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![]() J'essayai d'éluder. Au lieu de répondre simplement « oui, ce fut l'un des plus beaux jours de ma vie », je me dérobai et changeai de sujet, ce qui revenait à répondre non ! J'ai toujours regretté ma réaction, ayant en tête cette phrase du Christ disant que si nous le renions devant les hommes, il nous reniera devant son père au ciel3. J'ose espérer que mes insignes sont plus visibles aujourd'hui. Qu'il me soit permis de me répéter et d'insister : contrairement à ce que laissent croire les publications sur les cas de vie après la mort, les expériences aux frontières de la mort ne sont pas toujours bonnes. L'enfer existe aussi ! Du jour où j'ai réalisé cela, je me suis mis à recueillir les récits d'expériences déplaisantes qui avaient apparemment échappé aux autres chercheurs. Selon moi, la raison en est que ces chercheurs, ordinairement des psychiatres4, n'ont jamais eu à ranimer un patient. Ils ne se sont jamais trouvés en première ligne. Les expériences déplaisantes mises au jour par mon étude se révèlent au moins aussi fréquentes que les plaisantes. La Bible dirait-elle vrai ? La réponse est vite devenue aveuglante, et c'est avec vous, lecteur et lectrice, que je veux la partager.
~ 3 ~
Les différentes conceptions de la mort
Depuis toujours, des hommes ont prédit une vie après la mort dont la nature exacte cependant restait un mystère. Depuis toujours, l'homme rêve de jeter un regard sur son futur. Et voici qu'en l'espace d'une génération, des descriptions d'une vie après la mort nous ont été livrées, suffisantes pour emporter la conviction des profanes. Mais malgré ces descriptions, la transition que représente la mort a un caractère impalpable et ne se laisse pas facilement saisir. Antithèse de la naissance, dissolution apparente de quelque chose dans rien, la mort défie les définitions. Qu'est-ce que la mort ? Quel est ce mystère que tout un chacun peut voir et qui, pourtant, encore aujourd'hui, reste impénétrable aux plus grands esprits scientifiques ? Le déroulement, les stades de la mort donnent lieu à des débats sans fin. Il y a aussi des débats autour du moment auquel il convient de mettre fin aux efforts de réanimation des victimes. La mort est dite clinique, ou réversible, quand le cœur s'arrête et que la respiration cesse  biologique, ou irréversible, quand les tissus dégénèrent au point de condamner leur fonctionnement  le corps ne réagit plus aux efforts de réanimation. La mort biologique apparaît ainsi comme la fin de l'existence. Malgré cela, l'homme persiste, depuis l'aube des temps, à se nourrir d'une espérance d'immortalité. On est tenté, dans ces conditions, de se demander si une autre définition de la mort, biblique celle-ci, ne serait pas possible. On trouve effectivement dans la Bible des formules comme celle-ci : « Comme le corps sans esprit est mort...5» qui définit la mort du corps par le départ de l'esprit. Bien sûr, la seule preuve scientifique d'une vie après la mort serait de trouver des cas de résurrection d'une mort biologique avec dégradation des tissus. Pour autant que je sache, ceci ne s'est pas produit depuis l'époque biblique où Élie ressuscita le fils d'une veuve6, où Élisée ressuscita le fils d'une Sunamite7, et où Élisée lui-même fut ressuscité8. Selon le Nouveau Testament, Jésus ressuscita trois personnes : la fille de Jaïre9, le fils de la veuve de Naïn10 et bien-sûr Lazare11. N'oublions pas cependant la propre résurrection du Christ trois jours après sa mort, que célèbre la fête de Pâques. De nombreuses descriptions suggèrent que l'esprit se séparerait du corps au tout début de la mort, pour le réintégrer ensuite en cas de mort réversible. À l'exception des résurrections bibliques, on ne connaît aucun cas de mort irréversible où l'esprit serait revenu dans le corps, ce qui laisse penser que les Écritures font référence à une forme de mort biologique, l'homme étant destiné « à mourir une seule fois, après quoi vient le jugement12». Ainsi s'expliquerait l'absence de cet épisode de « jugement » dans les récits de morts réversibles et ceux qui les vivent s'abuseraient dès lors en concluant qu'il n'y a pas de jugement final. Quoi qu'il en soit, la possibilité d'une vie derrière cette porte que nous appelons la mort se manifeste aujourd'hui dans des rapports dont voici un exemple type : « Je me rappelle être sorti de mon corps la tête la première et avoir flotté jusqu'à l'angle de la pièce. Ma femme pleurait et j'ai essayé de lui dire de regarder vers moi, et que j'allais bien. Mais elle n'a pas voulu me regarder. Personne ne prêtait attention à moi. Je suis passé devant les deux médecins et j'ai regardé mon corps. Les vêtements étaient tout brûlés par le feu, et mon visage n'était plus qu'un fouillis de peau brûlée qui partait en lambeaux. Le médecin a dit : ''La machine est bien chargée à 400 ?''. Puis il m'a mis sur la poitrine deux disques métalliques reliés à la machine. J'ai vu mon corps bondir, et alors j'ai su que j'étais revenu dans mon corps. J'avais mal comme si une mule m'avait rué dans la poitrine. Cette vie était certainement pire que l'autre. Je me rappelle encore le moindre détail13».
La croyance en une vie après la mort est commune à la quasi-totalité des cultures. Quand on étudie l'histoire de l'humanité, il est pratiquement impossible de trouver un peuple qui n'ait pas adhéré, de quelque façon, à une existence après la mort. « Après avoir créé l'homme », disent les Écritures, Dieu implanta dans son cœur le sens de l'éternité : « il a mis dans leur cœur la pensée de l'éternité14». L'espoir de l'immortalité agit sur l'homme comme un système d'autoguidage, c'est un instinct si enraciné en lui qu'il le pousse depuis toujours à chercher son Créateur, à la façon peut-être des oiseaux, baleines et autres animaux que leur autoguidage pousse vers un refuge précis.
L'ère pré-biblique
Voici des milliers d’années, la croyance en la vie après la mort s'exprimait diversement. Les sociétés antiques enterraient leurs morts avec des fleurs, signe sans doute qu'elles y voyaient une transition vers un autre monde. Elles leur donnaient aussi des armes de guerre, de la nourriture et tout ce qui pouvait servir dans leur vie nouvelle. Le Livre des Morts égyptien, peut-être le texte le plus vieux qui existe, est un extraordinaire recueil de prières et de formules pour guider le mort dans le nouveau monde. Les Égyptiens furent apparemment les premiers à enseigner l'immortalité de l'âme. Préparés, habillés et embaumés avec soin, les cadavres emportaient dans leur tombe leurs effets personnels – ornements, toilettes, armes, outils – ainsi que des récipients garnis de nourriture et de boissons. Dans leur nouvelle vie, pensait-on, les morts auraient à se sustenter, il leur fallait donc de quoi boire et manger. Les tombes étaient à l'image de leur demeure future, d'autant plus vastes que le rang du défunt était élevé. Les grandes pyramides, toujours debout, sont le témoignage écrasant de ces anciennes croyances en une vie après la mort. Les tombes des pharaons précèdent de plus de 1000 ans le Livre des Morts égyptien, qui date d'environ 2500 ans avant JC. Tout indique en somme que les Égyptiens, comme la grande majorité des hommes à travers l'histoire, considéraient la mort comme une interruption de la vie et non comme son terme. Le Livre des Morts tibétain nous donne une image de la vie après la mort telle que la voyaient les orientaux il y a des siècles. Ces croyances attendirent apparemment le VIIIe siècle pour être réunies en un livre qui explique l'art de mourir et contient une longue description des étapes que l'âme parcourt après la mort physique. Au moment de la mort, selon ce texte, l'individu abandonne son corps sans vie et se découvre pourvu d'un corps lumineux capable de se déplacer instantanément et de traverser murs et objets sans rencontrer de résistance. Il voit ses amis et proches pleurer sa mort et préparer son corps pour la sépulture. Son nouvel état, aux sens aiguisés, lui fait rencontrer des êtres spirituels, ou le met en présence d'une claire lumière qui le remplit d'une paix et d'un bien-être immenses. Au bout du compte vient le jugement, qui sera fonction de ses actes passés. D'autres étapes, d'autres voyages sont possibles, que nous verrons dans la suite.
Les Babyloniens avaient également leur idée sur l'existence qui suit la tombe. Ils croyaient en la résurrection des morts, processus dans lequel entraient jugement et punition. Eux aussi enterraient les morts avec des récipients de nourriture et de boisson, y ajoutant les outils pour les hommes, les peignes et cosmétiques pour les femmes. Les Perses, eux, croyaient que l'âme quitte le corps pour franchir le Pont du Rassembleur où, trois jours durant, les esprits du bien et du mal luttent pour se l'approprier. Selon le résultat, soit l'homme monte sur un bateau de chanson, soit tombe dans l'abîme de la maison de l'enfer. Les Grecs, qui ont plus contribué au monde de la pensée que la quasi-totalité des autres cultures, pensaient que la mort n'est que la fin de l'homme mortel car l'âme est immortelle. Le poète Findas estimait que certaines âmes reviennent sur terre sous la forme de sages. Platon enseignait qu'à la mort, l'âme se sépare du corps. Dans un environnement habituellement lumineux, elle rencontre alors d'autres esprits, notamment ceux des proches et amis décédés, et peut converser avec eux. Après cet intermède, elle doit affronter son jugement au cours duquel défilent toutes les actions de sa vie passée. Socrate, le grand philosophe athénien, nourrissait des vues similaires. À l'heure de sa propre mort, il se dit convaincu que son âme allait « se rendre en un lieu qui est, comme elle, invisible, divine, immortelle et sage... et où... elle passera le reste de son existence avec Dieu ». Interrogé sur la façon dont il voulait être enterré, il eut cette formule devenue immortelle : « Comme vous voudrez, si toutefois vous pouvez me saisir », sous-entendant qu'une fois mort, il ne sera plus dans son corps. Dans La République, Platon raconte qu'un soldat grec nommé Er, mort au combat, vit son corps sur un bûcher funéraire prêt à brûler et comprit ainsi que son âme avait quitté son corps. Il se retrouva dans un lieu muni de barrières, ou des ouvertures menant vers l'au-delà. En arrivant devant elles, les âmes voyaient défiler devant leur yeux toute leur vie terrestre avant d'être interrogées par des êtres divins. Selon leur sentence, elles étaient soit dirigées vers une colonne de lumière illuminant l'entrée du paradis, soit précipitées en enfer. Toutefois, Er ne fut pas jugé cette fois-là et put réintégrer son corps physique. Il s'éveilla sur le bûcher funéraire, à temps pour le quitter et raconter son histoire incroyable. Platon conclut :
« Voilà pourquoi, selon moi, il importe de s'en tenir toujours à la voie du ciel, et de toujours marcher dans la justice et la vertu, en considérant que l'âme est immortelle et peut connaître toutes sortes de biens et toutes sortes de maux15». Thucydide, autre Grec contemporain de Platon, a écrit l'histoire de la guerre du Péloponnèse. Il y rapporte un panégyrique prononcé par Périclès à la mémoire des soldats athéniens morts dans les premiers engagements. Ici, pas de référence à l'immortalité, mais plutôt l'affirmation que le soldat qui sacrifie sa vie pour l'État devient comme immortel, le bien de l'État étant donc considéré comme la finalité de l'existence. Une doctrine similaire a été propagée à notre époque dans les pays communistes, et l'on a pu voir par exemple les Soviétiques faire la queue devant le tombeau de Lénine afin de contempler le fondateur, promu au rang de véritable dieu. Le corps de Lénine est si bien conservé qu'il donne l'impression de pouvoir reprendre vie d'un moment à l'autre  Tse-Toung.
Autres opinions
Les croyances rencontrées dans d'autres cultures sur la vie après la mort offrent de nombreuses similitudes. En Afrique centrale, certaines tribus croient en une existence spirituelle après la mort, et les veuves élisent souvent domicile près de la tombe de leur époux afin de « veiller » sur son esprit. Les Amérindiens étaient jadis assez proches des Européens sur ce chapitre. Ils enterraient les morts dans des tumulus et les munissaient d'arcs et de flèches dont ils auraient besoin dans leur nouvelle vie, une fois arrivés sur les « terres des chasses heureuses ». Les Hindous, eux, croient en un paradis où perles et joyaux parsèment les bords des fleuves, et où abondent les fleurs et la musique, le rire et le bonheur. La plupart des écoles bouddhistes parlent d'un beau paradis qui suivrait la mort et où le plaisir serait universel, la vie sans limite et le mot « enfer » inconnu. On y accède après avoir éliminé de soi toute dépendance, état qui s'obtient au terme d'une série de réincarnations. Quant aux musulmans, ils croient en un paradis qui dépasserait tout ce qu'on connaît ici-bas et qui serait un lieu de jouissance et de plaisir réservé aux fidèles d'Allah. Pour résumer cette croyance quasi universelle en l'immortalité, je citerai Caton, philosophe romain qui vécut avant le Christ, et à qui Addison fait dire :
Cela doit être. Platon, tu raisonnes bien : Sinon, d'où viendraient ce plaisant espoir, Ce naïf désir, Cette aspiration d'immortalité ? D'où viendraient-elles, cette terreur secrète, Cette intime horreur De tomber dans le néant ? Pourquoi ce repli de l'âme, Arc-boutée contre sa destruction ? C'est la divinité qui est en nous C'est le ciel lui-même qui montre l'au-delàEt prescrit à l'homme l'éternité16. |
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