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DERRIERE LES PORTES DE LA LUMIERE

J'essayai d'éluder. Au lieu de répondre simplement « oui, ce fut l'un des plus beaux jours de ma vie », je me dérobai et changeai de sujet, ce qui revenait à répondre non ! J'ai toujours regretté ma réaction, ayant en tête cette phrase du Christ disant que si nous le renions devant les hommes, il nous reniera devant son père au ciel3. J'ose espérer que mes insignes sont plus visibles aujourd'hui.

Qu'il me soit permis de me répéter et d'insister : contrairement à ce que laissent croire les publications sur les cas de vie après la mort, les expériences aux frontières de la mort ne sont pas toujours bonnes. L'enfer existe aussi !

Du jour où j'ai réalisé cela, je me suis mis à recueillir les récits d'expériences déplaisantes qui avaient apparemment échappé aux autres chercheurs.

Selon moi, la raison en est que ces chercheurs, ordinairement des psychiatres4, n'ont jamais eu à ranimer un patient. Ils ne se sont jamais trouvés en première ligne.

Les expériences déplaisantes mises au jour par mon étude se révèlent au moins aussi fréquentes que les plaisantes.

La Bible dirait-elle vrai ?

La réponse est vite devenue aveuglante, et c'est avec vous, lecteur et lectrice, que je veux la partager.




~ 3 ~








Les différentes

conceptions

de la mort



Depuis toujours, des hommes ont prédit une vie après la mort dont la nature exacte cependant restait un mystère. Depuis toujours, l'homme rêve de jeter un regard sur son futur. Et voici qu'en l'espace d'une génération, des descriptions d'une vie après la mort nous ont été livrées, suffisantes pour emporter la conviction des profanes.

Mais malgré ces descriptions, la transition que représente la mort a un caractère impalpable et ne se laisse pas facilement saisir. Antithèse de la naissance, dissolution apparente de quelque chose dans rien, la mort défie les définitions.

Qu'est-ce que la mort ? Quel est ce mystère que tout un chacun peut voir et qui, pourtant, encore aujourd'hui, reste impénétrable aux plus grands esprits scientifiques ? Le déroulement, les stades de la mort donnent lieu à des débats sans fin. Il y a aussi des débats autour du moment auquel il convient de mettre fin aux efforts de réanimation des victimes. La mort est dite clinique, ou réversible, quand le cœur s'arrête et que la respiration cesse  biologique, ou irréversible, quand les tissus dégénèrent au point de condamner leur fonctionnement  le corps ne réagit plus aux efforts de réanimation. La mort biologique apparaît ainsi comme la fin de l'existence.

Malgré cela, l'homme persiste, depuis l'aube des temps, à se nourrir d'une espérance d'immortalité. On est tenté, dans ces conditions, de se demander si une autre définition de la mort, biblique celle-ci, ne serait pas possible. On trouve effectivement dans la Bible des formules comme celle-ci : « Comme le corps sans esprit est mort...5» qui définit la mort du corps par le départ de l'esprit.

Bien sûr, la seule preuve scientifique d'une vie après la mort serait de trouver des cas de résurrection d'une mort biologique avec dégradation des tissus. Pour autant que je sache, ceci ne s'est pas produit depuis l'époque biblique où Élie ressuscita le fils d'une veuve6, où Élisée ressuscita le fils d'une Sunamite7, et où Élisée lui-même fut ressuscité8.

Selon le Nouveau Testament, Jésus ressuscita trois personnes : la fille de Jaïre9, le fils de la veuve de Naïn10 et bien-sûr Lazare11. N'oublions pas cependant la propre résurrection du Christ trois jours après sa mort, que célèbre la fête de Pâques.

De nombreuses descriptions suggèrent que l'esprit se séparerait du corps au tout début de la mort, pour le réintégrer ensuite en cas de mort réversible.

À l'exception des résurrections bibliques, on ne connaît aucun cas de mort irréversible où l'esprit serait revenu dans le corps, ce qui laisse penser que les Écritures font référence à une forme de mort biologique, l'homme étant destiné « à mourir une seule fois, après quoi vient le jugement12».

Ainsi s'expliquerait l'absence de cet épisode de « jugement » dans les récits de morts réversibles et ceux qui les vivent s'abuseraient dès lors en concluant qu'il n'y a pas de jugement final.

Quoi qu'il en soit, la possibilité d'une vie derrière cette porte que nous appelons la mort se manifeste aujourd'hui dans des rapports dont voici un exemple type :

« Je me rappelle être sorti de mon corps la tête la première et avoir flotté jusqu'à l'angle de la pièce. Ma femme pleurait et j'ai essayé de lui dire de regarder vers moi, et que j'allais bien. Mais elle n'a pas voulu me regarder.
Personne ne prêtait attention à moi.
Je suis passé devant les deux médecins et j'ai regardé mon corps. Les vêtements étaient tout brûlés par le feu, et mon visage n'était plus qu'un fouillis de peau brûlée qui partait en lambeaux.
Le médecin a dit : ''La machine est bien chargée à 400 ?''. Puis il m'a mis sur la poitrine deux disques métalliques reliés à la machine. J'ai vu mon corps bondir, et alors j'ai su que j'étais revenu dans mon corps. J'avais mal comme si une mule m'avait rué dans la poitrine. Cette vie était certainement pire que l'autre. Je me rappelle encore le moindre détail13».


La croyance en une vie après la mort est commune à la quasi-totalité des cultures. Quand on étudie l'histoire de l'humanité, il est pratiquement impossible de trouver un peuple qui n'ait pas adhéré, de quelque façon, à une existence après la mort.

« Après avoir créé l'homme », disent les Écritures, Dieu implanta dans son cœur le sens de l'éternité : « il a mis dans leur cœur la pensée de l'éternité14». L'espoir de l'immortalité agit sur l'homme comme un système d'autoguidage, c'est un instinct si enraciné en lui qu'il le pousse depuis toujours à chercher son Créateur, à la façon peut-être des oiseaux, baleines et autres animaux que leur autoguidage pousse vers un refuge précis.


L'ère pré-biblique


Voici des milliers d’années, la croyance en la vie après la mort s'exprimait diversement. Les sociétés antiques enterraient leurs morts avec des fleurs, signe sans doute qu'elles y voyaient une transition vers un autre monde. Elles leur donnaient aussi des armes de guerre, de la nourriture et tout ce qui pouvait servir dans leur vie nouvelle. Le Livre des Morts égyptien, peut-être le texte le plus vieux qui existe, est un extraordinaire recueil de prières et de formules pour guider le mort dans le nouveau monde. Les Égyptiens furent apparemment les premiers à enseigner l'immortalité de l'âme. Préparés, habillés et embaumés avec soin, les cadavres emportaient dans leur tombe leurs effets personnels – ornements, toilettes, armes, outils – ainsi que des récipients garnis de nourriture et de boissons. Dans leur nouvelle vie, pensait-on, les morts auraient à se sustenter, il leur fallait donc de quoi boire et manger.

Les tombes étaient à l'image de leur demeure future, d'autant plus vastes que le rang du défunt était élevé. Les grandes pyramides, toujours debout, sont le témoignage écrasant de ces anciennes croyances en une vie après la mort. Les tombes des pharaons précèdent de plus de 1000 ans le Livre des Morts égyptien, qui date d'environ 2500 ans avant JC. Tout indique en somme que les Égyptiens, comme la grande majorité des hommes à travers l'histoire, considéraient la mort comme une interruption de la vie et non comme son terme. Le Livre des Morts tibétain nous donne une image de la vie après la mort telle que la voyaient les orientaux il y a des siècles. Ces croyances attendirent apparemment le VIIIe siècle pour être réunies en un livre qui explique l'art de mourir et contient une longue description des étapes que l'âme parcourt après la mort physique. Au moment de la mort, selon ce texte, l'individu abandonne son corps sans vie et se découvre pourvu d'un corps lumineux capable de se déplacer instantanément et de traverser murs et objets sans rencontrer de résistance. Il voit ses amis et proches pleurer sa mort et préparer son corps pour la sépulture. Son nouvel état, aux sens aiguisés, lui fait rencontrer des êtres spirituels, ou le met en présence d'une claire lumière qui le remplit d'une paix et d'un bien-être immenses. Au bout du compte vient le jugement, qui sera fonction de ses actes passés. D'autres étapes, d'autres voyages sont possibles, que nous verrons dans la suite.


Les Babyloniens avaient également leur idée sur l'existence qui suit la tombe. Ils croyaient en la résurrection des morts, processus dans lequel entraient jugement et punition. Eux aussi enterraient les morts avec des récipients de nourriture et de boisson, y ajoutant les outils pour les hommes, les peignes et cosmétiques pour les femmes. Les Perses, eux, croyaient que l'âme quitte le corps pour franchir le Pont du Rassembleur où, trois jours durant, les esprits du bien et du mal luttent pour se l'approprier. Selon le résultat, soit l'homme monte sur un bateau de chanson, soit tombe dans l'abîme de la maison de l'enfer.

Les Grecs, qui ont plus contribué au monde de la pensée que la quasi-totalité des autres cultures, pensaient que la mort n'est que la fin de l'homme mortel car l'âme est immortelle. Le poète Findas estimait que certaines âmes reviennent sur terre sous la forme de sages. Platon enseignait qu'à la mort, l'âme se sépare du corps. Dans un environnement habituellement lumineux, elle rencontre alors d'autres esprits, notamment ceux des proches et amis décédés, et peut converser avec eux. Après cet intermède, elle doit affronter son jugement au cours duquel défilent toutes les actions de sa vie passée.

Socrate, le grand philosophe athénien, nourrissait des vues similaires. À l'heure de sa propre mort, il se dit convaincu que son âme allait « se rendre en un lieu qui est, comme elle, invisible, divine, immortelle et sage... et où... elle passera le reste de son existence avec Dieu ». Interrogé sur la façon dont il voulait être enterré, il eut cette formule devenue immortelle : « Comme vous voudrez, si toutefois vous pouvez me saisir », sous-entendant qu'une fois mort, il ne sera plus dans son corps.

Dans La République, Platon raconte qu'un soldat grec nommé Er, mort au combat, vit son corps sur un bûcher funéraire prêt à brûler et comprit ainsi que son âme avait quitté son corps. Il se retrouva dans un lieu muni de barrières, ou des ouvertures menant vers l'au-delà. En arrivant devant elles, les âmes voyaient défiler devant leur yeux toute leur vie terrestre avant d'être interrogées par des êtres divins. Selon leur sentence, elles étaient soit dirigées vers une colonne de lumière illuminant l'entrée du paradis, soit précipitées en enfer. Toutefois, Er ne fut pas jugé cette fois-là et put réintégrer son corps physique. Il s'éveilla sur le bûcher funéraire, à temps pour le quitter et raconter son histoire incroyable.

Platon conclut :



« Voilà pourquoi, selon moi, il importe de s'en tenir toujours à la voie du ciel, et de toujours marcher dans la justice et la vertu, en considérant que l'âme est immortelle et peut connaître toutes sortes de biens et toutes sortes de maux15».

Thucydide, autre Grec contemporain de Platon, a écrit l'histoire de la guerre du Péloponnèse. Il y rapporte un panégyrique prononcé par Périclès à la mémoire des soldats athéniens morts dans les premiers engagements. Ici, pas de référence à l'immortalité, mais plutôt l'affirmation que le soldat qui sacrifie sa vie pour l'État devient comme immortel, le bien de l'État étant donc considéré comme la finalité de l'existence.

Une doctrine similaire a été propagée à notre époque dans les pays communistes, et l'on a pu voir par exemple les Soviétiques faire la queue devant le tombeau de Lénine afin de contempler le fondateur, promu au rang de véritable dieu. Le corps de Lénine est si bien conservé qu'il donne l'impression de pouvoir reprendre vie d'un moment à l'autre  Tse-Toung.


Autres opinions


Les croyances rencontrées dans d'autres cultures sur la vie après la mort offrent de nombreuses similitudes. En Afrique centrale, certaines tribus croient en une existence spirituelle après la mort, et les veuves élisent souvent domicile près de la tombe de leur époux afin de « veiller » sur son esprit.

Les Amérindiens étaient jadis assez proches des Européens sur ce chapitre. Ils enterraient les morts dans des tumulus et les munissaient d'arcs et de flèches dont ils auraient besoin dans leur nouvelle vie, une fois arrivés sur les « terres des chasses heureuses ».

Les Hindous, eux, croient en un paradis où perles et joyaux parsèment les bords des fleuves, et où abondent les fleurs et la musique, le rire et le bonheur. La plupart des écoles bouddhistes parlent d'un beau paradis qui suivrait la mort et où le plaisir serait universel, la vie sans limite et le mot « enfer » inconnu. On y accède après avoir éliminé de soi toute dépendance, état qui s'obtient au terme d'une série de réincarnations.

Quant aux musulmans, ils croient en un paradis qui dépasserait tout ce qu'on connaît ici-bas et qui serait un lieu de jouissance et de plaisir réservé aux fidèles d'Allah. Pour résumer cette croyance quasi universelle en l'immortalité, je citerai Caton, philosophe romain qui vécut avant le Christ, et à qui Addison fait dire :


Cela doit être. Platon, tu raisonnes bien :
Sinon, d'où viendraient ce plaisant espoir,
Ce naïf désir,
Cette aspiration d'immortalité ?
D'où viendraient-elles, cette terreur secrète,
Cette intime horreur
De tomber dans le néant ?
Pourquoi ce repli de l'âme,
Arc-boutée contre sa destruction ?
C'est la divinité qui est en nous 
C'est le ciel lui-même qui montre l'au-delà
Et prescrit à l'homme l'éternité16.


L'ère chrétienne


Tout comme le calendrier, l'histoire et la philosophie sont scindées en deux par la naissance du Christ. Le concept chrétien de mort et d'immortalité, malgré des parallèles avec les idées anciennes, comporte un chaînon manquant : la révélation du Créateur à Sa créature sous la forme d'un homme.

Vers l'an 177, Irénée, évêque de Lyon, prêchait que l'âme continue d'exister après que la mort l'ait séparée du corps. Citant l'Ancien Testament, il enseignait que le corps, l'âme et l'esprit composent la totalité de l'homme.

Au IVe siècle, l'auteur latin Lactance soutint, dans un poème intitulé Le Phénix, que l'homme a quitté le paradis à cause de son péché mais que le paradis lui est ouvert par la résurrection et qu'à ce moment-là le corps et l'âme, qui se séparent à la mort, sont appelés à se réunir. Dieu, qui a créé les âmes, n'offre qu'une voie de rédemption : elle s'appelle Jésus-Christ. Depuis, la majorité des chrétiens actuels admettent fondamentalement l'immortalité de l'âme. Paul écrit ainsi dans sa seconde lettre aux Corinthiens :



« Et nous savons qu'en demeurant dans ce corps nous demeurons loin du Seigneur. Car nous marchons par la foi et non par la vue. Nous sommes pleins de confiance, et nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur. C'est pour cela aussi que nous nous efforçons de lui être agréables, soit que nous demeurions dans ce corps, soit que nous le quittions17 »



Comme dans sa lettre aux Philippiens :



« Mais s'il est utile pour mon œuvre que je vive dans la chair, je ne saurais dire ce que je dois préférer. Je suis pressé des deux côtés : j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur18».


Il est intéressant de noter que tous ceux de mes patients qui m'ont rapporté être passés dans l'autre vie – que l'expérience ait été bonne ou mauvaise – ont généralement rencontré des proches dans une sorte de zone de triage, celle-ci comportant souvent une barrière au-delà de laquelle l'existence présentait un caractère de permanence. La « lumière » dont ils parlent semble fréquemment émaner de l'environnement, et parfois d'un être angélique. Les entités sataniques sont ordinairement décrites, non en termes de lumière mais de ténèbres. Bien évidemment, ces descriptions, qu'elles soient « bonnes » ou « mauvaises », sont influencées par la culture personnelle des patients, comme pourront l'être, par nos convictions profanes ou religieuses, les interprétations que nous en ferons ensuite.





Voir, c'est croire





Dans les Écritures, Paul déclare sans équivoque que les chrétiens seront libérés du péché et de la mort par le Christ :


« Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l'homme intérieur  mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres. Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur !19».

En tant que chrétiens, si nous sommes libérés du péché par le Christ, pourquoi abhorrons-nous tant la mort ? Peut-être parce que, jouissant de la vie présente ( naturelle et humaine ) et connaissant sa réalité, nous ne voyons pas, et n'avons pas expérimenté l'autre vie ( surnaturelle ). Nous devons l'accepter sur la foi des promesses faites par Dieu dans les Écritures. Une telle confiance, pour qui n'est pas fils de Dieu, relève de l'impossible.

Pourtant, à l'instar d'un fragment de l'arche de Noé dont la découverte nous aiderait à vérifier le récit du Déluge, nous disposons aujourd'hui de témoignages émanant de personnes qui sont mortes, sont entrées dans cette vie nouvelle et sont ensuite revenues pour nous en parler. Et leur lecture fait l'effet d'une véritable bombe. Car ce que nous disent tous ces gens, c'est qu'il existe un endroit bon et un endroit mauvais. Les Écritures diraient-elles vrai ? La Bible fournirait-elle le récit de première main d'une expérience réelle, au cours de laquelle Jésus serait effectivement ressuscité d'une mort biologique et irréversible ?

Pour la plupart d'entre nous, croire c'est d'abord voir. Rien ne nous ferait acheter un produit sans l'avoir vu. Mais nous l'achèterons tout de même si un de nos amis l'a déjà utilisé. C'est pourquoi, quand on me demande comment je peux connaître la vie après la mort sans l'avoir vue par moi-même, je leur donne la réponse de Ross Stover, un médecin de Philadelphie, dans ses conférences sur la vie après la mort : « Non, je n'y ai jamais été. Mais j'ai un ami très cher qui y a été. Il s'appelle Jésus-Christ. Je me contente de répéter ce qu'il m'en a dit ».


Deux dilemmes non résolus


Sur ces deux mystères scientifiques que sont la naissance et la mort, l'homme voudrait être le juge ultime. Limité dans sa compréhension et dans son expérience par ses cinq sens physiques, l'homme, comparé à Dieu, n'est guère plus qu'un insecte. Dans toutes les directions, le monde de l'homme est borné, et dans toutes les directions, pourtant, l'homme s'estime éclairé. L'exemple suivant ne concerne pas un de mes malades mais un patient temporairement réanimé par un médecin californien :





« En le voyant au faîte de la réussite, personne n'aurait deviné qu'il était si déprimé. Il m'a dit qu'il voulait plus que ce que la vie pouvait offrir. Je n'ai pas compris. J'aurais dû mieux l'écouter car cette nuit-là, on m'a appelé chez lui à Beverley Hills, et je l'ai trouvé par terre, une blessure de balle à la bouche. La réanimation lui a fait reprendre conscience un moment, puis il est mort. Je lui ai demandé s'il avait mal. Il a secoué la tête. Je lui ai dit que nous allions essayer de le sauver. Il a fait oui de la tête. Ses derniers mots ont été : ''J'ai peur, ne me laissez pas repartir en enfer. Maintenant, je le vois''. Je ne sais pas ce qu'il voyait.


Comme nous ne voyons pas l'esprit immortel sortir du corps au moment de la mort, nous en déduisons que l'esprit n'existe pas, et cela parce que notre compréhension de la réalité est limitée par nos sens physiques : la réalité, pour nous, est ce que nous pouvons voir, toucher, entendre, sentir et goûter.


Le royaume de l'esprit :

quelques observations


Quand nous ne voyons pas une chose, nous disons qu'elle n'existe pas. Même quand nous la voyons, d'ailleurs, il arrive que nous ne la comprenions pas : « parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent20». J'en parle d'expérience. Pourtant, nombre de ceux qui ont connu une mort clinique racontent qu'ils se sont vus abandonner leur corps sans vie et prendre une forme spirituelle, et qu'en nous parlant, ils ont alors eu la surprise de n'être pas entendus. Tout le monde a les yeux fixés sur le cadavre, et personne ne voit le « vrai » moi. Celui qui a « quitté le monde » voit et entend les personnes présentes mais ne peut être vu, ni entendre d'elles. Notre vie actuelle nous rend apparemment « aveugles » au monde spirituel.

C'est peut-être pour cela que lorsque nous regardons un cadavre, nous supposons que la personne ayant occupé ce corps est morte, alors que cette « personne » l'a tout simplement évacué.

Salomon semble avoir fidèlement rendu cette conception de la mort en disant que le corps retourne à la poussière « et que l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné21». La métamorphose de la chenille en papillon est un autre exemple de transition dans laquelle la vie passe d'une forme à une autre, de quelque chose de commun à quelque chose de beau, d'un état lié à la terre à un état non lié.

On retrouve un écho de cette conception dans le Livre de la Genèse où l'on peut lire « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant22», et aussi dans l'oraison funèbre du rite anglican : « nous remettons son corps au sol, la terre à la terre, les cendres aux cendres, la poussière à la poussière ».

La Bible a beaucoup à nous apprendre sur l'origine et le destin de l'homme, sujets que la science laisse sans réponse. Le corps vieillit et décline, puis retourne à la poussière. Mais l'esprit, créé par Dieu, continue de vivre. Le Livre de Daniel parle de résurrection des corps en ces termes : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné la justice à la multitude brilleront comme les étoiles, à jamais et à perpétuité23».

Un message similaire nous est donné par Isaïe sur l'origine de l'homme et sur l'au-delà. Faits de poussière, nous retournerons à la poussière, mais non sans cette assurance : « Que tes morts revivent! Que mes cadavres se relèvent ! Réveillez-vous et tressaillez de joie, habitants de la poussière ! Car ta rosée est une rosée vivifiante...24».

Il est clair que tous ces passages font référence à la séparation du corps et de l'esprit au moment de la mort, suivie de la résurrection sous une forme nouvelle unissant l'esprit à un corps nouveau. L'Ancien Testament, on le constate, parle surtout de résurrection, tandis que le Nouveau se préoccupe davantage de vie éternelle. Paul, par exemple, précise où se rend l'esprit du chrétien quand survient la mort : absent du corps, il est alors présent auprès du Seigneur25. Et Jésus, sur la croix, déclare au voleur repenti qu'il sera avec lui au paradis, non pas l'année ou la semaine suivante, mais « aujourd'hui26» .

Toutefois, la mort que nous expose la triste réalité quotidienne n'est pas belle et le meilleur peintre ne saurait la rendre attirante. Au moment de la mort, le corps se change en un cadavre vide, protoplasme abandonné où quelqu'un vivait naguère, carcasse froide qui attend de retourner à la poussière d'où elle est issue. Cette mort-là est d'une poignante réalité, elle confond tous les hommes dans une même absence de respect  nul ne peut la soudoyer  griffes.

Il peut donc sembler paradoxal que ceux qui mènent leur vie à grands pas redoutent moins la mort que ceux qui la mènent à pas comptés. Celui qui n'a pu donner un sens à sa vie, que lui importe le vide de la mort, que perdra-t-il au change ?

Nul ne connaît la date de son rendez-vous avec la mort. Les années passent rapidement, et tous comptes faits, notre séjour ici paraît bien court. Paul nous a prévenus : « c'est l'heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche27». D'autres passages soulignent cette brièveté de notre vie et nous prédisent des regrets si nous en faisons mauvais usage, comme le note le psaume 90 :


Tous nos jours disparaissent par ton courroux 

Nous voyons nos années s'évanouir comme un son.

Les jours de nos années s'élèvent à 70 ans,

Et, pour les plus robustes, à 80 ans 

Et l'orgueil qu'ils en tirent n'est que peine et misère, car il passe vite, et nous nous envolons.

Job est plus direct encore :


« L'homme né de la femme !

Sa vie est courte, sans cesse agitée.

Il naît, il est coupé comme une fleur 

Il fuit et disparaît comme une ombre28»


...voire carrément brutal :


« Mon corps tombe en pourriture,

Comme un vêtement que dévore la teigne29»


L'enseignement chrétien – ce n'est pas une mince consolation – est plus centré sur la vie que sur la mort. Rien ne compte plus pour chaque être que sa propre vie. Penser à sa mort, cependant, permet de comprendre comment vivre. Dans Shakespeare, Hamlet se demande quel avantage il y a à vivre ou à être mort, à « être ou ne pas être ». Dans le plus ancien peut-être des livres de la Bible, Job pose la même question : « L'homme qui meurt, revivra-t-il ?30», à laquelle il répond lui-même plus loin :



Mais je sais que mon Rédempteur est vivant, Et qu'au dernier jour il se lèvera sur la terre  détruite,

Et que je n'aurai plus de chair, je verrai Dieu  contemplerai moi-même,


Mes yeux le verront, non ceux d'un autre31


Pour le chrétien, bien que la mort ait un visage effrayant, elle n'est qu'un mauvais cap à passer car la victoire est assurée dans l'au-delà. Le Christ y est allé, il a vaincu la mort, toutes les morts, et il nous a promis une vie nouvelle par-delà le tombeau : « car je vis, et vous vivrez aussi32». SUITE DANS LE LIVRE...

HRM-BTPORTES


~ Tables des Matières ~


9........Note de l'éditeur

13........Remerciements

15........L'Auteur

19........Introduction

25........Aller-Retour pour l'Enfer

37........Diffèrentes conceptions

57........Rencontres du dernier type

77........Est-ce des hallucinations ?

91........L'Ange de Lumière

97........Changer de Vie

113........La descente aux enfers

125........Le Suicide

131........Une lumière qui est ténèbres

139........Relation avec les mourants

149........Mon opinion

157........La mort, et après ?

161........La quête sans fin

167........Choisir de croire

171........Qu'il y a-t-il exactement là bas ?

177........Comment être sûr ?

187........La grande question

193........Annexes


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Couverture : Patrice Servage

Service de Presse : Marie Guillard

Achevé d'imprimer en octobre 2006 sur les presses

de la Nouvelle Imprimerie Laballery

pour le compte des éditions

Le jardin des Livres

Boîte Postale 40704, Paris 75827 Cedex 17

Dépôt Légal : octobre 2006


1 Tremblement anarchique des fibres musculaires cardiaques, sans contraction coordonnée.

2 Jean 3:3, 3:16, 14:6 ; Proverbes 14:12  Isaïe 64:6 

3 Matthieu 10:33

4 Le Dr Rawlings fait référence ici au Dr Raymond Moody, psychiatre et à Kenneth Ring, professeur d'université. Note JdL.

5 Jacques 2:26.

6 Rois 17:17-24.

7 2 Rois 4:32.

8 2 Rois 13:21.

9 Marc 5:21-24.

10 Luc 7:11-15.

11 Jean 11:1-44.

12 Hébreux 9:27.

13 Les récits non accompagnés d'une note proviennent d'entretiens menés par moi ou un de mes collègues auprès de patients réanimés.

14 Écclésiaste 3:11

15 Edith Hamilton & H. Cairns, éd., The Collected Dialogues of Plato, New York, Bollingen Foundation, 1961.

16 Joseph Addison, Cato, acte V, scène I, Drury Lane, 1713, réédité en 1976 par Scholarly Publishers.

17 2 Cor. 5:6-9.

18 Phil. 1:22-23.

19 Rom. 7:22-25.

20 Mathieu 13:13

21 Ecclésiaste 12:7

22 Genèse 2:7

23 Daniel 12:2-3

24 Isa. 23:19

25 2 Cor. 6-8.

26 Luc 23:43.

27 Rom. 13:11-12.

28 Job 14:1-2.

29 Job 13:28.

30 Job 14:14.

31 Job 19:25-27.

32 Jean 14:19.


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