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Howard Bloom

 

Traduit de l’américain

par Aude Flouriot

 

 

LE PRINCIPE
DE LUCIFER

Une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire

 

 

 

 

 

 

Le Jardin des Livres

 

 

 

 

 

The Lucifer Principle

© Howard Bloom

© Le Jardin des Livres

pour la traduction française

 

Editions Le jardin des Livres

243bis Boulevard Pereire - Paris 75017

Site Internet éditeur :

www.lejardindeslivres.fr

 

 

 

 


Toute reproduction, même partielle par quelque procédé que ce soit, est interdite sans autorisation préalable. Une copie par xérographie, photographie, support magnétique, électronique ou autre constitue une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1995, sur la protection des droits d’auteur.


 

Avant-Propos

 

 

 

 

 

" Le Principe de Lucifer " est un livre qui vous marque le cerveau au fer rouge. Et de ces livres, il en existe, quoi que l’on pense, très peu.

J’ai lu le " Principe de Lucifer " tout à fait par hasard, en 1998 aux Etats-Unis, et je me revois encore, fasciné et enthousiasmé, expliquer à mon entourage avec la plus grande solennité que c’était le livre le plus important que j’aie lu depuis vingt ans. En effet, malgré une consommation de livres intense, je n’avais pas le souvenir qu’un auteur, hormis Freud, réussisse non seulement à captiver à ce point, mais en plus, à nous donner, comme Freud, une grille qui permet de comprendre, de voir, enfin, le monde social autour de nous tel qu’il est vraiment. Une vision sans les lunettes roses de Jean-Jacques Rousseau, ou, plus récemment, de la Déclaration de Séville pour qui " la violence n'est ni notre héritage évolutionniste, ni présente dans nos gènes ".

Comme c’est rassurant !

Mais voilà, c’était sans compter sur Howard Bloom qui a remis les pendules à l’heure de telle manière, après douze années de recherche et d’écriture, qu’il lui a fallu, malgré son carnet d’adresses fourni, présenter son manuscrit à 32 éditeurs new-yorkais pour qu’il y en ait un qui, finalement, ose le publier. A ce jour, les deux livres sont à plus de cent mille exemplaires. Car il s’agit bien d’une révolution, au même titre que le furent les livres de Darwin et de Freud. Après des débuts timides, le " Principe de Lucifer " est devenu un livre culte au point qu’un journaliste anglais, à sa lecture, écrivit " J’ai rencontré Dieu, il habite à Brooklyn ", que des groupes de rock " samplent " des passages de son livre lus à haute voix afin de les intégrer dans leurs rythmes et que des professeurs émérites de Cambridge, de Stanford et de UCLA, entre autres, endossent officiellement son travail (voir la revue de presse).

 

Aucun écrivain moderne n’a bénéficié, avant lui, d’un tel hommage !

Cioran a dit " Un livre qui laisse le lecteur pareil à ce qu'il était avant de le lire est un livre raté ". Dieu qu’il avait raison Cioran. On peut dire qu’il y a deux états pour les lecteurs du " Principe de Lucifer ", le " avant ", et le " après ", et très peu d’entre eux ont regretté de l’avoir lu. De plus, comme avec un véritable livre diabolique, une fois qu’on l’a lu, on n’ose plus y retoucher, mais on jette des coups d’œil furtifs à la bibliothèque pour vérifier tout de même s’il n’a pas quitté sa place. Normal pour un livre aussi puissant. Il pourrait disparaître. Surtout avec un titre aussi extraordinaire.

Copernic a déclaré que la Terre tournait autour du Soleil. Darwin a mis en pièces la Bible. Freud a révélé la sexualité omniprésente. Mais que dit Bloom de si révolutionnaire ? Il dit tout simplement que la violence est " en réalité un outil fondamental de la Nature pour nous améliorer ". Dans un monde judéo-chrétien qui nous dit que " l’homme est gentil, c'est la société qui le rend mauvais ", cela fait effectivement désordre. Bloom démontre donc méticuleusement le contraire et avec un talent tel qu’il nous rappelle furieusement le " Mal Français " d’Alain Peyrefiite, mais un mal d’un tout autre genre.

Bloom a repris le flambeau là où s’est arrêté le professeur Laborit : " Le Principe de Lucifer " est une version puissance mille, et mise à jour, du merveilleux film d’Alain Resnais " Mon Oncle d’Amérique ". Et si on devait comparer ce livre à une œuvre d’art, le " Principe de Lucifer " de Howard Bloom serait le " Jardin des Délices " de Hyreonimus Bosch, par opposition au " Jugement Dernier " de Michel-Ange.

Bloom est l’anti-Rousseau, un auteur qui, grâce aux fulgurants progrès scientifiques de ces dernières années, a décidé de ne pas tricher et de ne pas nous tendre un miroir pré-déformé à ses propres idéaux. C’est pour cela que son livre est fascinant, d’autant que nous avons tous vécu, ou vu, les idées qu’ils nous expose, mais sans jamais avoir eu les clés pour les comprendre réellement. Alors la lecture du " Principe de Lucifer " se transforme progressivement en une grille acérée de compréhension du comportement social, exactement comme la lecture de Freud permet de comprendre l’origine des innombrables pulsions sexuelles.

" Le Principe de Lucifer " est une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire. C’est l’un des rares livres scientifiques qui est compréhensible de tous et qui se lit avec la facilité d’un James Bond parce que Bloom nous entraîne de manière progressive dans sa magistrale démonstration empirique.

Mais que vient faire Lucifer là-dedans ?

Eh bien, c’est Cioran, une fois de plus, qui a la réponse : " Si vous voulez, je suis pareil au diable, qui est un individu actif, un négateur qui met les choses en branle ". Le Principe de Lucifer est cette force négative qui met en marche les choses. Certes, on a du mal à le croire. Mais comme on l’a vu précédemment, il y a le " avant ", et le " après " de la lecture de ce livre.

 

 

Pierre Jovanovic

 

 

 


 

 

Introduction à la version

française

par

Howard Bloom

 

 

 

 

Je ne suis jamais allé en France. J’ai appris la langue française. J’ai écrit des essais et des fictions en français, j’ai suivi les conseils de Rimbaud de dissocier délibérément les sens, je me suis passionné pour l’ascension des philosophes, j’ai passé des mois immergé dans la poésie de Mallarmé et les pièces de Jean Anouilh, j’ai appris des leçons de vie essentielles grâce à l’interprétation du mythe de Sisyphe par Albert Camus, j’ai envié Buffon pour son domaine plein de livres et d’assistants prêts à aller lui chercher le volume précis dont il avait besoin pour ses recherches et j’ai adoré l’esprit de Voltaire (et été surpris d’apprendre qu’à son époque il était souvent accueilli par des foules de femmes à sa descente de voiture, exactement comme les rock stars sont assaillies aujourd’hui par des femmes).

Pendant des dizaines d’années, j’ai pensé en français. Je me soupçonne même d’avoir rêvé en français. Mon père, qui est devenu le plus grand marchand de vin de l’Ouest de l’état de New York, allait chaque année en France visiter les châteaux, goûter les vins et acheter des caisses d’une diversité rare aux Etats-Unis. Enfant, je me consacrais déjà à la science… mais, un été, mon père m’éloigna de mon microscope médical et de mes livres de physique quantique pour me faire étudier les millésimes, apprendre la qualité du sol et de la pluie dans chaque vallée française où poussaient les vignes. Puis il m’encouragea à composer et à calligraphier des affichettes décrivant les caractéristiques uniques de chaque vin, des affichettes destinées à entraîner, chez ceux qui venaient acheter du scotch et du gin, une fascination aussi puissante que celle de mon père pour ces importations françaises.

L’un des nombreux penseurs français à avoir influencé mes réflexions, Blaise Pascal, a dit que " le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. " Les émotions que Pascal appelait le " cœur " sont moins internes qu’elles ne le paraissent. L’amour et la haine, le plaisir et la dépression, les sentiments du " cœur " s’étendent au-delà de nous et nous lient aux autres êtres humains. Les autres sont ceux que nous aimons. Les autres sont ceux que nous détestons. L’admiration des autres nourrit notre sentiment de plaisir. Le mépris des autres nous arrache le plaisir. Le cœur est une foule à l’intérieur de nous, qui reflète la foule extérieure. Si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, la société a-t-elle, elle aussi, des raisons cachées ? Cherche-t-elle à atteindre des objectifs que nous, cellules cardiaques du corps social, ne connaissons pas ?

Les théories sur la société et l’esprit ont été étonnamment aveugles à certaines de nos expériences les plus essentielles : l’enthousiasme, l’exubérance, l’amour, la dépression, l’anxiété et la haine de soi. Même dans les sciences psychologiques, un nombre restreint de ces passions ont été expliquées de façon convaincante d’un point de vue évolutionniste. Rares sont celles dont le rôle dans la survie de l’espèce ou dans l’évolution des tribus, des empires et des bousculades mondiales de la société a été exploré. Les émotions ont été considérées comme étrangères à l’étude de l’attention, de la perception, de la formation de concepts, de la sociologie, de la science politique, de l’économie et de nombreux autres domaines où règnent le jeu du dilemme du prisonnier et les théories du " choix rationnel ".

L’émotion est le point d’entrée par lequel Le Principe de Lucifer pénètre dans le mystère humain.

Ignorer les émotions lorsque l’on tente de modeler les mécanismes qui font fonctionner la société est aussi fou que d’éliminer l’envie de viande de l’étude psychologique des loups. Alexandre le Grand sculpta le monde connu, poussé par une émotion : la soif de renommée. Hitler fut obligé d’abandonner ses ambitions d’artiste à cause de l’émotion, et les émotions que crachait sa bouche motivèrent une nation à perpétrer des actes convulsifs. L’émotion pousse les anti-mondialistes du XXIème siècle à paralyser le centre des villes où se tiennent les sommets internationaux. Elle motive des kamikazes palestiniens et incite des terroristes à égorger des villageois sans défense en Algérie.

 

Une théorie sociale sans émotion est une théorie sociale sans êtres humains, car c’est l’émotion qui rassemble la société et la fait avancer. La clé des émotions se trouve, ironiquement, dans la métaphore d’une machine, non pas dans le mouvement d’horlogerie d’un Newton, mais dans la machine à apprendre explorée dans les domaines du connexionisme et des systèmes dynamiques complexes.

Ce livre s’interroge sur ce qui fait tourner nos passions et nos systèmes sociaux. Les réponses sont souvent déplaisantes. Les émotions personnelles nous transforment en crampons se blottissant en unités sociales plus grandes. Mais les traits qui nous rassemblent suivent une règle simple : " Car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. " Cette phrase, prononcée par Jésus dans l’Evangile de Mathieu, est l’une des phrases les plus dures ayant émergé de la bouche du Prince de la Paix. Pendant des années, sa simple présence dans le Nouveau Testament m’a gêné. Puis j’ai découvert le principe qui se cache dans les œuvres de la Nature. Cela a donné un sens à de nombreux phénomènes jusqu’alors inexplicables. Mais cela n’a absolument pas adouci son amoralité glaçante.

Les systèmes que je vais décrire ne sont pas mon idée de ce que devrait être le monde 

Non, je ne suis jamais allé en France. Je n’ai jamais vu Paris, Marseille, Nantes, Limoges, Lyon, Toulouse ou Montpellier. Mais grâce aux Editions Le Jardin des Livres, le Principe de Lucifer est venu à vous. J’espère qu’il sera pour vous un digne visiteur.

 

New York 26 juillet 2001

 

 


1

QUI EST LUCIFER ?

 

 

 

Te voilà tombé du ciel, Astre brillant ! …

Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu…

Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très Haut.

Isaiah 14:12-14

 

 

 

 

 

Il y a mille huit cents ans dans la ville de Rome, un hérétique chrétien influent du nom de Marcion regarda le monde qui l’entourait, et en tira la conclusion suivante : le Dieu qui a créé notre cosmos ne peut pas être bon. L’univers était tissé de fils effroyables : violence, massacres, maladie et souffrance. Ces maux étaient l’œuvre du Créateur. Celui-ci ne pouvait être qu’une force perverse et sadique, dont il fallait entraver l’influence sur l’esprit des hommes.

Les chrétiens plus traditionnels trouvèrent une autre façon de traiter le problème du mal. Ils créèrent le mythe de Lucifer. Lucifer était un ange magnifique, courtisan de Dieu, l’un des plus grands parmi ceux qui peuplent les salles royales du paradis. Il était respecté, puissant, charmant, imposant par son assurance. Mais il avait un défaut : il voulait usurper le siège du pouvoir divin et s’emparer du trône de Dieu lui-même. Lorsque le complot fut découvert, Lucifer fut précipité hors du paradis, exilé sous la terre et jeté dans le lugubre domaine de l’enfer. Les anciens Dieux qui avaient participé au complot furent jetés dans les sombres grottes souterraines avec lui.

Mais Lucifer disposait toujours des attributs de son créateur et ancien maître. C’était un organisateur, un artisan potentiel de nouveaux ordres, une créature apte à rassembler des forces à sa propre façon. L’ange déchu ne resta pas allongé face contre terre dans la boue des grottes sombres. Son premier geste fut de mobiliser les Dieux querelleurs enfermés avec lui en enfer et de les organiser en une nouvelle armée.

Puis Lucifer partit à la conquête du monde, en choisissant comme pion une toute nouvelle invention divine, un couple innocent que Jéhovah venait de placer dans un jardin : Adam et Ève. Lorsque le Grand Séducteur tenta Ève avec la pomme de la connaissance, celle-ci ne put résister au fruit luciférien. Le péché d’Ève contre Dieu corrompit l’humanité entière. Depuis ce jour, l’homme aspire à Dieu, mais reste la victime du démon.

Marcion l’hérétique affirmait que Dieu était responsable du mal. Les chrétiens du courant dominant absolvèrent le Tout-Puissant de toute responsabilité, en imputant tous les maux au Prince des Ténèbres et à l’homme. Mais, curieusement, Marcion comprit la situation bien mieux que les disciples plus conventionnels de l’Eglise, car Lucifer est seulement l’un des visages d’une force plus importante. Le mal est une conséquence, une composante de la création. Dans un monde évoluant vers des formes toujours supérieures, la haine, la violence, l’agression et la guerre sont les éléments d’un plan évolutionniste. Mais où ces éléments s’insèrent-ils ? Pourquoi existent-ils ? Quel peut être l’objectif positif qu’ils cherchent à atteindre ? Voici quelques-unes des questions qui sont à l’origine du Principe de Lucifer.

*

* *

Le Principe de Lucifer est un ensemble de règles naturelles, fonctionnant à l’unisson pour tisser une toile qui nous effraie et nous épouvante parfois. Chaque fil de cette tapisserie est fascinant mais l’ensemble est encore plus stupéfiant. En son centre, le Principe de Lucifer ressemble à cela : la Nature découverte par les scientifiques a créé en nous les pulsions les plus viles. Ces pulsions font en fait partie d’un processus dont la Nature se sert pour créer. Lucifer est le côté obscur de la fécondité cosmique, la lame tranchante du couteau du sculpteur. La Nature n’abhorre pas le mal, elle l’intègre. Elle l’utilise pour construire. Avec lui, elle conduit le monde humain vers des niveaux supérieurs d’organisation, de complexité et de pouvoir.

La mort, la destruction et la fureur ne dérangent pas la Mère de notre monde 

Résultat : de nos meilleures qualités découle ce qu’il y a de pire en nous. De notre ardent désir de nous réunir provient notre tendance à nous déchirer. De notre dévotion envers le bien résulte notre propension à commettre les plus infâmes atrocités. De notre engagement envers les idéaux naît notre excuse pour haïr. Depuis le début de l’histoire, nous sommes aveuglés par la capacité du mal à porter un masque d’altruisme. Nous ne voyons pas que nos plus grandes qualités nous mènent souvent aux actions que nous abhorrons le plus : le meurtre, la torture, le génocide et la guerre.

Depuis des millénaires, les hommes et les femmes regardent les ruines de leurs foyers perdus et les morts adorés qu’ils ne reverront plus vivants, puis demandent que les lances soient transformées en émondoirs et que l’humanité reçoive le don de la paix 

*

* *

Le Principe de Lucifer rassemble des données nouvelles extraites de diverses sciences pour former une lentille perceptuelle, avec laquelle nous pourrons réinterpréter l’expérience humaine. Il essaie d’offrir une approche très différente de la structure de l’organisme social.

Le Principe de Lucifer affirme que le mal est intégré à notre structure biologique la plus fondamentale. Cet argument fait écho à un argument très ancien. Saint Paul le proposa lorsqu’il créa la doctrine du péché originel. Thomas Hobbes le ressuscita lorsqu’il qualifia l’ensemble de l’humanité de brutale et mauvaise. L’anthropologiste Raymond Dart le remit en avant lorsqu’il interpréta les restes fossilisés découverts en Afrique comme des preuves du fait que l’homme est un grand singe tueur. Aussi vieux soit-il, ce concept a souvent eu des implications révolutionnaires. Il a été le fil auquel des hommes tels que Hobbes et Saint Paul ont accroché de nouvelles visions dramatiques du monde.

J’ai essayé d’employer le sujet du caractère inné du mal chez l’homme, comme l’ont fait ceux qui ont traité le sujet par le passé, pour proposer une restructuration de la façon dont nous concevons l’activité d’être humain. J’ai utilisé les conclusions de sciences avant-gardistes (l’éthologie, la biopsychologie, la psychoneuroimmunologie et l’étude des systèmes adaptatifs complexes, entres autres) pour suggérer une nouvelle façon de considérer la culture, la civilisation et les mystérieuses émotions qui vivent dans la bête sociale. Le but est d’ouvrir la voie vers une nouvelle sociologie, qui dépasse les limites étroites des concepts durkheimiens, weberiens et marxistes, théories qui se sont avérées inestimables pour l’étude du comportement humain collectif, tout en l’enfermant simultanément dans l’orthodoxie.

Nous devons construire une image de l’âme humaine qui fonctionne. Non pas une vision romantique de la Nature nous prenant dans ses bras pour nous sauver de nous-mêmes, mais une reconnaissance du fait que l’ennemi est en nous et que la Nature l’y a placé. Nous devons regarder en face le visage sanglant de la Nature et prendre conscience du fait qu’elle nous a imposé le mal pour une raison. Et, pour la déjouer, nous devons comprendre cette raison.

Car Lucifer est presque comme les hommes tels que Milton l’ont imaginé. C’est un organisateur ambitieux, une force s’étendant avec puissance pour maîtriser jusqu’aux étoiles du paradis. Mais ce n’est pas un démon distinct de la générosité de la Nature. Il fait partie de la force créative elle-même. Lucifer est, en réalité, l’alter ego de Mère Nature.

 

 

 


 

 

 

 

2

L’ÉNIGME
CLINT EASTWOOD

 

 

 

 

 

Nous nous considérons comme des individus virils, des personnages à la Clint Eastwood, sûrs d’eux et capables de prendre des décisions en faisant fi des pressions du groupe qui étouffe les pensées les moins indépendantes des personnes qui nous entourent. Eric Fromm, gourou psychanalytique des années soixante, popularisa l’idée que l’individu peut contrôler son propre univers. Fromm nous dit que le besoin des autres est un défaut de caractère, une marque d’immaturité. La possessivité dans une relation amoureuse est une maladie. La jalousie est un défaut de caractère de première importance. L’individu mature est celui qui peut avancer dans ce monde en totale indépendance, tel une navette interstellaire fabriquant son oxygène et sa nourriture. Cet individu sain et rare, comme Fromm voulait que nous le croyions, possède le sentiment indestructible de sa propre valeur. Il n’a donc pas besoin de l’admiration ou du réconfort que les faibles désirent ardemment.

Fromm était piégé dans une illusion scientifique devenue un dogme dominant. Selon la théorie évolutionniste actuelle, telle qu’elle est présentée par des scientifiques tels que E. O. Wilson de Harvard et David Barash de la University of Washington, seule la compétition entre individus compte 

Cependant, cette idée largement acceptée demande une analyse plus poussée. Chez les êtres humains, les groupes sont trop souvent les moteurs principaux. La concurrence qui existe entre eux nous a amenés sur le chemin inexorable qui conduit aux plus hauts niveaux d’ordre. C’est l’une des clés du Principe de Lucifer.

Au premier abord, cette notion semble élémentaire, à peine digne d’être explorée plus avant, mais elle possède des implications révolutionnaires. Ce livre entend montrer comment la concurrence entre les groupes peut expliquer le mystère de nos émotions autodestructrices (dépression, anxiété et sensation d’impuissance) ainsi que notre féroce attachement à la mythologie, à la théorie scientifique, à l’idéologie, et notre penchant encore plus féroce pour la haine.

La concurrence entre groupes résout l’énigme récemment découverte par les chercheurs en psychoneuroimmunologie dans le système immunitaire. Elle est la réponse aux mystères éternels révélés par les dernières études sur les endorphines et le contrôle. Et elle apporte même des solutions à certains de nos dilemmes politiques les plus déconcertants.

L’individualisme est, pour moi, un credo de grande importance. J’y crois avec force. Mais pour les scientifiques, c’est une chimère qui les mène vers une voie sans issue. En science, l’individualisme est réapparu sous la forme d’une proposition simple : si un élément de notre physiologie (une dent, une griffe, un pouce opposable ou le circuit neuronal sous-jacent à un instinct) a réussi à émerger du processus d’évolution, c’est pour une raison simple : il a permis à l’individu de survivre. Pour être plus précis, l’outil physiologique s’est montré utile dans la survie d’une longue lignée d’individus ayant chacun gardé un avantage concurrentiel grâce à cette partie de leur équipement biologique. Le problème est que cette prémisse de base a ses limites. Comme l’indique une récente recherche sur le stress, la survie de l’individu n’est pas le seul mécanisme du processus d’évolution.

La réaction de stress, caractérisée par de hauts niveaux de corticostéroïdes et des manifestations de lourde anxiété, est généralement décrite comme faisant partie d’un syndrome combat-fuite, ce mécanisme de survie, vestige des temps où les hommes devaient repousser les attaques de tigres à dents de sabre. Lorsque nos ancêtres primitifs étaient confrontés à une bête féroce, la réaction de stress les préparait, à ce que l’on suppose, à engager le combat avec l’animal ou à détaler loin du danger. Mais si la réaction de stress est un mécanisme si merveilleux pour l’autodéfense, pourquoi est-elle si invalidante ? Pourquoi les réactions de stress court-circuitent-elles nos pensées, paralysent-elles notre système immunitaire et nous transforment-elles parfois en tas de gélatine amorphe? Comment ces altérations peuvent-elles nous aider à survivre ?

Réponse : elles ne nous aident pas. Les hommes et les animaux ne luttent pas uniquement pour protéger leur existence individuelle 

A première vue, notre dépendance vis-à-vis de nos congénères semble, et c’est encourageant, angélique, mais c’est en réalité un cadeau empoisonné. Le psychologue de Harvard, David Goleman, paraphrasant Nietzsche, affirme, " La folie… est l’exception parmi les individus mais une règle dans les groupes. " Une étude menée par le psychosociologue Bryan Mullen montre que plus la foule est nombreuse plus le lynchage est brutal. Freud déclare que les groupes sont " impulsifs, changeants et irritables. " Ceux qui sont pris dans un groupe, soutient-il, peuvent devenir les esclaves infantiles de l’émotion, " gouvernés presque exclusivement par l’inconscient. " Balayés par les émotions d’une foule, les êtres humains tendent à dépasser les limites de leurs contraintes éthiques. Par conséquent, les plus grandes fautes humaines ne sont pas celles que les individus font en privé, ces petites transgressions d’une norme sociale fixée arbitrairement que nous appelons péchés. Les fautes suprêmes sont les meurtres collectifs perpétrés au cours des révolutions et des guerres, les sauvageries à grande échelle qui surviennent lorsqu’un groupe d’êtres humains essaie de dominer l’autre : les actes du groupe social.

La meute sociale, comme nous le verrons, est un soutien nécessaire. Elle nous donne l’amour et les moyens de subsistance. Sans sa présence, notre esprit et notre corps déclenchent littéralement un arsenal de mécanismes internes d’autodestruction. Si nous nous délivrons du fléau de la violence collective, ce sera par l’effort de millions d’esprits, rassemblés dans les processus communs que sont la science, la philosophie et les mouvements pour les changements sociaux. En bref, seul un effort du groupe peut nous sauver des folies sporadiques du groupe.

*

* *

Ce livre traite du corps social dont nous sommes des cellules involontaires. Il traite des moyens dissimulés que ce groupe social utilise pour manipuler notre psychologie, et même notre biologie. Il traite de la façon dont un organisme social se bat pour survivre et œuvre à maîtriser les autres organismes de son espèce. Il traite de la façon dont, sans penser le moins du monde aux résultats à long-terme de nos minuscules actions, nous contribuons aux actes lourds et parfois attérants de l’organisme social. Il traite de la façon dont, par notre intérêt pour le sexe, notre soumission à des Dieux et à des dirigeants, notre attachement parfois suicidaire à des idées, des religions et de vulgaires détails de type culturel, nous devenons les instigateurs inconscients des exploits de l’organisme social.

 

 


 

 

 

 

 

3

LE TOUT EST PLUS GRAND

QUE LA SOMME DES ÉLÉMENTS

QUI LE COMPOSENT

 

 

 

 

 

Il existe un concept étrange dans la philosophie scientifique, appelé " entéléchie ". Une entéléchie est une forme complexe qui émerge lorsque l’on regroupe un grand nombre d’objets simples. Si vous examinez une molécule d’eau dans le vide, vous risquez de bâiller face à l’absence d’activité qui règnera dans votre tube à vide. Placez quelques molécules dans un verre et un nouveau phénomène apparaît : un cercle d’ondulations à la surface de l’eau. Si vous versez assez de verres d’eau dans un bassin suffisamment grand, vous obtiendrez tout autre chose : un océan. Prenez les vingt-six lettres de l’alphabet, étalez-les devant vous et vous aurez alors un ensemble de petits gribouillis, évoquant chacun un ou deux sons spécifiques. Rassemblez des millions de lettres dans l’ordre approprié et vous obtiendrez les œuvres complètes de Shakespeare.

Voici des entéléchies. Une ville, une culture, une religion, un ensemble de mythologies, un disque à succès, et une blague osée sont des résultats d’entéléchies. Prenez un être humain, isolez-le dans une pièce de sa naissance à sa mort et il sera incapable d’utiliser le langage, aura peu d’imagination, sera une véritable loque émotionnelle et physique. Mais mettez ce bébé au milieu de cinquante autres personnes, et vous obtiendrez quelque chose d’entièrement nouveau : une culture.

Les cultures ne peuvent être créées que lorsque le groupe est assez important. Elles constituent un phénomène qui balaye les foules comme une vague. Les phénomènes qui ont créé les Beatles, qui ont fabriqué Hitler, qui ont lancé une nouvelle philosophie telle que le Communisme ou le Fondamentalisme Chrétien, voici des entéléchies, des vagues roulant sur la surface de la société, incorporant les mouvements mineurs des individus dans une force massive, comme la houle venue de la mer orchestre d’infimes molécules d’eau en un mouvement irrésistible.

Le bouillonnement continu des vagues et des marées est provoqué par la gravité de la lune. Mais qu’est-ce qui pousse les marées culturelles d’êtres humains ? Qu’est-ce qui amène une horde de nomades barbares des terres désolées de la péninsule arabe à s’unir soudain derrière un homme et à renverser le monde connu, en bâtissant un empire ? Comment une idée invisible prêchée par un Ayatollah a-t-elle pu rassembler des individus isolés en des tornades de croyants prêts à mourir – ou à tuer – pour la " vérité " ? Pourquoi une secte dont l’idée initiale était de tendre l’autre joue inonde-t-elle le monde de guerriers qui marchent littéralement dans le sang ? Qu’est-ce qui fait qu’un pays comme l’Angleterre Victorienne a pu dominer la moitié de la planète avant de refluer, telle une vague, loin du pouvoir et de la prospérité ? Quel courant sous-marin est en train d’attirer l’Amérique dans la même voie aujourd’hui ?

Cinq concepts simples permettent d’expliquer ces courants humains. Chaque section de ce livre est centrée sur l’une de ces idées et sur ses implications parfois saisissantes. L’ensemble de ces concepts est le fondement du Principe de Lucifer.

Concept numéro un : le principe des systèmes auto-organisateurs (des réplicateurs : des morceaux de structure qui fonctionnent comme des mini-usines, assemblant des matières premières puis produisant à la chaîne des produits complexes). Ces chaînes de montage naturelles (dont les gènes sont un exemple) produisent leurs objets à si bas prix que les résultats sont des produits jetables. Vous et moi faisons partie de ces produits jetables.

Concept numéro deux : le superorganisme. Nous ne sommes pas les individus robustes que nous aimerions être. Nous sommes, au contraire, les pièces de remplacement d’un être beaucoup plus important que nous.

Concept numéro trois : le mème, un noyau d’idées auto-réplicant. Grâce à quelques astuces biologiques, ces points de vue deviennent le ciment qui rassemble les civilisations, donnant à chaque culture sa forme distinctive, créant des êtres intolérants face à la différence d’opinion, et d’autres ouverts à la diversité. Ce sont les clés avec lesquelles nous déverrouillons les forces de la Nature. Nos visions offrent un rêve de paix mais font également de nous des tueurs.

Concept numéro quatre : le réseau neuronal, l’esprit de groupe dont le mode de fonctionnement excentrique manipule nos émotions et nous transforme en composants d’une immense machine à apprendre.

Concept numéro cinq : l’ordre de préséance. Le naturaliste qui a découvert cette hiérarchie de dominance l’a qualifiée de clé du despotisme. Les ordres de préséance existent chez les hommes, les singes, les abeilles et même entre les nations. Elles permettent d’expliquer pourquoi les barbares représentent un réel danger et pourquoi les principes de nos politiques étrangères sont souvent faux.

Cinq idées simples mais qui permettent de comprendre un grand nombre de choses. Elles révèlent pourquoi les médecins ne sont pas toujours aussi puissants qu’ils en ont l’air, et pourquoi nous sommes forcés de croire en eux malgré tout. Elles expliquent comment l’Hindouisme, religion de la paix suprême, a pu naître d’une tribu de tueurs assoiffés de sang, et pourquoi la Nature se débarrasse des hommes plus facilement que des femmes. Elles apportent un éclairage sur le déclin de l’Occident et sur les dangers qui nous guettent.

Par-dessus tout, elles éclairent un mystère qui a de tout temps échappé à l’homme : les racines du mal qui hante nos vies. Car dans ces cinq petites idées que nous suivrons, se tapit la force qui nous gouverne.

 

 


 

 

 

 

 

4

LA RÉVOLUTION

CULTURELLE CHINOISE

 

 

 

Les hommes les plus honorés sont les plus grands tueurs. Ils croient servir leurs semblables.

Henry Miller

Tuer un grand nombre de personnes devient de plus en plus facile et la première chose que fait un principe, si c’est réellement un principe, est de tuer quelqu’un.

Dorothy L. Sayers

 

 

 

 

 

Au milieu des années soixante, Mao Tse-tung déchira le tissu de la société chinoise. Ce faisant, il déclencha les émotions les plus primitives qui soient, les vrais démons de l’âme humaine. Ces facteurs intrinsèques primordiaux lacérèrent le visage de la Chine, apportant la mort, la destruction et la souffrance. La frénésie que Mao avait libérée n’était pourtant pas une création des philosophies Maoïstes mais le simple produit des passions qui s’agitent continuellement en nous.

*

* *

En 1958, Mao décida de propulser la Chine dans l’avenir. Sa catapulte fut le Grand Bond en Avant, un plan économique destiné à exploiter la main d’œuvre chinoise dans un programme de modernisation massive. Des pancartes montraient un ouvrier chinois à cheval sur une roquette. Le slogan disait, SURPASSONS L’ANGLETERRE EN 15 ANS ! Les étudiants, les personnes âgées, les intellectuels et les fermiers travaillèrent sans relâche à la construction de fours pour la fabrication de l’acier. Ils recueillirent des ustensiles en fer et arrachèrent les éléments en laiton des portes anciennes de leurs maisons pour fournir la ferraille nécessaire à la construction de ces fours. Mobilisés en masse, les paysans quittèrent leurs maisons, pour aller travailler comme des forcenés dans les cantines communautaires et se lançèrent dans le travail avec un formidable enthousiasme. Après tout, dit Gao Yuan, qui était écolier à cette époque, " les gens disaient que le vrai communisme était proche. "

Malheureusement, le long du parcours, le Grand Bond en Avant fit un faux pas et tomba de tout son long. Les cantines communautaires fermèrent. Les propriétaires de maison qui avaient amené leurs ustensiles aux fours durent en trouver d’autres. Les coupons de rationnement apparurent pour le blé, l’huile, le tissu et même les allumettes. Assis à l’école, les petits garçons qui s’étaient investis de façon si enthousiaste dans la mise en œuvre de ce miracle économique étaient affaiblis par la faim. Ils apprirent à attraper des cigales sur les poteaux avec un bâton enduit de colle et se forcèrent à avaler les insectes gigotant encore. Ils parcoururent les collines à la recherche d’herbes. Leurs mères fabriquèrent du pain avec de la farine coupée de feuilles de saule et de peuplier. Durant ces trois longues années de " progrès " héroïque, des millions de Chinois moururent de faim.

Le Grand Bond en Avant avait paralysé l’économie, ralentissant la production des biens les plus simples. Et l’architecte de cette belle faute, Mao lui-même, perdit le pouvoir. Il se retira dans des considérations idéologiques, laissant le soin de gouverner l’état au jour le jour à un nid bureaucratique de fonctionnaires de moindre importance. Ceux-ci observèrent la population torturée par la malnutrition et se réadaptèrent rapidement. Ils abandonnèrent la rigueur théorique et œuvrèrent à accroître la production des ustensiles et équipements ménagers qui avaient tous disparu. En haut de la liste des priorités se trouvait la collecte d’argent, de beaucoup d’argent. La doctrine passa après le simple objectif de mettre de la nourriture sur les tables chinoises.

Plus la nouvelle politique avançait, plus les fonctionnaires responsables de son application sentaient qu’ils détenaient un pouvoir réel sur la Chine. Leur orgueil démesuré leur dit qu’ils étaient les nouveaux patrons, les hommes qui tenaient la barre de l’histoire. Mao était une relique, une antiquité, un prête-nom. Lorsque Mao essaya de donner des ordres, ses subalternes le traitèrent poliment mais l’ignorèrent. Les ordres du Grand Timonier furent rejetés.

Mao Tse-tung n’apprécia pas d’être mis à la retraite. Et il n’était pas homme à accepter une retraite forcée et à se reposer. Alors le demi-Dieu de la révolution combina un plan pour réaffirmer son autorité, un plan qui serait encore plus dévastateur pour la Chine que le Grand Bond en Avant. Son projet ne se contenterait pas d’affamer les populations, il allait les torturer, les battre à mort et les pousser au suicide. C’était la Révolution Culturelle.

Mao profita d’une simple caractéristique de la nature humaine : l’esprit de rébellion des adolescents. L’attitude provocante des jeunes punks et des enragés de heavy-metal peut apparaître comme une rage engendrée uniquement par les désordres de la culture occidentale mais ce n’est pas le cas. L’adolescence éveille des envies de provocation chez la majorité des primates. Chez les chimpanzés, elle inspire une envie de voir le monde qui pousse certaines jeunes femelles à quitter la confortable famille qu’elles ont toujours connue et à s’en aller faire leur propre vie parmi des étrangers. Chez les langurs gris, elle déclenche une agitation qui est plus à-propos.* À l’adolescence, les langurs gris mâles se débarrassent des attaches qui les lient à leur famille et à leur enfance, et se regroupent en bandes indisciplinées et menaçantes. Puis ils vont rôder à la recherche d’un mâle plus âgé et établi qu’ils peuvent attaquer. Le but des adolescents est de déloger leur respectable aîné de son foyer tranquille, et de s’emparer de tout ce qu’il possède : son pouvoir, son prestige et ses femmes.

Comme nous le verrons plus tard, les êtres humains sont menés par un certain nombre d’instincts semblables à ceux de nos cousins primates. Par conséquent, de nombreux adolescents de notre espèce protestent également contre l’autorité des adultes. Leurs hormones leur disent soudain qu’il est temps d’affirmer leur individualité et de remettre en question les prérogatives de la génération précédente.

Mao ne s’est pas adressé aux adultes chinois. Ces camarades plus âgés voyaient le bon sens des fonctionnaires qui avaient mis Mao sur la touche et s’étaient concentrés sur la production de nourriture pour remplir les estomacs vides depuis trois longues années. Mao se tourna donc vers une autre partie de la population pour entreprendre sa recherche de l’autorité perdue. Il se tourna vers les adolescents du pays.

Mao commença sa campagne pour reprendre les rênes de la Chine de manière assez innocente. Sous ses ordres, les principaux journaux lancèrent un débat littéraire. Ils attaquèrent un groupe d’auteurs qui se nommait le " Village des trois familles ". Ces essayistes étaient des fonctionnaires du gouvernement, des figures-clés de la phalange de bureaucrates résistant aux ordres de Mao. L’un d’entre eux était adjoint au maire de Pékin. Un autre, rédacteur en chef du Soir de Pékin, était directeur de la propagande pour le Comité du Parti de Pékin. Un troisième était un propagandiste du gouvernement de la ville de Pékin. Tout au long des années, les articles de ces trois hommes avaient été considérés comme des diversions amusantes, des modèles de style spirituel. Les rédacteurs en chef " découvrirent " alors que les écrits du Village des trois familles regorgeaient de sens cachés. Et à quoi se ramenaient ces sens cachés ? À des agressions envers les préceptes sacrés du Parti.

L’attaque du Village des trois familles passa rapidement des journaux aux écoles. Les étudiants furent encouragés à rédiger leurs propres excoriations des traîtres, comme le dit un journal, en ouvrant le " Feu sur la ligne noire de l’antiparti ! " Les élèves firent des affiches calomniant les noms des crapules et les placardèrent sur tous les murs qu’ils pouvaient trouver. Ainsi, ils remplirent leur devoir qui était de " tenir haut la grande bannière de la pensée de Mao Tse-tung ! "

La bannière de la pensée de Mao Tse-tung s’enroula rapidement autour du cou de nombreuses personnes, au-delà du Village des trois familles. Les écoliers furent encouragés à trouver d’autres œuvres littéraires pourries de révisionnisme et de notions anti-révolutionnaires. Les enfants sautèrent avidement sur leurs devoirs. Mais ils firent preuve d’encore plus d’enthousiasme quelques mois plus tard lorsqu’une nouvelle directive leur vint d’en haut : débusquer les tendances bourgeoises et le révisionnisme réactionnaire parmi leurs professeurs.

Cette nouvelle tâche ne pouvait qu’être accomplie avec joie par les jeunes. Le professeur qui vous a donné une mauvaise note à votre dernière rédaction ? C’est un bourgeois révisionniste ! Humiliez-le. La pédagogue qui vous a engueulé pour être arrivé en retard en classe ? Une vache de capitaliste ! Faites-lui sentir votre colère. La vengeance n’avait rien à y voir. Ce n’était qu’une question de pureté idéologique.

Les étudiants examinèrent tout ce que leurs professeurs avaient écrit. Dans les tournures de phrase les plus subtiles, ils découvrirent des signes d’infamie réactionnaire. Au début, ils se contentèrent de punaiser des affiches vilipendant les professeurs, tels des monstres et des démons. Puis tous les cours furent suspendus afin que les élèves puissent consacrer tout leur temps à débusquer les traîtres. Les instructeurs qui avaient combattu loyalement pour les forces révolutionnaires de Mao furent soudain insultés. Ceux qui se considéraient comme des fanatiques de la pensée Maoïste furent mis au pilori comme répugnants hommes et femmes de droite. Certains ne purent supporter cette humiliation.

Gao Yuan, fils d’un fonctionnaire du parti dans une petite ville, était à cette époque élève et pensionnaire au lycée Rue de la Démocratie de Yizhen. Dans l’école de Gao Yuan, un professeur tenta de se trancher la gorge. D’autres pédagogues essayèrent de calmer les élèves. Ils " exposèrent " leurs collègues et écrivirent des confessions, espérant se tirer d’affaire. Cela ne marcha pas.

Les élèves du lycée Rue de la Démocratie créèrent une nouvelle forme d’assemblée scolaire. Son attraction principale était l’ " avion à réaction ". Un professeur était interrogé en long et en large, en privé, et forcé à " reconnaître " ses crimes. Puis il était amené sur scène devant un public d’élèves et frappé à l’arrière des genoux jusqu’à ce qu’il tombât. Un élève l’attrapait alors par les cheveux et tirait sa tête en arrière. Les autres lui levaient les bras et les lui tiraient d’un coup sec derrière le dos. Puis ils maintenaient le malheureux professeur dans cette position tordue pendant des heures. Lorsque cela était terminé, la plupart des professeurs ne pouvait plus marcher. Pour faire durer l’humiliation un peu plus longtemps, les élèves rasaient la tête de leurs professeurs fautifs.

Parmi les professeurs, les élèves assidus " découvrirent " le sommet de l’abomination. Gao Yuan explique qu’ils découvrirent " des voyous et des sales types, des paysans riches et crasseux et des salauds de propriétaires terriens, des capitalistes suceurs de sang et des nouveaux bourgeois, des contre-révolutionnaires historiques et des contre-révolutionnaires actifs, des gens de droite et de l’extrême droite, des éléments de classe étrangère et des éléments dégénérés, des réactionnaires et des opportunistes, des contre-révolutionnaires révisionnistes, des chiens d’impérialistes et des espions. " Les élèves s’armèrent d’épées en bois et de matériel. La nuit, ils emprisonnaient leurs professeurs dans leurs chambres. Un autre instructeur de la Democracy Street Primary School, à bout de force, se pendit.

À présent qu’ils s’étaient entraînés sur leurs professeurs, les élèves furent exhortés à pousser plus avant leur nettoyage culturel et à former des unités organisées, les Gardes Rouges, pour déraciner le révisionnisme dans les villes. Comme de jeunes singes envahissant le domaine de leurs aînés, les jeunes de dix à quinze ans saccagèrent les villes pour trouver les fonctionnaires qui s’étaient écartés de la stricte voie Maoïste. Ils flairèrent les " fantômes de bœufs et les esprits de serpents " parmi les autorités municipales, soumirent des magistrats, des maires et les chefs du parti local à des interrogatoires, des passages à tabac et des rasages du crâne. Ils firent défiler les scélérats dans les rues affublés, d’un bonnet d’âne faisant parfois jusqu’à neuf mètres de haut. Inutile de dire que les fonctionnaires visés avaient été les piliers du soutien aux pouvoirs bureaucratiques qui avaient ignoré le Président Mao peu de temps auparavant. Plus les Gardes Rouges attaquaient les bases, plus la résistance bureaucratique au Glorieux Président s’effondrait.

Les Gardes Rouges ne laissèrent pas leur enthousiasme s’arrêter là. Poussés par les discours de Mao, ils partirent en campagne contre " Les Quatre Vieux " : les restes du style pré-révolutionnaire. Les étudiants firent tomber les enseignes des boutiques, renommèrent les rues, découpèrent les jambes de pantalon de ceux qui portaient des pantalons serrés, arrêtèrent les femmes qui passaient les portes des villes pour couper leurs tresses, détruisirent les monuments anciens, entrèrent par effraction dans les maisons et fracassèrent tout ce qui portait l’aura de la tradition. Puis les Gardes Rouges se retournèrent les uns contre les autres pour entamer ce qui allait être un débat sur la véritable ligne Maoïste. Cependant, derrière ce débat sur la pensée de Mao se trouvait une autre question.

La lutte des classes est un concept central au Maoïsme. Par conséquent, chaque citoyen de la Chine de Mao était répertorié selon la classe à laquelle appartenaient ses parents et ses grands-parents. Si votre famille avait appartenu par le passé à une catégorie sociale inacceptable, vous étiez un paria. Qu’est-ce qui était acceptable ? Les paysans pauvres et les soldats. Les paysans moyens et les intellectuels étaient méprisables. Les paysans aisés, les capitalistes ou les propriétaires terriens étaient mis à l’index. Pour que les choses soient bien claires, les descendants de ces strates sociales haïes étaient parfois obligés de porter des brassards noirs indiquant leur statut en lettres blanches.

Dans l’école de Gao Yuan, un élève déclara catégoriquement que seuls ceux dont le milieu social était " pur ", ceux dont les parents appartenaient aux catégories Rouges (les paysans pauvres et les soldats) pouvaient faire partie des Gardes Rouges. Et que faire des enfants dont les parents venaient des catégories Noires (les paysans moyens et aisés, les propriétaires terriens et les capitalistes) ? Interdisons-leur d’y entrer, dit l’élève snob. La classe des parents n’a rien à voir avec les enfants, protesta Gao Yuan. " Tous nos camarades de classe sont nés et ont été élevés sous le drapeau rouge à cinq étoiles. Nous avons tous reçu une éducation socialiste. " Faux, lança le garçon déterminé à faire des Gardes Rouges un club privé, " un dragon engendre des dragons, un phœnix engendre des phœnix et les petits d’une souris ne savent que creuser des trous. "

Dans les mois qui suivirent, appartenir aux Gardes Rouges deviendrait un sujet d’importance vitale. Les Gardes Rouges allaient s’emparer de l’administration des villes et des écoles. Si vous y apparteniez, vous aviez le pouvoir. Sinon, la moindre petite rancune contre vous pouvait se transformer en attaque politique. Et la plus petite accusation de péché idéologique pouvait être utilisée pour rendre vos jours pires que votre cauchemar le plus effrayant. Le débat concernant les personnes qui pouvaient faire partie des Gardes Rouges et celles qui devaient en être exclues n’était pas un innocent jeu d’enfants.

Finalement, deux groupes de Gardes Rouges différents furent constitués dans l’école de Gao Yuan. L’un était composé des enfants des classes favorisées. L’autre abritait les rejetés, les enfants des classes interdites. Au début, les deux factions étaient ravies de se chamailler pour savoir laquelle d’entre-elles détenait la vraie ligne Maoïste. Chacune accusait l’autre de révisionnisme de droite. Chacune hurlait des torrents de citations de Mao, déterminée à prouver que la faction rivale avait tort. Bientôt, elles passèrent des citations aux sarcasmes puis aux insultes. Puis elles en vinrent à se jeter des pierres.

Les deux branches s’armèrent. Elles fabriquèrent des lance-pierres et des matraques, puis tissèrent des casques avec des brindilles de saule trempées dans l’eau. Les casques étaient si durs que vous pouviez les frapper avec un marteau et à peine les cabosser. Quelques enfants chanceux trouvèrent de vieilles épées. D’autres fabriquèrent des sabres et des dagues en ferraille. Tout le monde dans la ville de Gao Yuan avait appris en grandissant à faire de la poudre à fusil avec rien, car les enfants fabriquaient traditionnellement leurs propres pétards pour les congés annuels. Les élèves du lycée Rue de la Démocratie mirent alors ce savoir au service d’un nouvel usage : la fabrication d’arsenaux de grenades artisanales. Certains trouvèrent même le moyen de se procurer des fusils.

Il ne fallut pas longtemps aux deux bandes rivales de Gardes Rouges de l’école de Gao Yuan pour déclencher une guerre de grande envergure. Chacune occupait un groupe d’immeubles sur le campus. Et chacune entama une série de descentes visant à chasser l’autre de son nouveau quartier général. Au cours de ces incursions armées, des élèves furent blessés par des pierres, des lames et des explosifs. Plus le sang coulait, plus chaque côté était en colère.

Une faction de Gardes Rouges rencontra sur le campus un membre de la bande rivale, le traîna dans un dortoir vide, le ligota et l’interrogea pour connaître les points faibles de leurs adversaires. L’élève capturé refusa tout d’abord de parler. Les interrogateurs le frappèrent à coups de pied de chaise. Ils attrapèrent un autre élève et le pendirent au plafond pendant des jours. Ils en matraquèrent un autre avec un tisonnier. Cette-fois, ils firent une erreur. Le tisonnier avait une saillie pointue qui perçait la peau du prisonnier à chaque coup. Lorsque la séance de questions fut terminée, les jambes de la victime saignaient abondamment. Il mourut quelques heures plus tard.

Pourquoi les bourreaux avaient-ils utilisé autant de force ? Leur prisonnier avait trahi les préceptes du Président Mao. Le Président lui-même avait dit que la révolution n’était pas un dîner entre amis. Il était parfois difficile de se souvenir que la personne qui était pendue aux chevrons était assise à trois chaises de vous dans le foyer depuis que vous étiez tout petits.

L’attachement des élèves des deux bords aux paroles de Mao était passionné. Ils crachaient des phrases du Grand Guide comme des rafales de mitraillette, féroces dans leur dévouement envers la " vérité dialectique ". Mais, en réalité, l’idéologie Maoïste avec ce noble objectif qu’est la libération de l’humanité, était utilisée par une faction des Gardes Rouges pour prendre le pouvoir à l’autre. Les rationalisations de l’idéalisme transformèrent l’avidité des élèves en un sentiment de ferveur désintéressée.

La Révolution Culturelle précipita la Chine dans le chaos. Finalement, les militaires prirent le contrôle du pays et restaurèrent l’ordre. Les membres des Gardes Rouges furent incorporés lorsqu’ils en eurent l’âge. Les adolescents qui s’étaient combattus prirent des chemins différents. Gao Yuan fit son service militaire puis étudia à Pékin. Il rencontra une Américaine, déménagea aux États-Unis et écrivit un livre sur son expérience, Born Red. Peu de temps après, d’autres jeunes ayant souffert de la Révolution Culturelle rédigeraient leurs mémoires, révélant des horreurs pires encore.

Entre-temps, le chef du groupe favorisant la pureté de classe qui avait systématiquement torturé Gao Yuan et ses amis pendant plus d’un an fut embauché dans une entreprise de transports. Le chef de la brigade de Gardes Rouges plus libéraux à laquelle appartenait Gao Yuan disparut pendant de nombreuses années. Il ne refit surface que lorsque la Chine entra dans une réforme économique moderne, qui permettait une certaine liberté d’esprit d’entreprise. Aujourd’hui, l’ancien chef des Gardes Rouges, à nouveau, a cette capacité à organiser une équipe qui l’a aidé à rassembler sa jeune et violente armée d’élèves : il fonde des entreprises capitalistes prospères.

Une seule personne a obtenu ce qu’elle attendait de la Révolution Culturelle chinoise : Mao Tse-tung. Lorsque tout fut fini, il avait réussi à déraciner ses opposants et à reprendre le contrôle de la Chine.

Mais la Révolution Culturelle Chinoise avait libéré les instincts humains les plus primitifs et les plus terrifiants, offrant ainsi une piste au mécanisme biologique qui nous conduit à la guerre et la violence. Les adolescents timides et bien élevés pris dans la Révolution Culturelle Chinoise se rassemblèrent en groupes soudés. Le signal qui les réunit était l’altruisme de l’idéologie. Lorsque leurs groupes eurent été formés, l’idéologie fut un prétexte secondaire. Elle devint une arme, une excuse pour se battre contre les groupes rivaux, une justification des meurtres, de la torture et de l’humiliation. Dans ces bandes soudées, les adolescents chinois s’aimaient. Leur loyauté envers leurs camarades et envers leur maître, le Président Mao, était féroce. Mais lorsqu’ils tournaient leur attention vers les autres, ceux qu’ils disaient contre-révolutionnaires, leurs sentiments étaient différents. Envers les personnes extérieures à leur petit cercle, ils ne dégageaient que de la haine. Et ils traitaient ceux qu’ils méprisaient avec une brutalité implacable.

La Révolution Culturelle Chinoise était un microcosme des forces qui manipulent l’histoire humaine. Elle montra comment ces choses irréelles que nous appelons idées peuvent déclencher le fanatisme le plus élevé et la plus basse des cruautés. Et elle démontra comment, sous le besoin d’héroïsme et l’engagement envers l’élévation de toute l’humanité, se cache souvent une chose totalement grotesque : l’impulsion de détruire les autres êtres humains.

Comment de simples fragments de pensée deviennent-ils des concepts qui tuent ? Pourquoi les groupes se figent-ils si facilement pour faire face et se battre ? Pour répondre à ces questions, nous devons étudier les forces qui nous ont donné naissance.


DES TACHES DE SANG
AU PARADIS


 

5

MÈRE NATURE,

CETTE CHIENNE SANGLANTE

 

 

 

Nous ne voyons pas, ou nous oublions, que les oiseaux qui chantent paisiblement autour de nous vivent principalement d’insectes et de graines, et détruisent donc continuellement la vie.

Charles Darwin,
L’origine des espèces

Les hommes se (sont) toujours mutuellement massacrés(…). Croyez-vous (…) que les éperviers aient toujours mangé des pigeons ?(…) Eh bien ! (…) si les éperviers ont toujours eu le même caractère, pourquoi voulez-vous que les hommes aient changé le leur ?

Voltaire, Candide

 

 

 

 

 

En 1580, Michel de Montaigne, inspiré par la découverte des tribus du Nouveau Monde encore vierges des dernières complexités de l’Europe, instaura l’idée du " bon sauvage ". Près de deux cents ans plus tard, Jean-Jacques Rousseau popularisa ce concept lorsqu’il publia quatre œuvres proclamant que l’homme naît naturellement bon, plein d’amour et de générosité mais qu’il est corrompu par une force luciférienne : la civilisation moderne. Rousseau affirme que sans la civilisation, les hommes ne connaîtraient jamais la haine, les préjugés ou la cruauté.

Aujourd’hui, la doctrine de Rousseau semble plus puissante que jamais. Des écrivains et des scientifiques du vingtième siècle tels qu’Ashley Montagu, Claude Lévi-Strauss (qui considère Rousseau comme le " père de l’anthropologie "), Erich Jantsch, David Barash, Richard Leakey et Susan Sontag ont adapté cette notion pour condamner la civilisation industrielle actuelle. Ils ont été rejoints par plusieurs féministes, environnementalistes et extrémistes des droits des minorités. Même des organismes scientifiques aussi imposants que l’American Anthropological Association, l’American Psychological Association et la Peace and War Section de l’American Sociological Association ont rallié la cause, absolvant l’" homme naturel " de toute malveillance en ratifiant la " Déclaration de Séville ", manifeste international qui déclare que " la violence n’est ni notre héritage évolutionniste ni présente dans nos gènes. "

En conséquence, nous entendons presque chaque jour que la culture occidentale moderne, avec son consommateurisme, son capitalisme, ses programmes télévisés violents, ses films sanglants et ses technologies détruisant la Nature, " programme " la violence dans l’esprit grand ouvert des êtres humains. Notre société est, à ce que l’on suppose, un incubateur de tout ce qui nous terrifie.

Cependant, la culture n’est pas la seule responsable de la violence, de la cruauté et de la guerre. Malgré les assertions de la Déclaration de Séville, notre héritage biologique intègre le mal dans le fondement de la société la plus " naturelle ". Par ailleurs, la bataille organisée n’est pas l’apanage des êtres humains. Les fourmis font la guerre et vont jusqu’à massacrer et à réduire en esclavage un groupe ennemi. Les cichlidés* se regroupent et attaquent les étrangers. Les myxobactéries* * forment des " meutes " qui encerclent et démembrent leur proie. Chez les lézards, lorsqu’un ancien membre royal du clan a été défiguré par la perte de sa queue, il est harcelé par les autres lézards. Lorsque la reine est trop âgée, les abeilles femelles la chassent dans les couloirs de la ruche et fondent sur elle, la piquant sans relâche jusqu’à ce qu’elle meure. Et même les " supercoalitions " rivales d’une demi-douzaine de dauphins mâles se battent comme des gangs de rue, s’infligeant souvent de graves blessures. Les fourmis ne regardent pas la télévision. Les poissons vont rarement au cinéma. Les myxobactéries, les lézards, les dauphins et les abeilles n’ont pas été " programmés " par la culture occidentale.

De nombreux auteurs ont attiré l’attention à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix en célébrant un retour à la terre nourricière. Ils pensaient que si nous supprimions l’agriculture à grande-échelle, les moteurs à combustion interne, les télévisions et les climatiseurs, la Nature recommencerait à nous offrir généreusement son paradis originel.

Malheureusement, ces auteurs avaient une vision déformée de la réalité pré-industrielle. Une troupe de lions confortablement installés apprécierait la Nature telle que les environnementalistes radicaux la rêvaient. L’on peut voir le sourire de chaque lion alors qu’il se lèche les pattes et s’étire sur le sol au côté de ses congénères, visiblement enchanté du confort que lui procure leur chaleur. L’on peut voir la bienveillance avec laquelle une mère empêche un lionceau de jouer à tirer sur sa queue. Elle lève ses énormes pattes et repousse doucement le petit lorsque ses morsures deviennent trop douloureuses. Mais la Nature n’a donné à ces lionnes qu’un moyen de nourrir leurs petits : la chasse. Cet après-midi, ces créatures paisibles déchireront une gazelle membre par membre. La bête paniquée essaiera frénétiquement d’empêcher les félins de s’approcher d’elle, mais ils lui briseront le cou et la traîneront à travers la plaine toujours vivante et se débattant. Les yeux ouverts, consciente, sa chair sera entaillée et déchirée.

Imaginez un instant que les lions se sentent soudain coupables de leurs habitudes alimentaires et jurent de renoncer à la viande. Que feraient-ils ? Ils s’affameraient et affameraient leurs petits. Parce qu’ils n’ont qu’une option : tuer. Tuer n’est pas une invention de l’homme mais de la Nature.

Les distractions de la Nature sont cruelles. Une tortue de mer femelle rampe péniblement vers le haut de la plage d’une île tropicale, traînant sa masse dans le sable. Elle creuse lentement un nid avec ses nageoires postérieures et y dépose ses œufs. De ces œufs naît un millier de bébés minuscules et irrésistibles, qui sortent du sable et clignent des yeux lorsque, pour la première fois, ils se trouvent face à la lumière, identifiant rapidement leur route grâce à un compas interne programmé génétiquement, puis entament leur premier parcours, une course vers la mer. Alors que les petits filent maladroitement sur la plage, se propulsant avec leurs nageoires conçues pour une tâche totalement différente, des oiseaux marins, attendant ce festin, fondent en piqué pour déguster les uns après les autres ces mets riches en protéines. Sur un millier de petites tortues, seules trois arriveront peut-être saines et sauves dans les vagues de l’océan. Les oiseaux ne sont pas des créatures sadiques dont les instincts ont été déformés par une overdose de télévision. Ils sont tout simplement engagés dans le même effort que les bébés tortues : l’effort de survie.

Hegel, philosophe allemand du dix-neuvième siècle, a dit que la vraie tragédie ne se produit pas lorsque le bien combat le mal mais lorsqu’un bien combat un autre bien. La Nature a fait de cette forme de tragédie une loi fondamentale de son univers. Elle offre à ses enfants le choix entre la mort et la mort. Elle propose aux carnivores deux options : mourir de faim ou tuer pour se nourrir.

La Nature est comme un sculpteur qui améliore continuellement son œuvre mais pour ce faire elle taille dans la chair vivante. Pire encore, elle a ancré son modus operandi répréhensible dans notre propre physiologie. Si vous avez parfois l’impression d’être plusieurs esprits dans un seul sujet, vous avez probablement raison. En réalité, vous avez plusieurs cerveaux. Et ces cerveaux ne sont pas toujours d’accord entre eux. Le Docteur Paul D. MacLean fut le premier chercheur à énoncer le concept du " cerveau trine ". Selon MacLean, près de la base du crâne humain se trouve le tronc du cerveau, qui sort de la colonne vertébrale telle l’extrémité lisse d’une canne. Au-dessus de cette souche rudimentaire se situe une masse de tissus cérébraux que nous ont légués nos plus vieux ancêtres terrestres, les reptiles. Il y a environ trois cents millions d’années, lorsque ces animaux tournèrent le dos à la mer et clopinèrent sur la terre, leur premier objectif était la simple survie. Les nouveaux terriens devaient chasser, trouver un partenaire, délimiter leur territoire et se battre pour le défendre. Le mécanisme neuronal qu’ils développèrent se chargea de ces fonctions élémentaires. MacLean l’appelle " cerveau reptilien ". Le cerveau reptilien est toujours à l’intérieur de notre crâne tel un noyau au cœur d’une pêche. Il participe vigoureusement à nos activités mentales et nous envoie ses ordres primitifs et instinctifs à toute heure du jour et de la nuit.

Longtemps après que les premiers reptiles se furent éloignés de la plage, leurs arrière-arrière-petits-enfants, bien souvent déplacés, développèrent quelques améliorations nécessaires à leur survie. Parmi ces mises à niveau, on peut citer la fourrure, le sang chaud, la capacité à nourrir des œufs à l’intérieur de leur propre corps et la réserve portative de nourriture pour bébé que nous appelons du lait. Ces créatures remodelées n’étaient plus des reptiles. Elles étaient devenues des mammifères. Les caractéristiques innovantes des mammifères leurs donnèrent la capacité de quitter les tropiques luxuriants pour se diriger vers le nord glacé. Leur sang chaud leur permettait de survivre aux rigueurs d’une période glaciaire, mais il y avait un prix à payer. Avec le sang chaud, les mammifères adultes ne pouvaient plus se contenter de pondre un œuf et de le laisser là. Les mammifères femelles devaient protéger leurs enfants pendant des semaines, des mois et même des années. Et cela nécessitait une organisation sociale plus soudée qui puisse prendre soin de ces groupes de mères et de petits pendant l’allaitement.

Tout cela nécessitait quelques ajouts à l’ancien cerveau reptilien. La Nature s’adapta en construisant une enveloppe de nouveau tissu neuronal qui entoura le cerveau reptilien comme la chair juteuse de la pêche enveloppe le noyau. MacLean appela cet ajout le " cerveau mammalien ". Le cerveau mammalien guidait le jeu, le comportement maternel et un certain nombre d’autres émotions. Il poussait nos ancêtres à fourrure à rester groupés en bandes nourricières.

Plus loin sur le chemin sinueux du temps, quelques-uns de nos ancêtres hirsutes tentèrent une nouvelle expérience. Ils se mirent sur leurs pattes postérieures, regardèrent autour d’eux et utilisèrent leur esprit et leurs mains pour exploiter le monde. Ce furent les premiers hominidés. Mais les aspirations protohumaines étaient peu réalistes sans la création d’un autre accessoire cérébral. La Nature s’adapta, enveloppant les deux vieux cortex de rechange (les cerveaux reptilien et mammalien) d’une fine couche de substance neuronale toute neuve. Cette nouvelle structure, tendue autour de l’ancienne comme la peau d’une pêche, était le néocortex, le cerveau primate. Ce cerveau primate, qui comprend le cerveau humain, avait des pouvoirs impressionnants. Il pouvait visualiser l’avenir. Il pouvait soupeser une action potentielle et en imaginer les conséquences. Il pouvait supporter le développement du langage, de la raison et de la culture. Mais le néocortex présentait un inconvénient : il n’était qu’un vernis fin apposé sur les deux anciens cerveaux. Et ceux-ci étaient toujours aussi actifs, mesurant chaque parcelle de donnée communiquée par les yeux et les oreilles et émettant de nouveaux ordres. L’être humain pensant, quelle que soit l’exaltation de ses sentiments, écoutaient toujours les voix d’un reptile exigeant et d’un ancien mammifère bavard. Elles venaient toutes deux du plus profond de son crâne.

Selon Richard Leakey, éminent paléoanthropologue, la guerre n’existait pas tant que les hommes n’avaient pas inventé l’agriculture et commencé à acquérir des biens. Sous-jacent à l’idée de Leakey, nous pourrions trouver le vœu nostalgique que l’agriculture disparaisse et que nous retrouvions la paix. Mais Leakey a tort. La violence n’est pas le produit du bâton fouisseur et de la houe.

Dans le désert de Kalahari, au sud de l’Afrique, vit un peuple nommé les !Kung. Les !Kung n’ont pas d’agriculture et très peu de technologie. Ils vivent des fruits et des plantes que les femmes cueillent, et des animaux que les hommes chassent. Leur mode de vie est tellement simple que de nombreux anthropologues les ont étudiés, convaincus que les !Kung vivent comme ont vécu nos ancêtres il y a plus de dix mille ans, avant la domestication des plantes. Dans les premières années de l’ethnographie des !Kung, les anthropologues s’enflammèrent. Ces gens simples n’avaient pas de violence, dirent-ils. L’anthropologie avait découvert la clé de l’harmonie parmi les hommes : l’abolition du monde moderne et le retour à la chasse et à la cueillette.

Richard Leakey utilisa les !Kung comme modèles de pré-agriculteurs idylliques. Le mode de vie des !Kung prouvait que s’ils n’avaient pas de charrue, les hommes n’auraient pas d’épée. Mais des études plus récentes révélèrent un fait brutal et inédit. Les hommes !Kung résolvent les problèmes d’adultère par le meurtre. Par conséquent, le taux d’homicide est plus élevé chez les !Kung qu’à New York.

La violence des !Kung se produit principalement entre individus. Chez les êtres humains et les animaux, cependant, la plus grande violence n’existe pas entre individus mais entre groupes. L’exemple le plus effroyable en est la guerre.

Dian Fossey, qui a vécu dix-neuf ans parmi les gorilles des montagnes Virunga en Afrique Centrale et les a observés, considérait que ces créatures étaient les plus pacifiques sur terre. Pourtant, les gorilles des montagnes deviennent des tueurs lorsque leurs groupes sociaux se retrouvent face à face. Les affrontements entre unités sociales, selon Fossey, sont à l’origine de soixante-deux pour cent des blessures des gorilles. Soixante-quatorze pour cent des mâles observés par Fossey portaient les marques d’une bataille et quatre-vingt pour cent avaient perdu ou cassé une canine en essayant de mordre leurs adversaires. Fossey a même trouvé des crânes portant des cuspides de canines plantées dans leur sommet.

Un groupe de gorilles cherche délibérément un autre groupe et provoque un conflit. Les batailles qui en résultent entre tribus de gorilles sont acharnées. L’une des bandes suivies par Fossey était menée par un puissant mâle à dos argenté, un mâle énorme qui quitta une bataille avec la chair si déchirée que la tête d’un os du bras et plusieurs ligaments sortaient de la peau déchiquetée. Le vieux mâle dominant, que Fossey appelait Beethoven, avait été secondé dans ce combat par son fils, Icare. Icare quitta le lieu de la bataille avec huit blessures graves, là où l’ennemi l’avait mordu à la tête et aux bras. Le site où avait eu lieu le conflit était couvert de sang, de touffes de fourrure, d’arbrisseaux brisés et d’excréments diarrhéiques. Tel est le prix de la guerre préhumaine dans les montagnes Virunga.

Les gorilles ne sont pas les seuls êtres presque humains à se réunir en groupes pour partir à la recherche du sang. Au début des années soixante-dix, Jane Goodall a vécu quatorze ans au milieu des chimpanzés sauvages de la Réserve de Gombe en Tanzanie. Elle aimait les chimpanzés pour la douceur de leurs manières, si différentes de la violence des êtres humains. Bien sûr, il y avait des agressions, des bagarres et de la rage chez ces singes, mais l’horreur suprême, la guerre, n’existait pas.

Goodall publia un livre qui fit date sur le comportement des chimpanzés (In the Shadow of Man), œuvre qui, selon certains, prouva sans équivoque que la guerre était une création humaine. Après tout, les créatures considérées après des recherches génétiques et immunologiques comme nos plus proches cousins dans le royaume animal ne connaissaient pas la violence organisée et systématique.

Puis, trois ans après la publication du livre de Goodall, une série d’incidents qui l’horrifia se produisit. La tribu de chimpanzés que Goodall avait observée s’agrandit considérablement. La nourriture était plus difficile à trouver. Des disputes éclatèrent. Pour dissiper les tensions, le groupe se sépara en deux tribus distinctes. Un groupe resta sur l’ancien territoire. L’autre partit mener une vie nouvelle dans la forêt plus au sud.

Les deux groupes vécurent d’abord dans une paix relative. Puis les mâles du groupe le plus important commencèrent à faire des incursions au sud, dans la parcelle de terre occupée par la tribu dissidente. L’objectif des maraudeurs était simple : harceler puis tuer les séparatistes. Ils frappèrent leurs anciens amis sans la moindre pitié, brisant des os, ouvrant des blessures énormes et laissant mourir lentement leurs congénères mutilés. Lorsque ces attaques furent terminées, cinq mâles et une femelle âgée avaient été tués. Le groupe séparatiste avait été détruit et ses femelles sexuellement actives ainsi qu’une partie de son territoire avaient été annexées par les mâles de la bande de l’ancien territoire. Goodall avait découvert la guerre parmi les chimpanzés, une découverte qu’elle avait espéré ne jamais faire.

Des années plus tard, l’écologiste et biologiste Michael Ghiglieri partit en Ouganda étudier ce qu’était vraiment la guerre chez les chimpanzés. Il en conclut que " le chimpanzé heureux et chanceux s’était avéré être le plus meurtrier des anthropoïdes, un guerrier organisé et coopératif. "

La propension au massacre qui s’est manifestée durant la Révolution Culturelle Chinoise n’est donc pas un produit de l’agriculture, de la technologie, de la télévision ou du matérialisme. Ce n’est pas une invention de la civilisation occidentale ou de la civilisation orientale. Ce n’est pourtant absolument pas une inclination exclusivement humaine. Cela provient de quelque chose à la fois de sous- et surhumain, quelque chose que nous partageons avec les anthropoïdes, les poissons et les fourmis, une brutalité qui s’empare de nous par le biais des animaux qui vivent dans notre cerveau. Si l’homme a contribué d’une quelconque manière à cette équation, c’est de la façon suivante : il a appris à rêver de paix. Mais, pour atteindre ce rêve, il devra triompher de ce que la Nature a construit en lui.


6

LES FEMMES NE SONT PAS

LES CRÉATURES PACIFIQUES

QUE VOUS IMAGINEZ

 

 

 

Les enfants paient pour la rivalité entre leurs mères jusqu’à la troisième et quatrième génération.

Gelett Burgess

 

 

 

 

 

Les mâles jouent le rôle principal dans les bains de sang. Ce sont eux qui tuent le plus souvent, et eux, également, qui se font tuer. Cela donne une image assez atroce des hommes. Et cette image est vraie. Les mâles l’emportent haut la main sur les femelles dans le domaine de l’agressivité. Retirez les testicules d’un coq et il devient un oiseau pacifique. Recousez ses testicules dans son ventre et les hormones masculines envahissent à nouveau le sang de la volaille. Le poulet au tempérament si doux recommence alors à se pavaner pour déclencher une bagarre.

Il n’est pas surprenant d’entendre des experts déclarer que si seulement nos leaders étaient des femmes, la guerre et les agressions mondiales disparaîtraient rapidement. Nombreuses sont les personnes convaincues que les femelles sont intrinsèquement pacifiques. D’accord, donc Margaret Thatcher, ancien Premier ministre de la Grande-Bretagne, gagna la guerre des Falklands, fournit à l’armée britannique des sous-marins nucléaires et dota ces sous-marins de missiles balistiques à pointe atomique. Indira Gandhi mena une campagne militaire contre le Pakistan, jeta ses opposants en prison et suspendit les libertés civiques. Et les escouades d’assassins de la guérilla de Shining Path au Pérou étaient entièrement dirigées par des femmes. Mais ce sont certainement des aberrations. Vraiment ? La preuve issue du monde de nos plus proches cousins de la famille des primates indique que cette image joyeusement idéaliste des femmes est un aveuglement. Les femelles aussi sont victimes du Principe de Lucifer.

Dian Fossey, chroniqueuse des gorilles des montagnes d’Afrique Centrale, suivait une bande de gorilles depuis neuf ans lorsqu’elle remarqua soudain la disparition de l’un des petits de la tribu. Ce fut un choc. Le bébé n’était pas malade. Fossey ne savait pas ce qui pouvait lui être arrivé. La naturaliste et ses assistants partirent à la recherche des restes du corps, s’attendant à le trouver dans l’un des endroits où les gorilles s’étaient battus contre un groupe rival. Mais Fossey ne trouva de cadavre dans aucun de ces endroits.

Finalement, suivant son intuition, Fossey et ses assistants africains se mirent à recueillir tous les excréments que les gorilles avaient laissés au cours des derniers jours. Après tant d’année à suivre le groupe, les chercheurs pouvaient identifier les excréments de chaque gorille. Pendant des jours et des jours, les hommes passèrent laborieusement au crible les excréments. Finalement, Fossey trouva ce qu’elle cherchait : 133 fragments d’os et de dents appartenant à un petit gorille, qu’elle trouva dans les excréments laissés par la femelle dominante et sa fille de huit ans.

La mère du bébé mort venait d’un niveau social que ces femelles aristocrates méprisaient. C’était une paria que les dames de haut rang raillaient et persécutaient fréquemment. Sa présence ne pouvait tout simplement pas être tolérée en bonne compagnie et son enfant était au-dessous de tout. Fossey conclut que la femelle dominante et sa fille avaient attaqué le petit, puis l’avait tué et dévoré.

Il y avait plus que de la simple cruauté derrière ce meurtre d’un bébé sans défense. Effie, la femelle aristocrate qui avait apparemment dirigé l’infanticide, était dans les derniers jours de sa grossesse. Trois jours après ce brutal incident, elle donna naissance à son propre petit. Effie avait agi comme la femme ambitieuse d’un harem qui se bat pour éliminer les enfants de ses rivales. Par cet infanticide, elle était devenue la seule femelle à avoir quatre enfants dans le groupe au même moment. Elle avait assuré à ses enfants et à elle-même la position de classe dirigeante de la tribu. Ainsi, elle avait transformé le groupe entier en un soutien à sa progéniture.

Effie ressemblait beaucoup à Livia, la femme la plus puissante de Rome il y a un peu moins de deux mille ans, lorsque cette cité se trouvait à l’apogée de sa puissance impériale. Selon la reconstruction soignée de Robert Grave dans I, Claudius, Livia (comme Effie) était une épouse parmi d’autres. Et, comme Effie, Livia était mariée au mâle dominant de la meute. Pour être plus précis, Livia avait réussi à épouser un homme du nom d’Auguste César, qui avait volé à ses rivaux les rênes de Rome et stabilisé l’Empire à une époque de turbulences. Auguste était donc devenu l’homme le plus puissant que le monde ait jamais connu.

Les gorilles réussissent à garder toute une troupe de femelles dans leur sillage. Auguste n’avait pas ce privilège. La loi l’obligeait à ne posséder qu’une épouse officielle à la fois. Livia était la troisième femme d’Auguste. Elle l’avait conquis à dix-sept ans, l’âge tendre. Enfin, peut-être pas si tendre que ça. Selon Graves, la belle adolescente s’était mise à mépriser son ancien mari parce que le malheureux croyait en des principes tels que la liberté pour les citoyens romains. Ces notions exaspéraient Livia. Elle était convaincue que tout le pouvoir devait être centralisé dans les mains d’un seul homme, de préférence un homme qui soit sous son contrôle. Elle divorça donc de son doux idéaliste et se mit à la recherche d’un mari plus dur dont les capacités seraient plus en rapport avec ses propres aspirations.

A cette époque, Auguste était marié à une autre femme. Il avait eu plusieurs enfants de cette femme et semblait raisonnablement heureux du comportement de celle-ci. Mais cela n’arrêta pas la jeune et ambitieuse Livia. Elle réussit à ternir la réputation de l’épouse et à brouiller cette pauvre dame et son mari. Puis elle se glissa dans la brèche, faisant de sa présence la seule consolation logique au désespoir d’Auguste face à la disgrâce de sa femme.

Livia resserra rapidement son emprise sur Auguste. Il ne put bientôt plus prendre une décision importante sans elle. Comme le gorille Effie, Livia s’était battue pour devenir la première dame du groupe. Et comme Effie, Livia n’était pas seulement ambitieuse pour elle-même. Elle était ambitieuse pour ses enfants. Rome avait autrefois été dirigée par un Sénat démocratique, mais Auguste transforma le régime en empire mené par un seul homme. Livia voulait que le trône impérial récemment établi revienne à ses propres enfants.

Cela n’était pas si facile. Il y avait d’autres prétendants au siège de l’autorité impériale. En tête de liste venaient deux vieux amis et confidents d’Auguste. Mais, plus importants encore, il y avait les trois petits-enfants d’Auguste, nés de la fille qu’il avait eue de sa première femme. Un par un, selon Graves, les rivaux moururent. Certains s’effondrèrent mystérieusement, d’autres moururent de lentes maladies et d’autres encore souffrirent de blessures bénignes mais reçurent un mauvais traitement médical. Ni les connaissances de Livia en matière de poisons, ni son réseau d’assistants meurtriers (tout comme les amies cannibales très coopératives de la bande d’Effie) n’étaient en lien avec ces morts.

Finalement, seuls restèrent les enfants de Livia, comme le dit Graves " pour assurer la descendance… La descendance de Livia. " Livia, tout comme Effie, avait éliminé les rivaux de ses enfants et avait assuré à sa progéniture une place en haut de l’échelle sociale.

Il y a environ mille sept cents ans, une impératrice chinoise poussa l’ambition de Livia encore bien plus loin. Pour assurer à ses enfants le contrôle de l’empire, elle élimina chaque membre de la grande famille de sa rivale. En toute probabilité, cet acte mineur qu’est l’homicide n’était pas limité à une poignée d’obstacles humains. Les familles chinoises nobles de l’époque comptaient généralement des centaines, voire des milliers de membres.

Livia, Effie et cette impératrice chinoise étaient aussi assoiffées de sang que n’importe quel mâle. Et la motivation qui les a menées était clairement maternelle : le désir d’offrir tous les avantages à leurs enfants.

Les femmes sont violentes. En fait, les femmes font tout autant partie du mécanisme qui déclenche la violence masculine que les hommes eux-mêmes. L’éthologue et Prix Nobel Konrad Lorenz a décrit un comportement commun à plusieurs espèces de canards. Le femelle court vers la limite du territoire de son partenaire et essaie de provoquer un autre canard, puis revient en courant vers son mâle, reste à ses côtés et regarde son rival enrager dans l’espoir que son partenaire va se lancer dans la bataille. Nombreuses sont les femmes qui ont essayé de provoquer une bagarre similaire.

Les femmes encouragent les tueurs. Elles le font en tombant amoureuse de guerriers et de héros. Les hommes le savent et répondent avec enthousiasme. Les Croisés partaient à la guerre avec les faveurs des dames dans leurs casques. Ils ne partaient pas pour une mission pleine de bonté et de galanterie. En chemin vers l’Asie Mineure, les Croisés faisaient littéralement rôtir des bébés chrétiens lorsqu’ils se trompaient d’identité. Parce qu’ils ne comprenaient pas la langue des populations locales, les galants chevaliers supposaient que les bavards paniqués étaient des païens. Les païens, bien entendu, ne méritaient aucune pitié. Les héros découpaient donc les adultes et faisaient rôtir les enfants sur des broches, tout en pensant à l’admiration que leur témoigneraient les demoiselles de chez eux face à tant de bravoure.

Techniquement, ceci s’appelle la sélection sexuelle. Les femelles d’une espèce développent un désir insatiable pour un certain type de mâle et tous les mâles rivalisent pour se montrer à la hauteur de l’idéal féminin. Les paonnes adorent les beaux mâles dotés d’une imposante queue bleue, ce qui pousse ces messieurs à arborer des panaches de dandy. Les femelles des oiseaux à berceau se pâment devant les célibataires ayant un don pour l’architecture, ce qui amène les mâles à transformer des bouts de bois et des déchets en Taj Mahal.* Et qu’ont recherché les femmes de presque toutes les sociétés et époques ? Le " courage ", la " bravoure ". En résumé : la violence.

La poésie classique du maître arabe Labede (sixième siècle) est un témoignage de la capacité féminine à révéler l’animal dans l’homme. Dans les vers lyriques de Labede, un jeune homme va cahin-caha sur son chameau, rêvant de la façon dont il pourrait attirer l’attention de sa bien-aimée. Elle, semble-t-il, ne reconnaît pas sa véritable valeur. Il rêve de la manière dont il lui prouvera sa virilité par des exploits d’une splendeur audacieuse. Bien. Et quel est l’exploit d’une splendeur audacieuse qui garantira l’admiration d’une belle dans la société tribale du désert de Labede ? Courir jusqu’au village le plus proche, tuer quelques hommes et voler autant de chameaux et de vieux vêtements que possible. La noblesse appartient au tueur. Et les jeunes femmes se pâment d’admiration devant les hommes nobles. Labede vous le dira, cela marche à chaque fois.

Même le poème savant de T. S. Eliot, " Love Song of J. Alfred Prufrock " est le cri intellectualisé d’un homme qui sait que les femmes ne le regarderont pas avec admiration et ne porteront pas ses enfants s’il n’attire pas leur attention par quelque acte violent. " J’ai, chacune à chacune, ouï chanter les sirènes ", se morfond le protagoniste. " Je ne crois pas qu’elles chanteront pour moi. " Que faudrait-il à ces superbes filles de la mer pour prêter attention au poète ? Eh bien, il pourrait être un peu plus, comme le Prince Hamlet, capable de prendre enfin une décision et de tuer. Mais le poète hésite. Il n’est pas le genre de personne à prendre des mesures décisives. Il s’imagine, vieil homme insensé et seul, ignoré par les femmes tout au long de sa vie. Finalement, il se console. " Tu auras (…) le temps ", dit-il, " de mettre à mort et de créer ".

Mais les femelles ne se contentent pas de provoquer la violence parmi les mâles. Elles s’engagent elles-mêmes dans la violence. La primatologue Jeanne Altman, étudiant les babouins femelles du Ambolesi National Park au Kenya, remarqua que lorsqu’un nouveau bébé babouin naissait, les femelles se précipitaient toutes pour le voir. Lorsqu’il grandissait, les femelles babouins revenaient le voir encore et encore. A première vue, leur intérêt était une touchante preuve d’affection, mais en observant de plus près, il s’avérait être une toute autre chose.

Survint en effet un incident typique : une mère et son bébé étaient assis dans l’herbe de la savane. Une femelle d’un rang social élevé marcha avec arrogance vers le couple. Elle tira doucement sur le bras du bébé. Comme la mère ne voulait pas lâcher son petit, la femelle socialement supérieure perdit patience. Elle tira sur le bras plus violemment. Puis elle tira d’un coup sec sur la jambe du bébé. La mère recula, montra les dents et émit un cri d’avertissement. Elle savait ce que cette fâcheuse voulait vraiment. Si elle lui en laissait la moindre chance, cette femelle de classe supérieure attraperait l’enfant, traiterait le petit hurlant comme une poupée de chiffon, le traînerait partout, l’échangerait maintes et maintes fois avec ses amies et finirait par le blesser assez sérieusement pour que son " intérêt " s’avère probablement fatal.

La colère bavarde de la mère finit par porter ses fruits. La femelle de classe sociale supérieure revint vers sa bande. La mère faisait partie de la classe inférieure et était méprisée par les membres arrogantes et peu aimables du cercle fermé de la femelle dominante. La mère inquiète passa le reste de la journée à cramponner son petit. Elle ne pouvait pas cueillir assez de nourriture pour elle et son bébé, car elle était trop occupée à le protéger d’une attaque imprévue. Son enfant gigotait impatiemment dans ses bras. Une recherche plus poussée suggère que l’enfant voulait partir seul et s’amuser. Mais ce bébé ne connaîtrait jamais la liberté de courir et de jouer. Il ne pourrait jamais chahuter et se rouler avec les enfants des femelles dominantes. Il ne connaîtrait jamais cet élan social qui amène la confiance en soi et un esprit vif chez les babouins. Finalement, ce bébé, comme sa mère avant lui, vivrait sa vie d’adulte en bas de l’échelle sociale. La mère du babouin était obligée de l’envelopper de sa protection excessive simplement pour assurer sa survie. Car, parmi les babouins, les bébés des inférieurs ont un ennemi mortel omniprésent : les femelles de la tribu.

*

* *

Il est inutile que les femmes rejettent la responsabilité de la violence sur les hommes, et il serait futile de la part des hommes de rejeter cette responsabilité sur les femmes. La violence est en chacun de nous. Lorsque Margaret Thatcher créa une marine nucléaire, elle n’agissait pas d’une façon clairement masculine, ni clairement féminine. Elle n’obéissait même pas à un ensemble de pulsions propres aux êtres humains. Thatcher, comme Livia à Rome, était en proie à des passions que nous partageons avec les gorilles et les babouins, des passions implantées dans les couches primitives du cerveau trine.






7

UN COMBAT POUR

LE PRIVILÈGE DE PROCRÉER

 

 

 

 

 

Pourquoi tant de sauvagerie ? La majeure partie de celle-ci naît d’un simple commandement biologique : soyez fertiles et multipliez-vous. Le gorille Effie entraîna ses amies dans le meurtre d’un bébé afin de remporter un avantage pour sa propre progéniture. Livia, maîtresse de la puissante Rome, fit de même au profit de ses fils et des fils que ceux-ci auraient. Là où la violence éclate, des enfants surgissent encore et encore. Les mâles se battent pour le droit d’en avoir. Les êtres humains déclarent des guerres pour que ceux-ci vivent dans un monde plus sûr. Aussi étrange que cela puisse paraître, les enfants, et les gènes qu’ils portent, sont l’une des clés du mystère de la violence.

Un langur gris mâle adulte qui devient le chef s’installe comme un roi au centre de son groupe. Pour de multiples raisons, il tient là un filon. Si vous observez plus en détail les groupes de langurs qui grouillent autour de lui, vous découvrirez qu’ils sont tous ses femmes ou ses enfants. Les femmes font ce qu’il leur ordonne et lui réservent leur corps. Si elles font mine d’engager une relation avec un fringant célibataire, elles sont sévèrement punies, ainsi que le séducteur ambitieux. Inutile de se demander pourquoi le mâle dominant a l’air si arrogant. Il est entouré par une tribu qui sert un seul objectif fondamental : porter et élever ses enfants.

Comme nous l’avons vu dans un précédent chapitre, les membres de la société des langurs ne sont pas tous satisfaits de cet état de fait. Dans la jungle alentour rôde une bande de voyous postpubères qui ont définitivement quitté leur foyer pour traîner avec des durs de leur âge. Leurs hormones sexuelles jaillissantes ont déclenché l’augmentation de leur excitation sexuelle, de leurs muscles et une agressivité prétentieuse. Périodiquement, la bande des jeunes voyous avance sur le territoire où le vieux souverain établi se tient au milieu de sa grande famille. Les rebelles essaient d’attirer son attention. Ils raillent et provoquent le patriarche. Celui-ci reste parfois à distance, refusant d’honorer leurs sarcasmes de la moindre réponse. A d’autres moments, il se dirige vers la périphérie du harem, puis recule et affiche une indignation qui chasse les Jeunes Turcs. Mais, de temps à autre, la bande de délinquants poursuit ses provocations, déclenchant une bagarre pouvant être extrêmement brutale. S’ils ont de la chance, ces parvenus écrasent complètement leur digne supérieur, le chassant ainsi de son confortable foyer.

Puis les membres triomphants de la jeune génération commettent une atrocité. Ils se jettent sur les femelles qui hurlent et saisissent les bébés dans tous les sens. Ils balancent les bébés contre les arbres, les jettent par terre et leur écrasent le crâne. Ils tuent encore et encore. Lorsque l’orgie assoiffée de sang s’achève, il ne reste plus un seul petit. Pourtant, les femelles en pleine maturité sexuelle ont toutes été épargnées.

Cette tuerie est tout sauf un hasard. Comme l’infanticide d’Effie, c’est un simple objectif. Ce groupe de femmes élevait les enfants du vieux mâle qui venait de fuir. Tant que les femelles continueraient à allaiter des enfants, les nouveaux maîtres seraient liés aux enfants de l’ancienne autorité renversée. Un outil de contraception naturel nommé aménorrhée lactationnelle entretiendrait leur désintérêt pour le sexe, ce qui les empêcherait d’avoir leurs chaleurs et donc de porter la semence des nouveaux conquérants.

Lorsque le bébé d’une mère est tué et que l’allaitement est stoppé, par contre, le jeu change du tout au tout. La biochimie de la femelle est modifiée, ce qui ressuscite son intérêt pour le sexe. Elle devient un ventre vide attendant d’avoir un nouvel enfant. Et cet enfant n’appartiendra pas au monarque déchu mais portera l’héritage de l’un des envahisseurs.

Mais les êtres humains ne s’abandonnent certainement pas à ce genre de barbarerie. Quoique. Dans les forêts tropicales humides d’Amazonie vit un peuple nommé les Yanomamo. Leur ethnographe, Napoleon Chagnon, les appelle le " peuple féroce ". Ils s’enorgueillissent de leur cruauté, la glorifiant avec un tel enthousiasme qu’ils font un vrai spectacle des raclées qu’ils infligent à leurs femmes. Et les femmes prennent part à cette brutalité tout autant que leurs maris. Une épouse qui ne porte pas assez de cicatrices des coups de son mari se sent rejetée et se plaint pitoyablement de ce manque de meurtrissures. C’est le signe, pense-t-elle, que son mari ne l’aime pas.

Les hommes Yanomamo ont deux grandes préoccupations : la chasse et la guerre. Le type de guerre qu’ils pratiquent ressemble étrangement à celle des langurs. Les hommes Yanomamo se glissent dans un village voisin et attaquent. S’ils sont victorieux, ils tuent ou chassent les hommes. Ils épargnent les femmes en âge de procréer, mais passent méthodiquement de maison en maison, arrachant les enfants des bras de leurs captives qui hurlent. Comme les langurs, les hommes Yanomamo cognent ces enfants contre la terre, leur explosent le crâne sur des pierres et inondent le chemin du sang de ces bébés. Ils transpercent de la pointe de leur arc les enfants les plus vieux, clouant leur corps au sol. Ils jettent simplement les autres du haut d’une falaise. Pour les Yanomamo, c’est un amusement hilarant. Ils se vantent et se glorifient tout en écrasant des nouveau-nés contre les pierres. Lorsque les guerriers vainqueurs en ont terminé, il ne reste plus un seul nourrisson. Puis les hommes Yanomamo emmènent les femmes capturées vers une nouvelle vie de deuxième épouse. Inutile de se demander pourquoi le mot Yanomamo pour se marier est " emmener quelque chose en le traînant ".

Qu’ont accompli les vainqueurs Yanomamo ? La même chose que les langurs. Ils ont libéré les femelles de leur mécanisme de contraception biochimique qui empêche les femmes allaitantes de porter un nouvel enfant. Les combattants Yanomamo ont rendu le ventre des épouses capturées libre de porter leurs enfants.

Les Yanomamo ne sont pas une étrange aberration sortie de la jungle pour illustrer une idée venant de loin. Au début du quatrième siècle, Eusèbe, premier historien de l’Eglise Chrétienne, résuma ce sur quoi l’étude de l’histoire s’était penchée jusqu’à son époque : la guerre, les tueries au nom de la nation et des enfants. Hugo Grotius publia en 1625 De Jure Bellis ac Pacis ou A propos des lois de la guerre et de la paix, livre qui tentait de rendre la guerre chrétienne plus humaine. Dans cet ouvrage, Grotius justifiait les infanticides. Il citait le psaume 137, qui dit, " Heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc". Ainsi, Grotius était conscient de deux choses : que tuer les enfants de l’ennemi était une chose courante à l’époque du Nouveau Testament et que cela l’était tout autant au dix-septième siècle.

En fait, les efforts impatients des mâles humains pour trouver plus de ventres pour porter leur semence ont été glorifiés par les ancêtres de la civilisation occidentale. Le viol des Sabines, passage de l’histoire romaine que toute personne ayant un peu de culture classique peut conter, était un coup monté semblable à ceux que réussissent fréquemment les Yanomamo. Les héros de l’histoire, un groupe des premiers Romains, invitèrent les hommes de la tribu voisine et leurs femmes pour un dîner et des divertissements. Les divertissements s’avérèrent être des armes romaines. Les hôtes tirèrent leurs épées, attrapèrent les jeunes femmes puis attaquèrent et chassèrent leurs époux. Les pères fondateurs de Rome passèrent ensuite un bon moment puisqu’ils se mirent joyeusement à violer leurs captives en sanglots. Et neuf mois plus tard, il y eut d’autres sanglots lorsque les femmes kidnappées mirent au monde un grand nombre de bébés romains, ceux de leurs hôtes du banquet.

La Guerre de Troie se termina également par une scène que tout guerrier Yanomamo aurait comprise. Elle commença par une bataille à propos d’une femme, une superbe créature qui agissait comme la cane de Konrad Lorenz, la femelle aquatique qui provoquait une bagarre puis revenait vers son partenaire en essayant de la pousser dans la bataille. L’instigatrice, dans le cas du conflit humain, était Hélène. Lorsque les combats prirent fin, les Grecs vainqueurs furent récompensés par un trésor Yanomamo-esque : un butin et les Troyennes qu’ils avaient conquises. Les guerriers emmenèrent les femmes chez eux et les violèrent, mais ne s’embarrassèrent pas des enfants troyens sur le chemin du retour. (Alors que Troie subissait la défaite, Andromaque, l’une des épouses troyennes, expliqua à son enfant ce qui risquait de lui arriver : " l’un des Achéens te jettera, t’ayant empoigné, du haut des murailles – triste fin ! ") Moins d’un an plus tard, les bébés des prisonnières troyennes vinrent agrandir la descendance grecque.

Les Yanomamo, les langurs gris, les Romains et les Grecs furent tous menés par la même force. Ils avaient soif de sexe et cette soif traduisait autre chose : leur désir de peupler le monde de leurs propres descendants. Mais les hommes ne sont pas les seuls 



L'ISOLEMENT,
L'ULTIME POISON


      Retirez une cellule d'une éponge, empêchez-la de retourner vers ses cellules soeurs et elle mourra. Prélevez une cellule hépatique sur le foie et, isolée, elle aussi s'étiolera et renoncera à vivre. Mais qu'arrive-t-il si vous supprimez à un être humain ses liens sociaux, l'arrachant au superorganisme dont il ou elle fait partie    ?

      Dans les années 1940, le psychologue René Spitz mena une étude portant sur les bébés séparés de leur mère. Ces bébés étaient les enfants de femmes trop pauvres pour s'en occuper, des enfants qui avaient été placés de façon permanente dans un foyer pour orphelins. Les enfants y étaient maintenus dans ce que Spitz appela un "isolement sensoriel", placés dans des lits à barreaux entourés de draps afin que les bébés ne puissent voir que le plafond. Les infirmières ne s'occupaient d'eux que quelques minutes par jour. Et même au moment du repas, elles les laissaient seuls avec pour seule compagnie un biberon. L'hygiène dans les foyers était impeccable, mais ils n'avaient aucun contact physique, ne recevaient pas d'amour et n'étaient intégrés à aucune toile sociale: leur résistance en fut affaiblie et 34 bébés sur 91 moururent. Dans d'autres foyers pour orphelins, le taux de mortalité était encore plus élevé. Dans certains, il atteignait le chiffre terrible de 90%. De nombreuses autres études ont démontré la même chose. Les bébés ont beau être nourris et abrités dans un lieu où règnent chaleur et hygiène, s'ils ne sont pas tenus dans les bras et caressés, ils ont anormalement tendance à mourir.

      Les chercheurs ont trouvé deux moyens de provoquer une dépression chez des animaux de laboratoire: la punition incontrôlable et l'isolement. Mettez un animal seul dans une cage, séparé des autres animaux: il perdra tout intérêt pour la nourriture et le sexe et présentera des troubles du sommeil et une confusion mentale.

      La destruction des liens à l'organisme social peut avoir des conséquences extrêmes. Chez les êtres humains, le sentiment de n'être pas désiré peut freiner la croissance. Le flux d'hormones de croissance, selon des recherches récentes, est fortement affecté par les "facteurs psychosociaux". Des singes enlevés à leur famille et à leurs congénères sont sujets à des obstructions artérielles et à des maladies cardiaques. À l'inverse, la durée de vie de lapins pris comme animaux de compagnie et choyés augmente de 60%.

      Lorsque leur compagne meurt, les hamsters mâles cessent de se nourrir et de dormir et succombent souvent eux-mêmes à la mort. Ils ne sont pas les seuls. Selon une étude britannique, dans la première année suivant le décès de sa femme, un veuf a 40% de risques en plus de mourir. Dans une autre étude menée à l'Ecole de Médecine Mount Sinaï de New York, des hommes dont les épouses étaient décédées d'un cancer du sein subissaient une baisse très marquée de leur système immunitaire un à deux mois après le décès de leur femme. Une étude portant sur 7000 habitants du comté d'Alameda, en Californie, montre que l'"isolement et l'absence de liens sociaux et communautaires" ouvrent la porte à la maladie et à un décès prématuré.

      Une enquête encore plus importante menée par James J. Lynch sur les données actuarielles et statistiques concernant les victimes de maladies cardiovasculaires indique qu'une proportion étonnante du million d'américains qui décèdent chaque année suite à des problèmes cardiaques présente une difficulté sous-jacente qui semble déclencher leur maladie: "manque de chaleur et de rapports significatifs avec les autres." D'autre part, des recherches européennes indiquent que s'embrasser régulièrement fournit de l'oxygène supplémentaire et stimule la production d'anticorps.

      La proximité des autres peut guérir. La séparation peut tuer.

      Rompre les attaches qui lient deux individus peut aussi être fatal dans la nature. Jane Goodall, chercheuse qui étudie les chimpanzés de la réserve de Gombe en Afrique depuis 1960, a pu observer l'application de ce principe dans le cas d'un jeune animal nommé Flint. Lorsque Flint naquit, sa mère l'adorait. Lui, en retour, lui donnait des coups. Elle l'embrassait, jouait avec lui et le chatouillait jusqu'à ce qu'une sorte de sourire de chimpanzé apparaisse sur sa petite tête ridée. Ils étaient inséparables.

      Cependant, lorsque Flint atteignit l'âge de trois ans, le moment vint pour sa mère de le sevrer. Mais Flo, la mère, était vieille et faible. Et Flint, le bébé chimpanzé, était jeune et fort. Flo lui tourna le dos et tenta de l'empêcher de téter. Mais Flint fut pris de brusques accès de colère, il frappa violemment le sol et s'enfuit en hurlant. Finalement, Flo, inquiète, fut obligée de donner la tétée à son fils pour le calmer. Plus tard, Flint développa des techniques encore plus agressives pour obtenir le lait maternel. Si Flo essayait de le repousser, Flint lui donnait des coups de poing et ponctuait ces coups de morsures acérées.

      A un âge où les autres chimpanzés avaient quitté le giron maternel, Flint agissait toujours comme un bébé. Alors qu'il était devenu un jeune adulte robuste et que sa mère s'affaiblissait de jour en jour, Flint insistait pour être constamment porté par sa mère. Si Flo s'arrêtait pour se reposer et que Flint voulait absolument goûter le fruit des arbres vers lesquels ils se dirigeaient, l'enfant devenu si lourd poussait, frappait et pleurnichait pour que sa mère se remette en route. Puis il remontait sur son dos et appréciait la promenade. Lorsque ni les poussées ni les pleurnicheries ne motivaient sa mère à le reprendre et à l'emmener là où il voulait aller, Flint donnait parfois à la pauvre mère épuisée un violent coup de pied. Flint était assez grand pour construire son propre abri pour la nuit. Au lieu de cela, il insistait pour dormir avec sa mère.

      Flint aurait dû détourner son attention de Flo pour s'intéresser aux chimpanzés de son âge, créant ainsi des liens avec le superorganisme (la tribu des chimpanzés) dont il faisait partie. Mais il ne le fit pas et la conséquence allait en être terrible.

      La mère de Flint mourut. Théoriquement, les instincts de Flint auraient dû le pousser à survivre. Mais au bout de trois semaines, il retourna à l'endroit où sa mère avait poussé son dernier soupir et se blottit en position foetale. Quelques jours plus tard, il mourait lui aussi.

      L'autopsie ne révéla aucune anomalie physique: aucune infection, aucune maladie, aucun handicap. En toute probabilité, la mort du jeune singe était due à l'équivalent simien de cette voix qui dit aux êtres humains qui subissent une telle perte qu'ils n'ont plus aucune raison de vivre. Flint avait été coupé de son seul lien avec le superorganisme. Cette séparation l'avait tué.

      L'attachement social est tout aussi vital pour les êtres humains. Le Dr George Engel, psychiatre et chercheur, a recueilli dans les journaux 275 témoignages de mort subite. Il a découvert que 156 d'entre eux avaient été causés par de graves perturbations des liens sociaux. Cent trente cinq morts avaient été déclenchées par "un événement traumatisant dans une relation humaine proche". 21 décès avaient été causés par la "perte d'un statut, une humiliation, un échec ou une défaite". Pour prendre un seul exemple, le président d'une université avait été contraint à prendre sa retraite à l'âge de 59 ans, poussé par le Conseil d'administration. Alors qu'il prononçait son dernier discours, il fut victime d'une attaque cardiaque. L'un de ses plus proches amis, médecin, s'élança sur la scène pour le sauver. Mais la douleur de la perte de son ami fut trop forte pour le médecin. Il s'écroula lui aussi sur le sol et succomba à une crise cardiaque.

      Notre besoin de l'autre n'est pas seulement basé sur notre structure biologique, il est également la pierre angulaire de notre psychisme. Les êtres humains sont irrépressiblement sociaux, à tel point que lorsque nous errons dans notre maison où personne ne peut nous voir, nous parlons tout seul. Lorsque nous nous écrasons le pouce d'un coup de marteau, nous ne maudissons personne en particulier. Dans un univers dont les paradis semblent dénués de matière vivante, nous nous adressons aux dieux, aux anges et parfois aux extraterrestres.

      Notre besoin des autres façonne jusqu'aux plus infimes détails de nos vies. Au début des années 1980, un groupe d'architectes décida d'étudier l'utilisation des espaces publics à l'extérieur des immeubles de bureaux modernes. Pendant plus de vingt ans, les architectes avaient supposé que les gens rêvaient de moments de contemplation tranquille, loin de l'agitation du monde. En conséquence, ils avaient conçu pour leurs immeubles des terrasses solitaires séparées de la rue. Ce que découvrirent les architectes, à leur grande stupéfaction, c'est que les gens fuyaient ces endroits isolés. Ils préféraient s'installer sur des murets ou des marches à proximité des trottoirs bondés. Les êtres humains, semble-t-il, ont un désir irrépressible d'observer leurs semblables.

      Même de simples distorsions des liens de l'interdépendance sociale peuvent affecter la santé. Selon une étude menée par J. Stephen Heisel du Charles River Hospital de Boston, l'activité des cellules tueuses naturelles (qui défendent le corps contre la maladie) est faible chez les personnes qui, lors du test de personnalité multiphasique du Minnesota, présentent les caractéristiques suivantes: dépression, repli social, culpabilité, faible amour-propre, pessimisme et inadaptation. Ceux qui se sont retirés du monde se sont libérés de l'étreinte de leurs semblables. Ceux qui culpabilisent sont certains que leurs péchés les ont marqués du sceau du rejet social. Les inadaptés n'ont pas réussi à s'intégrer à ceux qui les entourent. Et ceux qui ont peu d'amour-propre sont convaincus que les autres ont de bonnes raisons de les fuir. Dans l'étude, la faible activité des cellules tueuses naturelles n'était pas liée à la prise de médicaments, d'alcool, de marijuana ou d'un traitement médical récent, mais uniquement à des mesures d'altération des liens sociaux.

      Selon Meyer Friedman, le médecin qui a défini les personnalités de Type A et de Type B et leurs rapports avec les maladies cardiaques, "Si vous pensez que ce que vous faites n'a pas d'importance et si vous sentez que si vous mouriez, personne ne vous pleurerait, vous recherchez la maladie".

      Même le bien-être des hommes que l'on imagine être les moins vulnérables aux forces sociales dépend du sentiment que le superorganisme a besoin d'eux. Lorsque le Président Dwight Eisenhower eut une attaque cardiaque, le 24 septembre 1955, des quantités de courrier arrivèrent du monde entier. Ike affirma, "Cela aide vraiment de savoir que des personnes du monde entier prient pour vous". Le médecin d'Eisenhower sentait que la place du président dans le réseau social pouvait le guérir. Il insista auprès des assistants de Ike pour qu'ils continuent à parler affaires avec le président convalescent, pour lui faire comprendre qu'il était toujours aussi important. Finalement, Ike alla passer cinq semaines de repos à Camp David. C'était la pire chose qu'il puisse faire. Dépossédé du sentiment de son utilité sociale, il fit une grave dépression. C'était la première fois qu'Eisenhower était écarté depuis sa crise cardiaque. Le chef d'état souffrant finit par se rétablirà lorsqu'il put se remettre au travail.

      Le sentiment d'utilité dans l'organisme social eut un impact similaire sur un autre guerrier: le Colonel T.E. Lawrence, Lawrence d'Arabie. Au Moyen-Orient, Lawrence était une figure fougueuse et énergique. Il s'habillait comme un Arabe et travaillait dur pour gagner le respect des chefs de tribus. Il avait appris à faire un bond de près de 3 m pour sauter sur le dos d'un chameau, un tour de force que peu d'Arabes pouvaient accomplir. Il s'était endurci à chevaucher dans le désert pendant des jours sans aucune nourriture. Il avait repoussé ses limites jusqu'à acquérir une endurance bien supérieure à celle de la plupart des habitants du désert et pour tout cela, il était l'objet d'une grande admiration.

      Acette époque, Lawrence convainquit les Britanniques qu'il pouvait mobiliser les nomades arabes en une grande force de combat unifiée. Grâce à cette force, selon Lawrence, il pourrait participer à la victoire sur les Allemands et les Turcs dans la Première Guerre Mondiale. Le succès de son argumentation amplifia son pouvoir. Lorsqu'il arrivait dans un cercle de tentes bédouines, ses chameaux étaient souvent chargés de plusieurs millions de dollars d'or, en guise de présent pour sceller ses négociations avec les chefs du désert.

      Grâce à la corruption et à la force de sa propre réputation, Lawrence rassembla les tribus arabes dispersées dans tout le désert pour livrer l'assaut à Akaba. Sa force prit la ville en dépit d'une inégalité apparemment insurmontable, réussissant même à vaincre une petite armée turque. Après avoir parcouru le désert pendant des jours et mené l'assaut en deux batailles couronnées de succès, Lawrence était totalement épuisé. Pourtant lorsqu'il se rendit compte que ses troupes mouraient de faim à Akaba, il grimpa sur son chameau et chevaucha pendant trois jours et trois nuits, parcourant 400 km, mangeant et buvant sur le dos de son chameau, pour atteindre le Golfe de Suez et demander de l'aide à un navire britannique.

      Le sentiment d'être un élément crucial de la réussite de l'organisme social avait donné au jeune officier britannique une endurance physique incroyable. Lorsque enfin la guerre prit fin, Lawrence se rendit dans la ville de Damas en Rolls Royce comme l'un des conquérants de l'immense Empire turc.

      Mais lorsque les combats furent terminés et que Lawrence fut obligé de ranger ses tenues arabes et de retourner en Angleterre, il se sentit totalement étranger. Bien sûr, il avait des amis haut-placés--Winston Churchill et George Bernard Shaw, entre autres. Mais il se sentait comme arraché au corps social auquel il s'était greffé. Il était dépossédé de son utilité, inutile pour la bête sociale. Lawrence revint habiter chez ses parents. Sa mère raconta que l'ancien héros de guerre descendait prendre son petit-déjeuner le matin et restait assis à la table jusqu'au déjeuner, fixant distraitement le même objet pendant des heures, immobile, démotivé.

      Finalement, à l'âge de 47 ans, Lawrence mourut sur une petite route de campagne, victime d'un accident de moto. Ou était-il victime de quelque chose de beaucoup plus subtil    ?

      Peu de temps avant sa mort, Lawrence écrivit à Eric Kennington, "Vous vous demandez ce que je fais    ? Et bien, en vérité, je me le demande aussi. Les jours semblent se lever, les soleils briller, les soirs tomber, puis je dors. Ce que j'ai fait, ce que je fais, ce que je vais faire, me déconcerte et me déroute. Vous êtes-vous déjà senti comme une feuille tombant d'un arbre à l'automne et en avez-vous été réellement déconcerté? C'est ce que je ressens". Les spécialistes du suicide expliquent que les personnes dépressives qui cherchent à mourir sont souvent victimes d'accidents de la route. Était-ce un pur hasard, alors, que T.E. Lawrence, un homme aux capacités physiques presque surhumaines, se tue en conduisant un véhicule qu'il utilisait depuis des années sur une route un peu en pente? Ou est-ce que les calculateurs internes de l'ancien chef des arabes sont arrivés à la conclusion que, comme une cellule inutile dans un organisme complexe, il était simplement temps pour lui de disparaître    ?

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