuels.

- Je vais vous chercher du café. Lait et sucre ?

- Non, merci, noir. Je suis une puriste.

A son retour de la cuisine, il posa deux tasses de café noir sur une petite table devant le fauteuil de Patricia et rapprocha son propre fauteuil.

- On vous suit ?

- A ma connaissance il n'y avait personne dans l'avion, enfin, personne pour me filer. Sinon, il aurait agi avant que je n'arrive ici.

- Il ? Pourquoi « il » ?

- Vous avez raison : on aurait pu envoyer une femme. Mais je croyais que seuls les hommes embrassaient la profession de tueur.

- Votre présence chez moi prouve que l'on n'avait pas l'intention de vous abattre. Il est très facile de tuer quelqu'un, de nuit comme de jour, dans la rue ou au milieu de la foule.

Patricia se rencogna dans son fauteuil et son corps parut se liquéfier.

- Je suis sûr que vous mourez de faim, reprit Carfax. Que diriez-vous d'un plat d'oeufs au bacon ?

- Vous avez raison : je meurs de faim et je suis complètement épuisée. - Elle se redressa  reprendre quelque consistance - Mais je ne pourrai pas me reposer avant de vous avoir tout raconté.

Le professeur était hypnotisé par la poitrine de la jeune femme. Elle surprit son regard, baissa les yeux, les releva, le vit qui souriait et elle éclata de rire. Un rire grêle. La tasse de café dansa dans sa main. Carfax vit apparaître le blanc de ses yeux. Elle réussit néanmoins à boire sans renverser une goutte de liquide et à reposer la tasse en faisant le moins de bruit possible.

- Sans doute ai-je été trop précautionneuse. Je n'ai pas eu le courage de vous appeler pour vous annoncer ma venue. Mais j'ai réfléchi après mon coup de téléphone et j'ai craint que Western ne fasse surveiller votre ligne et n'espionne votre maison.

- Pourquoi ?

- Parce que je l'avais prévenu que je vous contacterais. Je n'aurais pas dû, je m'en rends compte maintenant. J'ai agi sur un coup de tête. Je savais seulement que vous étiez mon cousin et que vous aviez exercé le métier de détective autrefois. J'ai tiré votre nom au hasard mais je vous expliquerai.

A la vérité, je voulais fuir Los Angeles, et vous parler face à face. Le vidéophone est trop impersonnel. Et le manque de contact me déprimait. J'en avais assez de me cacher et de ne pouvoir me confier à personne. Je savais qu'un homme faisait le pied de grue devant l'immeuble situé au bout de la rue où était mon motel...

- A Los Angeles ?

- Oui. J'avais déménagé pour me rapprocher de Western. Pas dans ce motel. J'avais d'abord loué un appartement à côté de Beverley Hills, mais je l'ai quitté dès que j'ai appris que Western me recherchait. Le bail n'était pas encore signé, mais j'avais déjà versé trois mois d'avance... J'ai encore déménagé deux fois depuis. J'ai laissé ma voiture chez un ami dans la Vallée1 pour que Western ne puisse pas me retrouver et je ne l'ai jamais récupérée. J'avais peur qu'il n'ait laissé un homme de garde.

- Mais il faut de l'argent pour laisser un homme de garde pendant un mois.

- Oh, Western en a ! Il est riche, multimillionnaire ! Cet argent me revient en fait et il veut me tuer ! Comme il a tué mon père.

- Je dois me montrer objectif, vous comprenez. Je ne peux accepter votre seule parole. Vous ne vous offenserez pas de mes questions.

- Promis. Je sais que je dois prouver mes allégations.

- Il suffira que vous me donniez de bonnes raisons de soupçonner Western car je ne pense pas que vous possédiez des preuves.

- Vous avez raison.

Patricia se redressa encore un peu et sourit avant de reprendre :

- Parfaitement raison. Pour satisfaire votre curiosité je vous expliquerai d'abord pourquoi je n'ai pas fait part de mes soupçons à la police. D'ailleurs, ce sont des faits et non des soupçons. Mais la police, elle, aurait exigé des preuves, et rien de ce que j'aurais pu dire n'aurait suffi à un tribunal. Je n'avais pas même assez de preuves matérielles pour entraîner un interrogatoire. De plus, Western est si célèbre maintenant et si puissant que la police n'agirait pas, à moins d'être sûre de le prendre la main dans le sac.

- J'en doute. On l'arrêterait à contrecoeur mais on l'arrêterait avec des preuves suffisantes.

- Si je prévenais la police, Western connaîtrait aussitôt mon adresse. Après ce va-et-vient, je suis allée voir mon avocat et je lui ai expliqué toute l'affaire. Il m'a dit que je m'avais aucune chance de réussir, puis il m'a demande mon numéro de téléphone, pour me rappeler, a-t-il dit, au cas ou il changerait d'avis. Je vous remercie, ai-je répondu, mais je vous donnerai mon numéro quand je vous engagerai.

Et je suis partie, j'ai pris un taxi et je me suis fait conduire droit à mon motel. Là, j'ai commis une erreur. Je crois qu'il m'a fait suivre...

- Qui ?

- L'avocat.

- Son nom ?

- Roger Hampton. De Hampton Thoburn, Roxton et Row.

- Leur étude a une excellente réputation. Pourquoi Hampton vous aurait-il fait filer ?

- Il m'a prise pour une folle capable de le tuer afin de me venger de Western. Il faut dire que dans son bureau, je me suis montrée très violente. Je suis sûre qu'il a appelé Western pour lui donner mon adresse.

- Il avait refusé votre affaire mais vos déclarations étaient couvertes par le secret professionnel.

- Il a pu imaginer qu'une maniaque menaçait Western et donner mon adresse sans parler de notre conversation.

- Ou encore, il est étranger à toute cette affaire. On vous suivait peut-être, si l'on vous suit, avant votre visite chez Hampton.

- Si l'on me suit. Mais je sais qu'on me suit. J'ai vu un homme qui me filait aller me demander à la réception. Après son départ, j'ai interrogé le réceptionniste. L'homme l'avait interrogé sur moi.

Carfax se frotta les mains.

- Continuez.

- En un quart d'heure, j'avais fait mes bagages. J'ai sauté dans un taxi et je me suis fait conduire à un restaurant de Sherman Oaks. Là, j'en ai pris un autre pour Tarzana où j'ai loué une voiture, cash, et j'ai filé par la route chez des amis, à Carmel2. Je pensais que Western ignorait leur existence. Au moment où je descendais une forte pente sur la Pacific One...

- Je sais...

- J'ai failli me tuer ! Les freins ont lâché ! J'ai dévalé la pente en zigzags, et si je n'ai pas embouti de voiture venant en sens inverse, c'est qu'il n'en est pas passé. J'ai réussi à prendre le dernier virage de la côte en bas, je suis sortie de la route, un pneu a explosé et la voiture s'est retournée. Je m'en suis tirée sans une égratignure mais quelle frousse ! La voiture était inutilisable. Un véhicule de patrouille m'a ramenée au restaurant où j'avais déjeuné. Il y avait une mare de liquide pour les freins à l'endroit où je m'étais garée. Je refusai qu'on m'examine. J'avais juste besoin d'un remontant.

« Un policier est venu m'expliquer qu'on avait trafiqué le cylindre. Ce que je savais. On l'avait trafiqué sur le parking. Les freins fonctionnaient parfaitement à mon arrivée et je m'en étais servi en sortant car il m'y avait pas de circulation. Je n'avais appuyé sur la pédale que dans la descente au moment où il était déjà trop tard.

- A part Western, qui pouvait vouloir se débarrasser de vous ?

- Personne.

Un bon point pour vous, songea Carfax.

- Racontez-moi tout depuis le commencement sinon nous allons mous emmêler. Je vous poserai ensuite les questions que je jugerai nécessaires.

- Très bien. Mon père, comme vous le savez, enseignait la physique à l'université de Big Sur en Californie.

- Je l'ai appris par le journal. D'ailleurs, je ne sais de cette affaire que ce qu'en a dit le New York Times. Le quotidien local l'a tout juste mentionnée.

- Avant d'aller à Big Sur, il avait professé à l'UCLA3. Sans doute travaillait-il déjà à MEDIUM ? Chez nous, il passait des heures penché sur des équations, des schémas, des diagrammes, des maquettes que j'apercevais lorsqu'il m'arrivait d'entrer dans son bureau. Un jour, je lui ai demandé ce qu'il faisait  qu'il travaillait à la plus grande découverte faite depuis la création du monde.

- On attribue cette phrase à Western.

- Il n'a pas volé que MEDIUM ! Papa enfermait toujours ses papiers dans son coffre. Après notre installation à Big Sur, il construisit une sorte d'appareil électronique bien plus petit que MEDIUM, mais qui dévorait des kilowatts. Nous avions des notes d'électricité faramineuses !

- Certaines auraient-elles échappées à l'incendie ? demanda Carfax. Il ajouta aussitôt : Je n'oublie pas que j'ai promis de garder le silence, mais la question me brûlait les lèvres.

- Non, tout a disparu. La Compagnie avait des archives. Je dis « avait » car quand j'ai voulu les consulter, on m'a répondu que suivant leur politique de recyclage, on les détruisait au bout de six mois. Or j'ai effectué la démarche six mois après l'incendie.

« Je reviens à cette machine. Je connais la consommation d'électricité car je vivais avec mon père et nous partagions les dépenses. Je travaillais, si vous vous rappelez - mais non, vous ne pouvez le savoir - comme secrétaire du président de l'université. Je gagnais bien ma vie mais j'étais incapable de supporter une telle dépense. Papa me dit qu'il se chargerait de tout. Or lui non plus n'avait pas de revenus suffisants. Quelques mois plus tard, il m'annonça qu'il allait emprunter de l'argent à un taux d'intérêt très bas. Vous devinez le nom du prêteur.

Carfax était bien décidé à garder le silence.

- Son neveu, mon cousin. Votre cousin. Western. Pour obtenir le prêt, mon père a sûrement été obligé de lui parler de ses recherches. Mais qui aurait prêté de l'argent à l'inventeur farfelu de MEDIUM ? Autant l'avancer pour construire une machine à mouvement perpétuel.

Invention - devenue impossible maintenant - se dit Carfax, MEDIUM avait ouvert la porte à des recherches de toutes sortes.

- Papa avait dû faire une démonstration convaincante. Du moins je le suppose, car je n'ai pas vu Western à la maison. Papa ne m'a jamais parlé d'une visite, mais il a pu venir pendant mes heures de bureau ou durant l'été lorsque je voyageais en Europe.

Carfax eut envie de lui demander si elle était sûre que son père avait bien reçu de l'argent de Western.

- Brusquement, Papa a pu payer l'électricité, reprit-elle comme si elle avait lu dans son esprit. Et acquérir le matériel supplémentaire. Il a fait deux dépôts à sa banque, l'un de 20.000 dollars et l'autre de 10.000 mille.

- 30.000 au total, murmura Carfax.

- La majeure partie de cette somme servit à acheter du matériel électronique, des consoles, de l'équipement. Papa refusait de m'expliquer l'origine de l'argent aussi bien que la nature de ses recherches. En temps utile, me répétait-il. Je ne devais pas me faire de souci. Les dépôts étaient en liquide, je n'ai jamais vu les récépissés. S'il y en avait, ils ont été brûlés ou récupérés.

« Je ne comprends pas le silence de mon père. S'il m'avait parlé, je ne me serais pas moqué de lui, je ne l'aurais pas pris pour un fou. Ou je ne le lui aurais pas dit.

Elle s'arrêta et se rembrunit avant de continuer.

- C'est faux, soyons franche, s'il m'avait parlé de MEDIUM j'aurais cru qu'il avait perdu l'esprit et je n'aurais pas pu me taire. Je lui aurais livré le fond de ma pensée. Peut-être même aurais-je cherché à le faire soigner. Je n'ai jamais cru qu'il existe une vie après la mort, ni aucune chose de nature surnaturelle. C'est une redondance, non, nature surnaturelle ? Papa non plus, à ma connaissance. Mais la mort de ma mère, quatre ans avant, m'avait profondément touchée. C'est pour cette raison que j'étais venue vivre avec lui. J'avais peur qu'il ne se laisse mourir de chagrin ou qu'il ne se suicide. Humm, j'ai dit que je devais être sincère. J'avais besoin de lui autant qu'il avait besoin de moi. J'aimais beaucoup ma mère, je venais de divorcer, je voulais lui apporter mon affection et je recherchais la sienne.

Elle ouvrit son sac, y prit un mouchoir et s'en tamponna les paupières.

- Le désir de supprimer la barrière de la mort, de revoir ma mère eût pu... C'est bien Arthur Conan Doyle qui s'est tourné vers le spiritisme après la mort de son fils ?

- D'un proche, je crois.

- Mais papa se serait conduit comme un savant. Il n'aurait pas eu recours à un MEDIUM. La mort de ma mère n'a peut-être aucun rapport avec sa découverte. Il a pu la faire par hasard, cette malheureuse découverte.

Le spectacle du jardin encore humide de rosée, le va-et-vient des oiseaux n'incitait pas Carfax à croire en l'immortalité. Au contraire, le mouvement perpétuel de la vie s'offrait à ses regards.

Les morts étaient définitivement morts  revenaient que sous forme d'engrais  funéraires empêchaient souvent cette transmutation ! Un instant, il en vint même à douter de la perpétuation de la vie. L'homme faisait de son mieux pour l'arrêter, conclut-il.

- C'est le 17 mars au soir que s'est produit la catastrophe, reprit Patricia. Partie chez des amis de Santa Cruz, je ne suis rentrée qu'à une heure du matin. Fatiguée mais heureuse, j'avais passé une excellente soirée. A mon retour, je constatai que le réservoir de ma voiture était presque vide. Or Papa en avait besoin le lendemain car il devait se rendre à une réunion du département de physique, m'avait-il dit, sans autre précision et il avait laissé sa voiture au garage. Je fis donc un crochet par la station service avant de me mettre au lit. C'est ce qui me sauva la vie. Je revenais quand...

Carfax l'entendit avaler sa salive. Lorsqu'elle reprit la parole, elle parla d'une toute petite voix.

- J'entendis une explosion qui ébranla la ville entière. Cinq blocs séparaient la maison de la station-service et pourtant j'ai eu l'impression que l'explosion s'était produite juste à côté. Toutes les fenêtres alentour furent soufflées et les voisins se trouvèrent éjectés de leur lit. Encore sous le choc, je dus m'arrêter pendant quelques minutes. Je savais quelle cible on avait visée. Je découvris la maison en flammes : un vrai feu de joie. Les pompiers arrivés peu après veillèrent d'abord à contenir l'incendie. Incapable de parler ou de bouger, je restai stupide à contempler les flammes, les pompiers, la foule qui s'était assemblée. Ce fut l'une des voisines qui me repéra, comme elle me l'expliqua par la suite. On m'emmena dans une ambulance. Un médecin m'administra un sédatif. Je ne me réveillai que le lendemain, la tête tourbillonnante en proie à une faiblesse extrême. On m'expliqua ensuite qu'on avait retrouvé le corps de mon père dans le jardin. Éjecté par le souffle de l'explosion, il avait été ensuite écrasé par des débris enflammés. Son corps était déchiqueté, brûlé... méconnaissable. On ne put l'identifier que grâce aux radios de son dentiste. Et... et...

Patricia se moucha et s'essuya les yeux avec son mouchoir. Carfax partit lui chercher des Kleenex à la cuisine. Après avoir constaté dans un miroir de poche les dégâts causés par ses larmes, elle grimpa dans la salle de bains pour rectifier son maquillage. En redescendant elle avait même retrouvé son sourire.

- Quand on ouvrit le coffre-fort mural, reprit-elle, il était complètement vide. On l'avait ouvert et débarrassé de son contenu, y compris mes bijoux, avant de le refermer. Mon père avait dû agir sous la menace. Selon la police, l'explosion avait été provoquée par le gaz : on avait ouvert l'alimentation des bûches artificielles installées dans la cheminée, attendu que le gaz ait envahi la maison, puis refermé le robinet. Toutes les fenêtres et toutes les portes étaient fermées  indiquaient qu'on les avaient scellées avec de l'adhésif. Le laboratoire de la police en avait eu la preuve malgré l'incendie.

« Mais Papa n'était pas mort asphyxié : ses poumons ne contenaient pas de gaz. Il était mort d'un coup reçu sur la tête. Ou du moins il avait reçu un coup susceptible d'entraîner la mort. Mais il était impossible de savoir s'il avait été frappé volontairement par un instrument contondant ou simplement heurté par un objet projeté par l'explosion. Cette seconde hypothèse fut vite écartée cependant : en effet dans ce cas, mon père aurait respiré le gaz. On l'avait donc frappé avant d'ouvrir le gaz.

« Ensuite, l'assassin, qui devait porter un masque à oxygène, avait attendu que le gaz ait rempli la maison et il avait laissé un dispositif destiné à provoquer l'explosion. Ce dispositif avait sans doute été détruit car on n'en retrouva pas de trace. Puis l'assassin était sorti par-derrière, avait pris soin de refermer la porte et s'était éloigné le plus vite possible. L'explosion, et l'incendie avaient détruit les deux exemplaires de MEDIUM. On fit examiner leurs restes par un électronicien qui découvrit que certains circuits essentiels manquaient, comme il ignorait l'usage de ces appareils totalement inconnus pour lui, il se révéla incapable d'en comprendre le fonctionnement en l'absence de ces circuits. Mon père avait sûrement reconnu l'assassin quand il l'avait forcé à ouvrir le coffre.

Cette fois, Carfax ne put se retenir d'intervenir :

- Sauf s'il portait un masque et s'il avait déguisé sa voix.

- Bien entendu. Mais pourquoi aurait-il dissimulé son identité ? Il ne devait pas y avoir de témoin  directement ou non, c'est lui le responsable car lui seul connaissait la nature des recherches de mon père. Il a annoncé qu'il communiquait avec les morts, six mois seulement après sa mort. Croyez-vous que ce soit une coïncidence ? Moi, je savais donc que Western avait volé les plans mais j'étais incapable de le trouver. Je n'ai rien à présenter à un tribunal. Mais je n'allais pas rester les bras croisés et laisser l'assassin en liberté. La première chose que j'ai faite après la mort de mon père, c'est d'engager, grâce à son assurance-vie un détective privé pour enquêter sur Western.

« Comme la presse a beaucoup parlé de lui, je suppose que vous connaissez l'essentiel. Titulaire d'un diplôme de gestion des affaires, il a de plus hérité de son père sept magasins de radio-télévision. Il a suivi beaucoup de cours techniques et il possède également un diplôme de télécoms. Mais il n'a rien d'un inventeur...

- Navré de vous interrompre encore une fois. Un inventeur n'a pas besoin de diplômes.

- Je sais. Les yeux de Patricia s'agrandirent comme sous l'effet de la colère. Apparemment ses études terminées, Western s'est contenté de gérer ses affaires, de jouer à la bourse et de courir les femmes. Une anecdote vous éclairera sur sa personnalité : Après la mort de mon père, je suis sortie une fois avec lui parce que je désirais en savoir plus sur leurs relations. En fait, c'est moi qui lui ai fait des avances en lui téléphonant pour lui demander un rendez-vous. Il m'a invitée au Sandia et nous avons pas mal bu. Ensuite, il m'a proposé d'aller chez lui, nous y serions plus à l'aise pour bavarder, m'a-t-il dit  j'acceptai. Un homme qui a bien bu et qui se trouve en compagnie d'une jolie femme, j'ignore la fausse modestie, a tendance à trop parler.

Ses yeux s'agrandirent encore. Dans sa voix, le chagrin fit place à la colère.

- Il m'a proposé de coucher avec lui ! Mon propre cousin ! L'assassin de mon père ! Je crains d'avoir perdu la tête. Je l'ai giflé, je l'ai accusé d'avoir tué mon père pour le voler et je lui ai promis de le faire payer avec ou sans l'aide de la police.

Je n'avais jamais vu un homme changer aussi rapidement. Pendant une minute, j'ai cru qu'il allait me tuer sur place. Mais il est bien trop malin pour cela. Il s'est rasséréné aussitôt comme s'il avait pris une douche froide. il m'a conseillé de sortir et m'a interdit de le revoir. Et il m'a prévenue que si je racontais à d'autres ce que je lui avais dit, il me la bouclerait.

Il ne m'a pas menacée, remarquez. Mais quand il a parlé de me la boucler, il ne pensait pas à des moyens légaux, j'en suis sûre. Je suis partie aussi vite que j'ai pu. Par l'agence de détectives, j'ai appris ensuite que Western laissait certaines femmes dans le besoin utiliser MEDIUM, surtout si elles étaient jolies  il les emballait, le salaud !

Il faut être deux pour ce genre de marché, pensa Carfax.

- Je me demande comment votre agence a obtenu ce renseignement. Pas par les femmes, en tout cas.

- Un de leurs détectives travaille chez Western. C'est une secrétaire qui l'a mis au courant. D'ordinaire, son personnel est discret mais cette secrétaire est tombée amoureuse du détective  pour Western, elle n'a pas pensé à mal. Le métier de détective est un sale métier, non ?

- Si, mais on agit rarement sans se salir les mains.

- Des femmes qui ont refusé les propositions de Western ont parlé aussi, elles n'avaient pas peur, elles. Maintenant, vous vous demandez pourquoi Western ne m'a pas encore descendue puisque voilà huit mois que je lui ai jeté mes soupçons à la figure. Mais c'est qu'il doit savoir que je le fais surveiller. Les deux directeurs de l'agence de détectives ont reçu des coups de fil anonymes leur enjoignant d'abandonner l'affaire, peu après avoir découvert que ma ligne était surveillée et ma maison truffée de micros. Ils ont également identifié les hommes qui me filaient : des employés d'une autre agence qui a refusé de donner le nom de son client, bien entendu.

- Les noms de ces deux agences ?

- J'ai engagé Fortune et Thorndyke  d'enquêtes et de sécurité Magnum.

Carfax hocha la tête :

- Fortune et Thorndyke sont installées dans West Hollywood  dans le centre de Los Angeles  dirigée par Valmont. Je les connais tous trois pour avoir autrefois travaillé avec eux.

- Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir professeur d'histoire ? Je comprends qu'on abandonne le travail de détective privé : c'est un travail sordide, déprimant qui ne doit pas procurer beaucoup d'exaltation. Ah, c'est vrai, vous avez eu une dépression...

Carfax haussa les épaules :

- C'est le Times qui a raconté que vous avez eu une dépression pendant une affaire et qu'elle s'est trouvée aggravée, la dépression, pas l'affaire, par un accident qui a failli vous coûter la vie.

- Je suis restée d'abord dans une clinique privée puis j'ai été transférée à l'hôpital du Mont Sinaï de Beverley Hills. J'ai eu la chance, ou la malchance, de tomber sur un psychothérapeute extrêmement doué.

- Pourquoi la malchance ?

- Qui sait ? Le docteur Sloko m'a convaincue ou m'a amenée à me convaincre que je venais de vivre une crise de folie. J'avais souffert d'hallucinations extraordinaires et d'un réalisme total. Dès ce moment, j'ai rapidement recouvré mon équilibre. Mais je ne sais toujours pas si...

- Il faudra m'en parler un jour. J'ai peur que Western ne profite de cette histoire. Rien ne l'empêche d'expliquer ou d'insinuer que vous souffrez d'une nouvelle crise de folie passagère. Et alors, adieu votre hypothèse sur les extraterrestres.

Carfax fit la grimace :

- J'en ai bien conscience. Si je gêne trop Western, c'est ce qu'il fera. Vous...

Il s'interrompit. Il allait dire qu'un ex-malade mental et une presque déséquilibrée ne formaient pas une équipe solide.

- Nous en reparlerons, dit Patricia. Si je suis venue vous trouver, c'est parce que vous êtes mon cousin, que vous êtes un adversaire irréductible de Western, que vous avez été détective, que vous...

- Allez-y, cessez de tourner autour du pot.

- Comment ?

- Que voulez-vous que je fasse quand j'irai voir Western ?

- Démarche logique, non ? dit-elle en s'approchant de lui. Mais je n'ai pas le droit de vous demander quoi que ce soit : vous ne disposez que d'une séance de MEDIUM, et vous souhaitez sûrement parler à votre femme ou à l'un de vos parents, enfin à quelqu'un que vous aimiez. A moins que, en tant que professeur d'histoire, vous désiriez vérifier que le Secrétaire d'État à la guerre de Stanton est bien le responsable de l'assassinat de Lincoln.

- La chaire de l'université de Chicago travaille déjà sur cette question grâce à un prêt fédéral. Carfax fit une pause. Mais si je découvre la cause exacte de la mort de votre père et l'identité de son assassin au cas où l'on aurait assassiné, cette découverte passera avant la mort de Lincoln.

Un profond soupir échappa à Patricia :

- Vous acceptez !

- J'y réfléchirai.

La conversation l'avait insidieusement amené à contredire sa théorie, constata-t-il. Au lieu de se cramponner à l'idée que MEDIUM permettait de communiquer avec des extra-terrestres, il avait admis implicitement qu'il s'agissait de défunts. Patricia espérait son aide mais elle croyait aux allégations de Western.

~ 5 ~








Carfax avait fait le serment de ne jamais revenir à Los Angeles. Malgré cet engagement, il se trouvait maintenant sur le point d'atterrir au nouvel aéroport international de Riverside. Sous l'avion, il découvrait les montagnes occidentales de l'Arizona baignées dans une atmosphère glauque. L'air épais le transformait en un décor sous-marin aperçu par le fond vitre d'un submersible. A leurs pieds s'étendait la réserve de chasse Kofa où, affirmait-on, rôdaient encore, l'oeil vitreux et les poumons ravagés des derniers pumas de l'Amérique du Nord. On y rencontrait aussi une espèce de cactus, le sagnasa, qui avait presque totalement disparu de la surface du globe. La pollution atmosphérique n'était responsable qu'en partie de l'extinction de l'espèce, raison pour laquelle le président des États-Unis s'était donné dix années pour ramener coûte que coûte le taux de pollution.



L'avion se posa et gagna son aire d'atterrissage où un cordon ombilical télescopique le relia à l'aéroport. Carfax s'enfonça dans les entrailles climatisées du bâtiment. Il reconnut aussitôt Edward Tours : il avait déjà vu ce visage large et ces cheveux gris coupés courts sur l'écran du vidéophone quand il avait rappelé Western.

Les deux hommes se serrèrent la main et échangèrent des banalités sur la pollution. Malgré sa présence, ô combien indéniable, celle-ci fournissait au moins un sujet de conversation et de mécontentement. La conversation s'orienta ensuite vers les impôts, passa aux plages où l'on refusait maintenant ceux qui échouaient à un examen de beauté, effleura le massacre de Philadelphie, toucha à la crise iranienne, pour aboutir au déclin de la littérature contemporaine. A ce moment-là, les deux valises de Carfax surgirent d'un distributeur. Des bras d'acier les soulevèrent et les déposèrent sur la carapace plane d'une petite tortue électrique pourvue de quatre roues qui vint s'arrêter à trente centimètres des pieds des voyageurs. Carfax glissa une étiquette de plastique dans une fente. Les deux hommes jeunes qui accompagnaient Tours s'emparèrent des valises libérées et la tortue s'en retourna chercher d'autres bagages.

Edward Tours et ses compagnons portaient des costumes d'après-midi couleur orange vif. Un tau se balançait au bout d'une chaîne d'argent suspendue à leur cou : au centre de la boucle resplendissait un M doré, l'initiale de MEDIUM. Et la moitié des visiteurs de l'aéroport arborait le même pendentif.

- Docteur Carfax, nous sommes obligés d'emprunter le MTO, dit Tours. Nous ne pouvons plus vous traiter comme un officiel, du moins hors de l'aéroport. De plus, étant donné que la presse vous considère comme un visiteur de marque, nous devrions acquitter une taxe. Mais vous savez.

- Je ne m'attendais pas à être accueilli par une limousine et son chauffeur, répondit Carfax. Je ne le souhaiterai pas non plus. D'ailleurs le MTO est bien plus rapide que l'autoroute.

Ils gagnèrent la salle d'attente. Une minute plus tard, l'express de Hollywood entrait en gare au milieu des grincements et des chuintements. Ils prirent place dans l'une des voitures en forme d'oeuf et le train les emmena à 250 km/h. Assis près de la vitre, Carfax regardait le paysage qui défilait entre les grandes arches qui supportent le rail supérieur. Le smog paraissait moins épais qu'en altitude  gêné car il n'avait pas quitté les lieux climatisés.

La métropole s'était encore développée de 36 kilomètres en direction de l'est  des maisons individuelles et des rues avaient remplacé l'ancien désert. Dans les vieux quartiers le nombre de gratte-ciel avait augmenté, les rues s'étaient souvent dédoublées en deux niveaux reliés par de nombreuses passerelles. Certaines voies qu'ils connaissaient bien avaient laissé la place à des immeubles. La plupart des piétons portaient maintenant des masques à oxygène et de petits cylindres. Mais, dans l'ensemble, Los Angeles avait peu changé.

Cinq minutes après avoir quitté Riverside, le MTO atteignait la station Highland-Sunset. Les alentours, eux, étaient presque méconnaissables. On avait abattu la plupart des immeubles  acquis, eux aussi, deux niveaux.

Guidés par Tours, les quatre hommes empruntèrent un escalator protégé par une gaine de plastique pour atteindre le niveau supérieur. Dans une petite serre un nouveau taxi les attendait : cellule de fuel, un moteur électrique par roue. Le conducteur, la tête rasée, n'avait pour tout vêtement qu'un short bleu électrique et un foulard écarlate.

Ils se glissèrent lentement au milieu de la circulation jusqu'à la rampe de sortie de Nicholls Canyon. La nouvelle voie via Nicholls Canyon les amena directement à une route secondaire privée qui longeait la colline jusqu'à la demeure de Western. Cinq cents mètres plus loin, un garde posté près d'une barrière, les arrêta. Tours exhiba une carte en code et glissa son pouce droit dans le trou d'une boîte d'immatriculation. Le garde s'effaça, la barrière se leva et le taxi continua son chemin.

D'énormes pylônes soutenaient la route érigée à flanc de colline. Des avenues secondaires amenaient par des rampes d'accès aux splendides demeures taillées à même les hauteurs. On avait ravalé la colline, on l'avait manucurée et corsetée de plastique, de métal et de ciment. Mais le lierre garnissait encore toute sa surface.

A travers les interstices de la rambarde qui bordait la route, Carfax aperçut le vaste parking construit au sommet de la colline. A côté s'élevait un grand immeuble d'habitation d'un blanc uniforme. La foule qui occupait le parking se divisait en quatre groupes  voitures de police étaient garées sur le pourtour.

- Westernites et anti-westernites, expliqua Tours. Les premiers constituent le groupe le plus important. Les anti-westernites ne sont pas d'accord avec eux : catholiques, baptistes du sud, scientologues, et, sauf erreur, carfaxistes, pardonnez-moi l'expression.

- Je n'ai autorisé aucun groupe à se prévaloir de mon nom. Du moins jusqu'à présent.

- Alors, vous feriez mieux de le leur expliquer, répliqua Tours.

La demeure de Western était perchée sur le sommet de la colline : c'était une magnifique construction de brique et de bois dans le style colonial. Devant l'immense véranda, cinq noirs vêtus de blanc immaculé taillaient pelouse et massifs de fleurs. Carfax s'attendait presque à voir surgir une dame vêtue d'une robe à cerceau, au bras d'un colonel au menton orné d'un bouc.

- Les jardiniers sont en fait des hommes du service de sécurité, dit Tours. Si la végétation paraît si verte et si florissante, c'est qu'elle est en plastique.

- Mais les tondeuses et les sécateurs ?

- Les tondeuses n'ont pas de lames, les sécateurs des tranchants émoussés. Mr. Western n'aime pas la présence de la police mais il doit se protéger. Trop de fous, comme ce Philipps dont vous avez dû entendre parler, ont tenté de l'assassiner. Les fanatiques croient protéger leur religion en tuant Mr. Western. C'est de la démence.

- Mr. Western aurait parlé à Phillips 6 heures après sa mort.

- Oui. On l'a repéré et interrogé rapidement. Mais comme il était encore mal remis du choc causé par son passage à l'état de semb, le contact a été médiocre. Mr. Western compte s'entretenir de nouveau avec lui car il espère que son témoignage convaincra ses coreligionnaires de sa sincérité.

Le taxi s'arrêta devant la grosse porte de métal qui fermait la rampe d'accès. Elle s'ouvrit quelques secondes plus tard. Le véhicule contourna la maison  inclinée le conduisit au sous-sol. Des portes flexibles se refermèrent derrière lui. Les passagers sortirent. Edward Tours tendit sa carte de crédit au chauffeur qui l'inséra dans l'appareil puis la lui rendit. Et il franchit les portes dans l'autre sens  par leur mouvement chassa le smog glauque.

Carfax monta vingt marches derrière Tours et arriva dans une pièce gigantesque décorée de façon splendide. Quatre hommes peu amènes y paressaient  à une fouille, fut déçu. Il en conclut qu'il était passé devant des détecteurs en prenant l'escalier. Ils traversèrent un hall très haut de plafond, orné de peintures murales que Carfax reconnut pour être des fresques étrusques. A l'extrémité du hall, il prit place avec Tours dans un petit ascenseur qui les mena aussitôt au troisième étage, sans que Tours ait touché aux commandes. Des simulacres, pensa Carfax. Un opérateur les surveillait probablement grâce à un circuit de télévision intérieur. Il se demanda si l'ascenseur descendait jusqu'au garage.

Les deux hommes pénétrèrent dans une pièce aux dimensions imposantes. Derrière chacun des vingt bureaux, des employés des deux sexes parlaient au téléphone, dictaient à des machines à écrire, compulsaient des dossiers ou écoutaient des enregistrements. Tours présenta à Carfax une jolie femme d'âge moyen. Mrs. Morris, la secrétaire personnelle de Western. Avec un sourire, elle les invita à la suivre dans un petit vestibule qui débouchait sur une pièce meublée seulement par un bureau inoccupé, et par une console d'un ordinateur. Tours fit un signe à la caméra installée à l'angle du plafond. La porte coulissante s'enfonça dans le mur. La pièce suivante était aussi grande que glaciale. Les murs peints en blanc étaient nus sauf pour des cartes que Carfax ne parvint pas à identifier. Un petit bureau et une chaise repoussée dans un coin, quelques fauteuils épars constituaient le seul ameublement. Western se tenait au centre de la pièce. A ses côtés, il y avait MEDIUM. Gordon Carfax devait lui rendre cette justice : Western n'avait pas cherché à créer une atmosphère religieuse. Dans la pièce brillante et nue, on ne voyait aucun de ces objets exotiques qui décorent souvent les pièces où les médiums humains tiennent séance. Le cube gris neutre, haut d'un décamètre, la console incurvée, les compteurs lumineux, indicateurs lumineux, écrans, les câbles énormes qui s'enfonçaient dans le sol, tout en MEDIUM respirait la science. SUITE DANS LE LIVRE

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1 Désigne le bassin industriel de Los Angeles, derrière la chaîne montagneuse où voisinent les villes de Tarzana, Sherman Oaks, Burbank, etc. Note JdL.

2 A côté de San Francisco. Note JdL.

3 Université de Californie de Los Angeles.

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